La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

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Pouvoir d’achat et augmentation du smic
Quatre vérités à ne pas oublier

Le pouvoir d’achat reste la préoccupation majeure des Français, et en conséquence celle aussi du gouvernement et de l’opposition.

Le premier prépare une loi où il sera question de chèque alimentaire, de revalorisation des salaires, retraites et minima sociaux, et limitation du prix de l’énergie. Quant à l’opposition, elle se focalise surtout sur l’augmentation des salaires et particulièrement du smic. La panique gagne partout. Nous n’entendons ici que rappeler certaines vérités concernant le smic : l’existence de la revalorisation automatique du smic sur l’inflation, l’historique de cette valorisation qui a toujours été supérieure, sauf une exception, à l’inflation, et les dégâts causés par la baisse du temps de travail. Enfin, le smic net a, depuis l’instauration du smic en 1950, baissé du seul fait des retenues sociales, passées de 6% à 21%[1].

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La revalorisation automatique du smic

Rappel : le smic est une notion légale qui est horaire. On a l’habitude de se référer au smic mensuel, mais celui-ci est la conséquence de la multiplication du smic horaire par le nombre d’heures travaillées, lequel est variable.

Depuis 2013, la formulation légale de la revalorisation automatique du smic prévoit une revalorisation chaque année en fonction de l’inflation, augmentée de la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés. D’autre part, une revalorisation en cours d’année doit avoir lieu si l’indice des prix à la consommation augmente d’au moins 2% par rapport à l’indice constaté lors de la dernière évolution du montant du SMIC.
Enfin, un "coup de pouce" peut être décidé par le gouvernement, en dehors de l’indice des prix (aucune hausse supplémentaire à la revalorisation mécanique n’a cependant eu lieu depuis juillet 2012).
Les Français se sont désaccoutumés de l’inflation, ce qui provoque manifestement la panique actuelle. Il ne faut quand même pas oublier – mais c’était une génération différente…- que la France a connu des taux d’inflation considérablement plus élevés qu’à l’heure actuelle, où ils sont d’environ 5% en rythme actuel : ainsi pendant les années 1979 à 1982, année du « tournant de la rigueur », le taux d’inflation a été compris entre 10 et 13%. Et pendant ces mêmes années, le smic a évolué entre…12 et 18% par an ! Certes, cela s’est terminé par plusieurs dévaluations successives, remède qui n’est plus disponible maintenant, mais malgré tout nous sommes actuellement très loin de ces chiffres.
On peut donc se demander s’il y a lieu de surenchérir, comme le fait l’opposition, sur la nécessité d’augmenter le smic au-delà, voire très au-delà, du jeu du mécanisme automatique de revalorisation, en prenant précisément pour argument l’existence de l’inflation. Que l’on puisse souhaiter une augmentation des salaires parce qu’il très difficile de vivre avec un salaire au niveau le plus bas, est une autre question, dont la solution ne passe pas nécessairement par une hausse du smic.

L’augmentation du smic a toujours été plus forte que l’inflation

Sauf à de rares moments, le smic a toujours évolué au-dessus de l’inflation, et le gain de pouvoir d’achat a été constant. Sur les 72 années écoulées depuis 1950, date de création du smig, ex-smic, le pouvoir d’achat n’a évolué que 13 années en-dessous de l’inflation, et chaque fois depuis 1970, de moins de 1%. Il y a une grosse exception, sur laquelle nous reviendrons, qui est celle de l’année 2000, année du passage aux 35 heures, où le pouvoir d’achat a baissé de…9,8% !
A l’époque de forte inflation, de 1973 à 1985, le smic a été multiplié par 5,17, cependant que le taux l’inflation n’a été multiplié que par 3,30.
Dans l’époque récente, le phénomène a été le même. C’est ainsi que depuis 2018 les chiffres sont les suivants :

Janvier 2018 à avril 2022Janvier 2021 à avril 2022
Inflation + 9,06% + 5,56%
Smic + 9,8% + 5,8% (*)
* Source Insee et calculs de l’auteur

Rien ne s’oppose à ce que la revalorisation du smic suive ou dépasse l’inflation dans les mois ou année à venir.

