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Quaero, symbole d’une politique industrielle à la française

Le projet Quaero, annoncé en 2005 par Jacques Chirac, devait permettre de créer sur fonds publics un moteur de recherche d’envergure européenne. État des lieux et bilan 7 ans après…

Quaero (du latin « je cherche ») était un projet franco-allemand pour créer un nouveau Google : il ne fut finalement ni franco-allemand ni un nouveau Google. Annoncé à l’occasion du Ve Conseil des ministres France-Allemagne, il ne reçut le feu vert de Bruxelles que trois ans plus tard, après que l’Allemagne, visiblement peu convaincue, ait décidé de se retirer du projet et de se concentrer sur son propre programme.

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Après ces quelques couacs, Quaero est finalement devenu un « programme collaboratif d’innovation et de recherche » portant sur « l’analyse [...] et l’enrichissement de contenus numériques, multimédias et multilingues »[1]. En termes plus clairs, il fut converti en un vaste programme de subventions, distribuées à 32 grandes entreprises, PME ou laboratoires publics pour un total de 100 millions d’euros, les partenaires investissant eux aussi 100 millions. On comptait parmi eux France Telecom et Technicolor (anciennement Thomson).

Cinq ans plus tard le bilan paraît cependant bien maigre : le projet a donné naissance à 31 brevets, 35 prototypes et quelques débuts de déploiements industriels et commerciaux[2]. Le fameux Google européen, Exalead aurait reçu environ une dizaine de millions d’euros : il est toujours totalement inconnu et représente moins de 1% du marché français puisqu’il ne figure même pas dans les divers classements disponibles.

Cependant, toute l’incongruité de l’ambition initiale se mesurait déjà en comparant le budget annuel de 40 millions d’euros de Quaero avec les investissements de ses concurrents : Yahoo, troisième moteur de recherche investit en moyenne plus d’un milliard de dollars par an en R&D[3], Google investit sept milliards[4]. C’est également à coup de milliards que Microsoft a créé Bing, désormais devant Yahoo sur le marché américain, après avoir néanmoins enregistré des pertes colossales.

Par ailleurs, et surtout, on peut se demander comment une initiative étatique, menée par des personnes n’ayant pas une expérience d’entrepreneuriat et ne risquant pas leur propre argent mais celui du contribuable, pouvaient prétendre faire naître un succès technologique rentable capable de s’imposer sur le marché. Même les chercheurs de la Silicon Valley, financés par le capital risque américain, n’y sont pas encore arrivés.

L’expérience (Google, Microsoft, Apple….) montre par ailleurs que les ruptures technologiques (permettant effectivement parfois de réussir avec un financement initial modeste) viennent rarement de grandes entreprises (même alliées à un consortium interétatique) mais d’entrepreneurs individuels dont le modèle, souvent en partie par chance, est très vite plébiscité par les utilisateurs.

Il est vrai que 100 millions d’euros de subvention peu ou pas utiles, ce peut à juste titre paraître une goutte d’eau dans le budget de l’État. Quaero n’était cependant qu’un des projets phares de l’Agence de l’innovation industrielle (ancêtre d’Oséo Innovation) : ses dépenses totales durant ses trois ans d’existence se sont élevées à 15 fois plus (soit 1,5 milliard d’euros). Or, ces projets étaient toujours menés par des grandes entreprises. D’une part comme nous l’avons dit, il est peu probable que celles-ci soient à l’origine de ruptures technologiques, d’autre part si c’était le cas elles n’auraient eu, au vu de leur taille, aucune difficulté à obtenir des financements bancaires.

Ainsi ces 1,5 milliard d’euros auraient eu un effet beaucoup plus catalytique en forme d’incitatifs fiscaux pour les business angels, c’est-à-dire des particuliers qui ont le temps, l’argent et surtout le flair pour repérer les starts up et faire réussir les éventuels nouveaux Google. Aujourd’hui les incitatifs fiscaux français permettent d’avoir des déductions d’impôts seulement pour des montants dérisoires : 100.000 euros[5] contre 1 million de livres[6] au Royaume-Uni. Pour rappel, le Royaume-Uni est à ce jour le 3ème pays le plus innovant du monde[7] quand nous en sommes… le 20ème.

La Fondation Kauffman, organisation américaine spécialiste de l’entrepreneuriat, a également vérifié que les jeunes entreprises qui survivaient étaient plus productives et grandissaient plus vite que les entreprises plus matures[8]. Ainsi d’une manière générale le renouvellement des entreprises est indispensable pour obtenir des gains de productivité et de la croissance. Maintenir des grandes entreprises sous perfusion afin qu’elles « restent au contact de la concurrence »[9] car toutes seules « elles auraient eu du mal » - comme l’avouait le coordinateur de Quaero, n’a pas de sens. Il faut financer les entreprises qui ont déjà du potentiel par elles mêmes.

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