Entreprises et Emplois marchands : Visions d’Entrepreneurs

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Pour la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la désindustrialisation de la France

Depuis la fin des « Trente glorieuses » la France n’a pas cessé de se désindustrialiser et cette désindustrialisation a eu des conséquences très graves, tant au plan économique que politique. La désindustrialisation du pays a, petit à petit, affaibli notre économie et, autre conséquence, elle a considérablement réduit nos capacités d’intervention dans les affaires du monde.

Nos effectifs industriels ont complétement fondus, passant de un peu plus de 6,5 millions de personnes dans les années 1975-80 à 2,7 millions aujourd’hui, et la contribution du secteur industriel à la formation du PIB n’est plus que de 10% alors qu’il devrait s’agir pour le moins d’un taux de 18 %, des pays comme l’ Allemagne et la Suisse qui ont des économies en équilibre et dynamiques se situant à des niveaux bien supérieurs encore.. La France est aujourd’hui le pays le plus désindustrialisé d’Europe, la Grèce exceptée, et en matière de PIB/capita nous sommes descendus au 11e rang sur notre continent.
Une étude récente du bureau des statistiques des Nations Unies portant sur la période 1980-2017 a montré que le PIB par tête des français n’a été multiplié que par 3,03 dans cet espace de temps, alors que dans le cas des Etats-Unis le multiplicateur a été de 4,8, et que dans celui de l’état hébreux il s’est agi du coefficient 6,6. C’est ce que montre le tableau ci-dessous :

PIB/tête (US dollars courants)
1980 2000 2017 Multiplicateur
Espagne 6.141 14.556 28.356 4,61
Suisse 18.879 37.937 80.101 4,25
Danemark 13.881 30.734 57.533 4,13
Gd-Bretagne 10.041 27.959 39.758 3,97
Allemagne 12.091 23.929 44.976 3,71
Pays-Bas 13.794 20.148 48.754 3,52
Suède 16.864 29.292 54.043 3,21
France 12.669 22.161 38.415 3,03
Etats Unis 12.436 36.356 60.055 4,83
Israël 6.393 21.990 42.452 6,64
ONU : Statistics Division

Comme on le voit, l’économie française réalise depuis une quarantaine d’années des performances très médiocres, bien inférieures à celles des autres pays européens.

On se demande donc comment nos gouvernements successifs ont pu ne pas voir que la situation se dégradait autant, d’année en année : nous allons montrer que le déclin de notre ’économie est dû, fondamentalement, à la réduction de la part de l’industrie dans la formation du PIB, et les conséquences de ce phénomène, curieusement, ont complètement échappé à nos dirigeants.

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La dégradation de l’économie française

Il faut rappeler le rôle fondamental que joue, dans l’économie des pays, le secteur industriel, secteur que depuis Colin Clarck on nomme le « secteur secondaire » de l’économie, les deux autres étant l’ agriculture (le secteur primaire) et les services (le secteur tertiaire). L’industrie est une activité qui contribue beaucoup à la création de richesse des pays, et elle est des trois secteurs de l’économie celui où la productivité croit le plus vite, d’où l’intérêt tout particulier de ce secteur. Comme nous allons le voir, il existe une relation très étroite, dans les pays, entre leur production industrielle et le PIB par tête des habitants. C’est ce que montre le graphique ci-dessous où il est pris, en abscisses, pour variable explicative la production industrielle des pays calculée par habitant, et, en ordonnées, les PIB/capita de ces pays. Il s’agit des données de la BIRD qui inclut la construction dans sa définition de l’industrie, les productions industrielles étant mesurées ici en « valeur ajoutée » selon les données des comptabilités nationales des pays.