Les dégâts pour les salariés de la baisse du temps de travail

Lorsque le smic a été institué en 1950, la durée hebdomadaire de travail était de 173,3 heures. Elle est passée à 169 heures en 1982, puis à 151,67 en 2000, soit au total une baisse de 11,43%. Comme le smic est une notion horaire, le smic mensuel a mécaniquement baissé de ce même pourcentage. Ainsi, au lieu d’un montant de 1.303 euros depuis le 1er mai de cette année, le smic mensuel serait de 1.452 euros.
D’autre part, en 2000 comme nous l’avons indiqué, le pouvoir d’achat a baissé de 9,8%, et le smic mensuel n’a retrouvé son montant de 2000 qu’en 2003. Les salariés ont donc perdu en tout état de cause trois années d’augmentation du smic, ce que les hausses postérieures n’ont pas suffi à rattraper.

L’évolution des cotisations salariales

Encore un paramètre à ne pas oublier, la différence entre la rémunération brute et la rémunération nette, qui a considérablement varié depuis l’institution du smic : les cotisations salariales ont varié de 6% en 1950 à environ 21% à l’heure actuelle. Les augmentations ont commencé à partir des années 1960, et sont quasiment parvenues à leur niveau actuel dès 1993.
Conformément à un phénomène bien connu, les citoyens sont beaucoup plus sensibles aux pertes qu’ils subissent qu’aux bénéfices qui leur sont accordés. Les Français sont ainsi très conscients des hausses de prélèvements obligatoires, et en particulier les cotisations sociales qui diminuent leur revenu net, mais beaucoup moins des prestations, en nature comme en espèces que ces prélèvements permettent. En dehors de leur aspect redistributif qui vient encore s’ajouter, les cotisations ont un caractère de salaire différé, de sorte que pour établir des comparaisons significatives, il faudrait tenir compte des salaires bruts, et même super-bruts (cotisations et autres prélèvement patronaux compris). C’est un paramètre qui ferait augmenter considérablement l’évolution positive dans le temps des salaires, et particulièrement du smic.

Conclusion

La France est parvenue à un stade où il devient extrêmement difficile de « faire mieux » au profit des bas salaires. On a tout à la fois diminué le temps de travail, tant sur l’année que sur la vie humaine, donc aussi la production, augmenté constamment le smic plus que l’inflation, augmenté les cotisations sociales ainsi que les prestations correspondantes, augmenté les exigences des citoyens en matière de dépenses qu’ils considèrent comme contraintes. Et, toujours dans le même temps, la hausse de la productivité, qui pendant les Trente Glorieuses était très forte et permettait d’augmenter les salaires sans trop craindre les effets de l’inflation, tend maintenant vers zéro. Comment dans ces conditions justifier économiquement des augmentations du smic dépassant de plusieurs points le jeu du mécanisme automatique de revalorisation ?
C’est une évolution de long terme sur plusieurs générations dont il faut tenir compte et dont on peut comprendre qu’elle ne soit pas facilement perçue par les Français. Mais on aurait tort de ne pas le souligner et de ne pas en faire la pédagogie auprès d’eux.

