La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

par

Toute augmentation du Smic coûte cher à la Sécurité sociale !

Aïe ! Il y a des cas où l’économie – les chiffres – jouent des mauvais tours à la politique. Tous les candidats, ou presque, s’engouffrent dans l’augmentation du Smic. Valérie Pécresse en avait fait une mesure phare, avant de s’aviser qu’il vaudrait mieux le promettre sur l’étendue des cinq ans du quinquennat[1]. Idem pour Marine Le Pen. A l’extrême gauche, on va jusqu’à 2.000 euros, tout de suite semble-t-il (le Smic mensuel est actuellement à 1.603 euros) : en un mot c’est un must de la campagne. L’un des problèmes, en dehors des gros toussotements du Medef, c’est que la Sécurité sociale va voir son financement fondre comme neige au soleil ! Pourquoi ? En raison des considérables abattements des cotisations sur les bas salaires et jusqu’à 3,5 Smics.

- Rejoignez Entrepreneurs pour la France :
Recevez notre lettre
Yves Buchsenschutz Soutenez l'IRDEME
et la Recherche

Effets d’une augmentation du smic de 10% hors inflation

Sur les salaires bruts

Fin 2021, il y a environ 2 millions de salariés payés au Smic (13% des salariés). Globalement, les salaires bruts augmenteront donc de 160 € x 12 x 2 mio = 3,84 milliards par an. A noter que les entreprises bénéficieront toutefois d’une assiette plus large des exonérations Fillon dégressives jusqu’à 1,6 Smic sur les cotisations patronales (voir ci-dessous).

Sur les cotisations patronales

  - Sur la réduction Fillon sur les bas salaires.
Au niveau du Smic, et de façon dégressive jusqu’à devenir nulle au niveau de 1,6 Smic, la réduction des cotisations patronales, d’origine passage aux 35 heures (encore lui !), porte sur 33% des salaires (source Fipeco). Un déplacement du Smic vers le haut de 10% (soit 1.763 euros mensuels) fera donc perdre à la Sécurité sociale 33% des salaires perçus par le nombre de salariés compris entre 2 millions et le nombre de salariés qui perçoit 1.763 euros au moment de la réforme[2]. A supposer qu’il s’agisse de 300.000 salariés, la perte serait de 1.763 x 33% x 12 X 300.000 = 2,13 milliards d’euros par an.

  - Sur la réduction de 6 points des cotisations d’assurance maladie jusqu’à 2,5 Smics.
Le même raisonnement s’impose et les mêmes calculs doivent être effectués s’agissant de cette réduction datant de 2019, et qui fait suite en compensation à la suppression du CICE. Il s’agira alors de la population des salariés percevant 10% de plus que 2,5 Smics (calcul non disponible).

  - Sur la réduction des cotisations de la branche famille applicable jusqu’à 3,5 Smics.
Enfin, la Sécurité sociale perdra encore des ressources du fait de l’élargissement de l’assiette de cette exonération, jusqu’à 3,5 Smics, et portant sur 1,8% de la cotisation (4,35 au lieu de 5,25%). Le calcul n’est pas non plus disponible.

Conclusion

La France a fait le choix du niveau généralisé de Smic horaire[3] le plus élevé jusqu’à présent. En compensation pour les entreprises et afin de ne pas pénaliser l’emploi, des exonérations importantes, particulièrement au niveau du Smic, ont été accordées. Mais ceci se traduit par un écrasement de l’échelle des salaires bruts, au point que le rapport entre Smic et salaire médian se situe à 62% en France, alors qu’il est nettement au-dessous de 50% en Europe (sauf au Royaume-Uni, 55%).
Ce phénomène est très préoccupant pour des raisons évidentes, et ne doit pas être encore accru. Or, la réponse générale des candidats à la présidence tend au contraire à un resserrement supplémentaire de l’échelle des salaires. Et l’une des conséquences fâcheuses supplémentaire consisterait à tarir une partie non négligeable des ressources de la Sécurité sociale.

Continuer la lecture :

Retraites complémentaires : l’estocade

Retraites complémentaires : l’estocade

 Retraites et inflation : Hold-up sur les complémentaires

Retraites et inflation : Hold-up sur les complémentaires


Revalorisation des retraites : sur quelles bases ?

Revalorisation des retraites : sur quelles bases ?

Appel à commentaire !

La perte des allocations sociales et le travail au noir

Un système d'aide contre-productif


Une synthèse du casse-tête financier des retraites, principale dépense sociale

Une synthèse du casse-tête financier des retraites, principale dépense sociale

Protection sociale, un financement bouleversé

Protection sociale, un financement bouleversé

Augmentations simultanées de la progressivité des prélèvements et du solde déficitaire de l’Etat



Vos réactions à cet article (1) :

Toute augmentation du Smic coûte cher à la Sécurité sociale !

le 24 février, 15:12 par Peyo

La voilà donc la solution au déficit chronique de la SS, diminuer le SMIC. Il y aura ainsi moins d’exonérations. « Salauds de pauvres ! » comme disait Gabin dans « La traversée de Paris ».
Nous ne sommes pas gouvernés par des politiques, pas même par des économistes, mais par des comptables. Ces comptables à propos desquels O. L. Barenton confiseur disait, sous la plume d’Auguste Detœuf.
« Il y a trois sortes d d’êtres au langage mystérieux : les plus aisés à comprendre sont les Fous, puis viennent les Polytechniciens, et enfin les Comptables »
Detœuf, ancien élève de l’Ecole polytechnique et chef d’entreprise (créateur d’Alstom) savait sans doute ce qu’il disait.


Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Retrouver cet article sur le Web :
https://www.irdeme.org/1618
Flashcode 2 url
FERMER

Inscrivez-vous à notre lettre (gratuite)
et accédez à des contenus exclusifs :