Corrélation production industrielle par habitant et PIB/capita

Cette régression de l’industrie explique les mauvaises performances de l’économie française au cours de ces quarante dernières années. Il s’est produit un appauvrissement relatif des habitants, et il s’en est-il suivi des dépenses sociales de plus en plus importantes, d’où des dépenses publiques sans cesse croissant, ce qui a conduit à des prélèvements obligatoires atteignant des taux bien supérieurs à ce qui se constate partout ailleurs dans les pays de l’OCDE. Et les rentrées fiscales se révélant toujours insuffisantes, un recours chaque année de l’Etat à l’emprunt : on en est ainsi arrivé à un endettement extérieur du pays supérieur au PIB. Et avec le retour de l’inflation on voit maintenant l’Etat devoir injecter du pouvoir d’achat pour aider les classes les plus défavorisées à faire face à leurs fins de mois. La situation de l’économie française est donc préoccupante, et tous les clignotants sont au rouge. Fort heureusement la France est membre de la zone euro, en sorte qu’elle ne s’est pas trouvée contrainte de dévaluer sa monnaie comme cela avait été le cas, à plusieurs reprises, autrefois, avant son intégration dans cette vaste zone monétaire.

La puissance publique a fini par comprendre qu’il était nécessaire de redresser notre secteur industriel, mais cette prise de conscience a résulté non pas d’analyses économiques mais tout simplement de la crise du Covid-19. : sans elle, le pays aurait continué à se désindustrialiser. On s’est aperçu que nous ne produisions plus grand-chose nous-mêmes, et un sentiment de panique s’est installé. Il est donc apparu évident qu’il était nécessaire de réindustrialiser le pays ne serait-ce que pour avoir une maitrise de nos approvisionnements en produits essentiels, et notre Président a lancé le plan « France 2030 ».

La nécessité de créer une commission d’enquête

Le problème que nous avons pour réindustrialiser le pays, c’est que nous ne savons pas réellement pourquoi il s’est aussi fortement désindustrialisé ? On ne parviendra pas à réindustrialiser la France si on ne comprend pas les raisons pour lesquelles elle s’est désindustrialisée. Une commission d’enquête est donc nécessaire, et elle est à créer selon les dispositions de l’article 6 de l’ordonnance du 17 Novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires. Il va falloir comprendre pourquoi les pouvoirs publics ont perdu le contrôle de la situation, et pourquoi nos économistes n’ont pas joué leur rôle de guide et d’éclaireur ?

Selon les auteurs, on avance des raisons très diverses :une fiscalité très lourde, résultant d’un Etat par nature très dépensier, une fiscalité donc qui empêche nos entreprises d’être compétitives ce qui a fait que beaucoup n’ont pas pu résister à la mondialisation , ou bien le désamour bien connu des Français pour l’industrie, une activité dont les gens se détournent car les tâches seraient pénibles et répétitives, et aussi le caractère polluant de l’industrie avec des usines un peu partout qui fument et empoisonnent l’atmosphère. Autre raison : le caractère révolutionnaire de nos syndicats qui ont dans leur ADN la Charte d’Amiens de1906 qui prône un combat sans merci contre le patronat avec comme arme la grève générale, .etc… Et l’ancien président de Saint Gobain, Jean Louis Beffa, dans son ouvrage « La France doit choisir » paru en 2013,donne encore une autre explication : l’abandon du modèle économique traditionnel français qu’il qualifie de « commercial-industriel » (en fait le colbertisme) pour le modèle anglo-saxon « libéral-financier »,un modèle où l’ Etat abandonne les rênes au marché financier. Ce modèle, nous dit cet auteur, ne convient pas aux Français car c’est le règne des capitalistes qui réclament des profits élevés, et toujours plus de profits, et qui exigent que le marché du travail soit très flexible. Pour Jean Louis Beffa notre pays doit revenir à son modèle traditionnel, car la sociologie des Français est ainsi faite. Et l‘on peut rajouter une autre explication encore, qui n’est jamais donnée : le fait que les entrepreneurs français, ayant bénéficié trop longtemps de tous ces marchés protégés que constituaient autrefois nos colonies, aient manqué d’expérience pour affronter une concurrence internationale : ils ont été, très souvent, de très mauvais stratèges, incapables de centrer leur entreprise sur ce qui pouvait constituer leur avantage distinctif.

Des questions à élucider

On devra s’interroger, en particulier, sur les deux problèmes suivants :

  - Pourquoi les pouvoirs publics, malgré les instruments dont ils disposaient pour contrôler l’économie, se sont- ils trouvés débordés ?
  - Pourquoi les économistes n’ont-ils pas alerté les pouvoirs publics sur les dangers de la désindustrialisation ?

Ces questions restent, pour l’instant, sans réponse.

Des pouvoirs publics par trop démunis : Pourquoi ?

