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« The monetary system »

C’est le titre d’un livre récemment paru chez Wiley[1], une somme de connaissances et d’analyses pénétrantes, en quête d’un Graal : le contrôle des systèmes financiers.

Ce sont deux experts du monde de la finance, l’un Jean-François Serval, expert-comptable ayant créé l’une des plus grands firmes internationales d’expertise comptable d’origine française, l’autre X-ENA, Jean-Pascal Tranié, ayant percé dans le domaine du capital-risque, qui ont uni leurs connaissances et leurs réflexions pour essayer de résoudre l’un des plus importants et intraitables problèmes de notre temps : éviter la répétition des crises qui, comme celle de 2008, faillirent mettre bas tout l’univers économique mondial.

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et la Recherche

On peut être surpris, et même chagrin, de voir deux figures importantes de l’économie française publier en anglais ; que ce soit chez l’un des éditeurs les plus sérieux techniquement et les plus connus n’y change rien ; il faut comprendre que l’espéranto, le langage international, est l’anglais et ce fait est tellement admis que, comme découvert récemment, même les étudiants de nos universités de statistiques ne rédigent plus leurs cours ou leurs devoirs que dans cette langue.

Ce livre est d’un certain point de vue redoutable car s’il s’ouvre sur des aspects simples et passionnants du rôle de la monnaie, il sait attirer le lecteur dans les profondeurs des nouveaux agents monétaires, de moins en moins régulés et de plus en plus immatériels, comme celui des dérivés et des paquets sécurisés, domaine qui a explosé dans les années 60, notamment après la découverte de « l’or des fous »[2].

Les auteurs décrivent d’abord l’expansion de la monnaie scripturale et de la monnaie fiduciaire sous des seigneuriages, qui donnent aux instruments monétaires leur valeur en assurant leur garantie mais aussi leur contrôle grâce aux monopoles conférés par l’Etat ; ils montrent également comment, à Bretton Wood, avait pu s’établir une coopération entre ces monopoles par utilisation de l’étalon or, mais comment cette organisation du seigneuriage avait volé en éclats après la sortie par Richard Nixon de cet étalon en 1971. Puis comment la sécurisation avait permis à un certain nombre d’agents de créer des instruments de paiement, donc une monnaie qui échappe aux contrôles, et comment le numérique en a multiplié l’étendue mais aussi la difficulté à simplement l’évaluer.

Pourtant les gestionnaires de l’économie ont besoin de connaître des données aussi essentielles qui jouent sur l’inflation, ou simplement la croissance, comme la vitesse de circulation de la masse
monétaire.
Ils rappellent qu’un rapport d’experts sur la crise de 2008 en donnait comme cause sous-jacente le refinancement par des investisseurs n’appartenant pas au secteur bancaire (qui lui, est régulé et contrôlé) atteignant 73 trillions de dollars, 5 fois le PIB américain, et l’illustrait par un diagramme spectaculaire montrant que la circulation monétaire américaine tombait de 22 fois le PIB en 1980 à 17 fois en 2007 pour s’écrouler à 6 en 2008.
La surveillance traditionnelle de la circulation bancaire par les agrégats monétaires de type M1[3] et M2[4] ne couvre plus qu’une faible partie du refinancement : lui échappent notamment le « shadow banking »[5] les financements par les fonds de pension en quête de placements et les « hedge funds » en quête de rendements.
Le chapitre 7 donne une passionnante description de différentes institutions qui aujourd’hui forment le système monétaire international avec le FMI, la Banque des Règlements internationaux, la Banque mondiale, les différents forums G5 à G20, la « troïka » et les essais de ces différents organismes pour réglementer la création et la circulation des instruments financiers, avec leurs enjeux fiscaux et la recherche de zones monétaires optima.

Un important effort est consacré par les auteurs, dans le chapitre 6, à la recherche du Graal, éviter une nouvelle crise mondiale en développant une mesure de la monnaie en circulation suivant la définition élargie qu’ils donnent d’une balance des créances et des dettes à travers deux agrégats : M5 qui représenterait les biens liquides des entreprises et leurs dettes, tandis que M6 serait le total des patrimoines industriels. Avec des agrégats des dérivés M5’ et M6’, cette connaissance devrait permettre de connaître l’ensemble de la monnaie en circulation et sa vitesse, et donc de voir venir les bulles avant qu’elles n’éclatent.

On est cependant méditatif sur cette proposition, sachant que l’un des auteurs est un expert international des évaluations comptables et, qu’avec raison, il critique l’approche sur la « fair value » des standards comptables IFRS, alors que les comptes de résultats et bilans d’entreprises seraient la matière première de ces agrégats.

On peut même questionner cette recherche du Graal de la suppression des crises lorsqu’on croit, comme le rédacteur de cette note, qu’en économie prévaut la théorie des avalanches[6] et que par définition, personne ne sait quel grain de sable va déclencher la prochaine catastrophe.

On doit cependant remercier les auteurs d’avoir abordé ce sujet particulièrement difficile et peu pénétrable à l’ « honnête homme », dans cet ouvrage dense et remarquablement documenté. S’il n’est pas sûr qu’ils aient trouvé le fil d’Ariane pour éviter les crises, leur lecteur comprendra mieux les problèmes et enjeux des systèmes financiers et le rôle des multiples organismes apparus depuis 50 ans pour régenter un secteur dont les auteurs ont raison de souligner l’expansion énorme et qui a captivé tant d’intelligences. La Kauffman Foundation n’a-t-elle pas lancé l’idée que le déclin économique américain à partir de 1980 pourrait avoir pris naissance lorsque les jeunes élites universitaires se sont détournées de la création d’entreprises innovantes industrielles pour se tourner vers le domaine de la finance ?

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