Heures LégalesSMIC Horaire (€)SMIC Mensuel (€)Smic mensuel évolution en %Inflation annuelle en %Cotisations Obligatoires incluant CSG + RDS en %SMIC mensuel netEvolution Pouvoir d’Achat % en Net
2018 151.67 9.88 1498 1.2 1.2 21.68 1173 0.7
2017 151.67 9.76 1480 1 1 22.21 1151 -0.1
2016 151.67 9.67 1466 0.6 0.2 22.16 1141 0.2
2015 151.67 9.61 1457 0.8 0 22.06 1136 0.7
2014 151.67 9.53 1445 1 0.5 21.91 1128 0.2
2013 151.67 9.43 1430 1.3 0.9 21.66 1120 0.3
2012 151.67 9.31 1412 3.3 2 21.58 1107 1.1
2011 151.67 9.01 1367 1.7 2.1 21.46 1074 -0.4
2010 151.67 8.86 1344 1.1 1.5 21.46 1056 -0.4
2009 151.67 8.76 1329 1.8 0.1 21.46 1044 1.8
2008 151.67 8.6 1305 3 2.8 21.46 1025 0.2
2007 151.67 8.35 1267 2.5 1.5 21.46 995 1.1
2006 151.67 8.15 1236 4.2 1.6 21.5 970 2.4
2005 151.67 7.82 1186 6.2 1.9 21.36 933 4.1
2004 151.67 7.37 1117 5.1 2.1 21.2 880 2.9
2003 151.67 7.01 1063 3.8 2.1 21.2 838 1.4
2002 151.67 6.75 1024 3.2 2 20.85 810 1.2
2001 151.67 6.54 992 3.7 1.6 20.9 785 2.2
2000 151.67 6.31 957 -8.2 1.7 21.01 756 -9.8
1999 169 6.16 1042 1.6 0.5 21.01 823 0.7
1998 169 6.07 1026 2.9 0.6 20.76 813 3.1
1997 169 5.9 997 3 1.2 21.37 784 2.1
1996 169 5.73 968 3.5 2 21.64 759 0.7
1995 169 5.53 935 3 1.9 20.92 739 1
1994 169 5.37 908 2.4 1.7 20.92 718 -0.4
1993 169 5.25 887 2.5 2.1 20.02 709 -0.8
1992 169 5.12 865 4.1 2.3 19.02 700 0.8
1991 169 4.92 831 4.7 3.3 18.35 679 1
1990 169 4.7 794 4.3 3.4 17.97 651 0.9
1989 169 4.5 761 4.2 3.6 17.99 624 -0.6
1988 169 4.32 730 2.7 2.7 16.99 606 -0.7
1987 169 4.21 711 4.1 3.1 16.49 594 0.2
1986 169 4.04 683 4.1 2.7 15.74 575 0.7
1985 169 3.88 656 8.1 5.8 15.2 556 2
1984 169 3.59 607 9.6 7.4 15.01 516 0.5
1983 169 3.28 554 12.4 9.6 13.66 478 1.8
1982 169 2.92 493 14.7 11.8 12.98 429 1.7
1981 173.3 2.48 430 18.1 13.4 12.15 378 5.8
1980 173.3 2.1 364 15.6 13.6 12.8 317 0.8
1979 173.3 1.82 315 12.1 10.8 12.16 277 -0.9
1978 173.3 1.62 281 13.3 9.1 10.27 252 3.9
1977 173.3 1.43 248 12.7 9.4 10.15 223 2.7
1976 173.3 1.27 220 14.6 9.6 9.67 199 4.1
1975 173.3 1.11 192 19.3 11.8 8.68 175 7.2
1974 173.3 0.93 161 23.8 13.7 8.42 147 9.8
1973 173.3 0.75 130 17.1 9.2 8.36 119 7.5
1972 173.3 0.64 111 12.1 6.2 8.26 102 5.9
1971 173.3 0.57 99 10 5.7 8.22 91 3.9
1970 173.3 0.52 90 8.4 5.2 8.18 83 4
1969 173.3 0.48 83 16.9 6.5 8.18 76 10.4
1968 173.3 0.41 71 29.1 4.5 8.17 65 23
1967 173.3 0.32 55 1.9 2.7 7.78 51 -0.7
1966 173.3 0.31 54 3.8 2.7 7.05 50 1.5
1965 173.3 0.3 52 4 2.5 7.05 48 1.8
1964 173.3 0.29 50 2 3.4 7.05 46 -3.4
1963 173.3 0.28 49 8.9 4.8 7.05 46 4.7
1962 173.3 0.26 45 4.7 4.8 6.8 42 0.2
1961 173.3 0.25 43 0 3.3 6.2 40 -3.3
1960 173.3 0.25 43 2.4 3.6 6.2 40 -1
1959 173.3 0.24 42 10.5 6.2 6.2 39 2.1
1958 173.3 0.22 38 8.6 15.1 6 36 -6
1957 173.3 0.2 35 6.1 3 6 33 3.5
1956 173.3 0.19 33 0 4.2 6 31 -4.2
1955 173.3 0.19 33 6.5 1 6 31 5.9
1954 173.3 0.18 31 19.2 0.4 6 29 20.4
1953 173.3 0.15 26 0 -1.7 6 24 1.7
1952 173.3 0.15 26 8.3 11.9 6 24 -7.6
1951 173.3 0.14 24 14.3 16.2 6 23 -1.2
1950 173.3 0.12 21 6 20

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Vos réactions à cet article (2) :

Pouvoir d’achat, augmentation du smic et temps de travail

le 30 mai, 12:38 par yves buchsenschutz

Article très intéressant et très bien documenté. Il a l’avantage de faire apparaître par ailleurs un phénomène rarement remarqué : la productivité disponible (pour les salariés) se transforme en fait non seulement en salaire supplémentaire mais aussi souvent également en diminution du temps de travail. Ce phénomène mériterait d’être étudié de plus près car la répartition, semble-t-il, au cours de l’histoire, semble assez aléatoire et surtout non intégrée à sa juste valeur par les interessés. Elle peut de plus prendre des formes très diverses, durée journalière, hebdomadaire ou mensuelle, vacances ou RTT et donc annuelles etc...


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