Le Commissariat Général au Plan (CGP) qu’avait créée le général de Gaulle en 1946, avec Jean Monnet, a existé jusqu’en 2006, et il disposait d’un service Industrie bien charpenté animé, les dix dernières années, par un ancien officier de marine, compètent et très actif, Guy Zarrouati, qui a été ensuite PDG d’Hispano-Suiza. Le CGP a été remplacé par le Centre d’Analyse Stratégique (CAS), puis, en 2013, par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (France Stratégie), un organisme qui existe toujours, d’ailleurs. Au cours des premiers plans, qui ont été chaque fois des plans seulement indicatifs, des plans quinquennaux, l’économie française s’est remarquablement développée. Puis, cette procédure de préparation des décisions qui engagent l’avenir du pays est passée de mode. Il faudra donc essayer de comprendre, au moment où, précisément, notre Président crée le Conseil national de la refondation ( CNR) qui va fonctionner selon des procédures similaires à celles de l’ancien CGP, mais en les comprimant dans le temps, pourquoi il a paru nécessaire de se dégager d’un système de prise de décision qui avait fait ses preuves pour y revenir, dans l’urgence, à présent ?

Par ailleurs, on doit rappeler que l’Etat a disposé, à partir de février 1963, de la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’ Action Régionale, la DATAR , avec à sa tête Olivier Guichard, puis, ensuite, Jérôme Monod, des dirigeants politiques qui avaient un grand poids. Et cet organisme a fonctionné jusqu’en 2014, remplacé par le « Commissariat général à l’Egalité des Territoires » (CGET). La DATAR, qui a fonctionné donc pendant une cinquantaine d’années, avait de gros moyens à sa disposition, et elle a joué un rôle essentiel dans la politique d’aménagement du territoire. Elle s’est beaucoup occupée des problèmes d’industrie, notamment de la reconversion des sites industriels qui étaient en difficulté : bassins miniers, bassins sidérurgiques…….Elle s’était dotée de plusieurs « Commissaires à l’industrie », dont Georges Schapiro pour Provence- Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon qui eut pour collaborateur principal Gérard Renom, un major de Polytechnique et ingénieur des Mines, qui est devenu, par la suite, PDG de la SNECMA .Et l’on doit mentionner, aussi, un autre grand Commissaire à l’industrie, Jacques Voizard, qui eut à s’occuper de l’industrialisation de la Bretagne et de tout l’ouest de la France.. En 1972, la Datar a même créé le grand chantier de Fos sur Mer, une sidérurgie sur l’eau ultra-moderne pour industrialiser le sud de la France, et ce fut un succès. Comment se fait-il donc qu’avec un Commissariat au Plan qui a existé jusqu’en 2006 et avec une DATAR qui a été un organisme très puissant et très actif la France se soit autant désindustrialisée ?

Des économistes par trop absents : Pourquoi ?

Les économistes jouent, normalement, un rôle important dans la vie économique des pays, s’occupant des problèmes de croissance dans les pays développés et des problèmes de développement dans les pays émergents. Pourquoi, donc, nos économistes appartenant à des organismes publics ont-ils laissé l’économie de notre pays s’enfoncer dans des voies qui n’étaient pas les bonnes ?

Nous ne pouvons tous les citer, ici, et ce sera précisément le rôle de la commission d’enquête que nous suggérons de créer de comprendre ce qui s’est passé. Citons ,néanmoins, tout particulièrement, Maurice Allais, mort en 2010, qui a été en 1988 le premier économiste français à être couronné par un prix Nobel d’économie : il s’est intéressé tout particulièrement au rôle de la monnaie, avec notamment son ouvrage « Fondement de la dynamique monétaire ».Il s’était élevé vigoureusement contre l’abaissement généralisé des frontières, recommandant que celles-ci ne soient abaissées que seulement entre pays de même niveau de développement économique : il faut, disait-il, que « le libre- échange soit dosé ». Il n’a pas été écouté, car, dit –on, il avait mauvais caractère !. Citons également Philippe Aghion, né en 1956, qui a démontré que l’innovation est à la base de la croissance : il a été l’auteur, avec Pisani- Ferry et Elie Cohen, en 2006, du fameux rapport « Politique économique et croissance en Europe », rapport publié par le CAE .Citons aussi le professeur Alain Cotta qui voulait préserver la France de l’hyper capitalisme mondial. Ou, encore, Elie Cohen, né en 1950, directeur de Recherche au CNRS, qui a sans cesse alerté sur le problème du déclin de notre industrie, avec des ouvrages comme « L’Etat brancardier : politique du déclin industriel 1974-1984 », puis, en 1992 , « Le colbertisme high-tech » et en 2014 : « Le décrochage industriel ». Et on ne peut manquer de citer, aussi, Christian Saint Etienne, titulaire depuis 2009, au Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris, de la chaire d’Economie Industrielle : c’est assurément un des économistes français des plus compétents en matière d’industrie. Il a publié, en 2008 « La France est-elle en faillite ? », en 2012 « L’incohérence française », et en 2013, chez Odile Jacob « France : état d’urgence ». Et, en 2016 : « Relever la France ». Déjà, en 2003, ce professeur d’économie avait dans la revue Economica rédigé un long article intitulé « Des idées pour la croissance ».

On ne peut citer, ici, tous les économistes qui ont tenu, à des titres divers, le haut du pavé dans la période de ces 40 dernières années où la France s’est désindustrialisée. On devra donc demander à la commission d’enquête de comprendre pourquoi les pouvoirs publics qui finançaient ces chercheurs n’ont pas demandé que leurs recherches soient davantage orientées sur les problèmes de développement de notre économie, et, dans le cas où ces travaux étaient bien orientés, pourquoi ces experts n’ont pas été écoutés ?

L’occasion de procéder à une évaluation du rôle de certains organismes

L’un des intérêts de la création d’une commission d’enquête sur le déclin de notre industrie serait de pouvoir procéder à une évaluation de l’intérêt de conserver dans nos structures, fonctionnant avec d’abondants capitaux publics, une foule d’organismes dont on se demande quelle peut être réellement l’utilité ? : le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Conseil d’analyse économique (CAE) ,le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP), le nouveau Commissariat général au plan, les Chambres de commerce et d’industrie (CCI),le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC),etc….sans compter toutes les démultiplications du CNRS qui fonctionnent dans les universités, un CNRS qui est d’ailleurs doté d’une Direction des relations avec les entreprises (DRE)…….Avec autant d’organismes s’occupant de nos problèmes de développement économique la France devrait être en Europe l’économie la plus puissante et la plus dynamique, ce qui est très loin, malheureusement, d’être le cas !

Réindustrialiser la France : une nécessité vitale pour notre pays

Réindustrialiser la France est une urgence : encore faudrait- il comprendre pourquoi notre pays s’est autant désindustrialisé ? Il faut cerner les raisons pour lesquelles les pouvoirs publics ont failli à leur mission, et comprendre pourquoi nos économistes n’ont rien vu. Au moins auraient- ils pu procéder à l’analyse des politiques économiques conduites par les pays voisins qui ont des économies prospères et dynamiques, ce qui eut été le moindre service qu’ils auraient pu rendre à la nation qui leur avait fait l’honneur de les porter au pinacle. Comprendre et expliquer comment fonctionnent les pays qui ont une économie équilibrée et dynamique aurait dû être leur souci premier, afin d’éclairer nos dirigeants : c’eut été plus utile que de travailler sur des problématiques abstraites.

Analyser les politiques économiques des pays qui ont des économies florissantes qui permettent à leurs habitants de vivre dans une société harmonieuse où le niveau de vie progresse régulièrement devrait être la mission à assigner prioritairement aux économistes qui travaillent dans des organismes fonctionnant sur fonds publics, car c’est par là qu’il faut commencer.

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Vos réactions à cet article (1) :

commission d’enquête parlementaire sur la Frexdésindus de la France

le 11 novembre, 00:47 par zelectron

L’état va être surpris du pourquoi et du comment de cette catastrophe : Mitterrand à donné le signal du départ en abattant l’industrie de l’armement (3ème place au monde) pour de très longues années pour avoir fait désarmer tous les avions au salon international de l’aéronautique et de l’espace dont plus personne non seulement ne se souvient mais curieusement les archives sont introuvables (80 milliards de francs d’annulations de commandes ainsi que les années suivantes, image démolie de la France dans le monde occidental)


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