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Petite chronique de l’énergie

Avec près de la moitié de ses réacteurs à l’arrêt et des risques sérieux de coupure d’électricité cet hiver, la filière nucléaire française est en crise et ce n’est pas un hasard.

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Que s’est-il passé à Flamanville et quels enseignements en a-t-on tiré ?

Lors de la construction du parc électronucléaire français, EDF en tant qu’architecte industriel, a fait évoluer les centrales à partir d’un modèle existant en améliorant les performances et la sûreté ; ceci jusqu’au démarrage de Civaux 2. Ensuite EDF travaillait sur un modèle de réacteur de 3ème génération appelé le REP 2000.
Le pouvoir politique a alors décidé d’abandonner ce modèle et de faire réaliser un réacteur commun franco-allemand appelé l’EPR combinant à la fois les concepts français d’EDF-FRAMATOME et allemand avec SIEMENS et répondant aux exigences de sûreté des autorités françaises et allemandes (y compris en prenant en compte l’attentat du 11-09-2001 aux USA). Ceci dans le but d’avoir un modèle « certifié Européen » pour pouvoir le proposer sur le continent et au-delà.
Evidemment ce modèle est devenu beaucoup plus complexe qu’une simple évolution de nos réacteurs REP et entre-temps Framatome était devenu AREVA ce qui n’a rien arrangé.
Par ailleurs la situation en France était plus que morose. L’arrêt définitif de Creys-Malville suite à une décision politicienne suivie peu après de l’abandon du site du Carnet par le même gouvernement et les décisions de sortie définitive de l’électronucléaire prises par le Gouvernement Allemand avait fait douter les entreprises de la filière électronucléaire d’une poursuite en France. D’ailleurs en Allemagne, le partenaire d’AREVA dans le réacteur EPR, Siemens s’était retiré du projet dès le début de construction de la centrale finlandaise d’Olkiluoto.
Bref, les industriels de la filière avaient diversifié leurs activités et perdu ce qui fait la force de l’électronucléaire c’est-à-dire la qualité de fabrication, la traçabilité des opérations en usine et l’excellence des gestes professionnels. Et EDF avait également modifié ses structures d’ingénierie qui ne présentaient plus les caractéristiques requises chez un architecte industriel. Ce qu’elles avaient eu lors du lancement du parc électronucléaire et qui avaient fait son succès.
Par ailleurs les exigences de sûreté de l’ASN étaient en pleine évolution vers une rigueur accrue mais l’évolution était loin d’être achevée et connue des industriels en 2007 lors du démarrage de la construction de l’EPR.
Enfin, cerise sur le gâteau, le management d’AREVA n’avait pas la rigueur de celui de Framatome et ceci apparaissait clairement sur le chantier finlandais.
Donc, en 2007, lors du démarrage du chantier, les conditions requises pour en faire une réussite n’étaient pas au rendez-vous.
La réalisation a donc connu les déboires que l’on sait aussi bien sur le chantier que chez les constructeurs. La rigueur et l’excellence des opérations de chantier et chez les constructeurs ont manqué, les normes de sûreté non stabilisées jusqu’en 2012-2013 ont amené les déboires que l’on sait aujourd’hui. De très nombreuses opérations ont dû être reprises sur le chantier car ne répondant pas aux exigences de l’ASN et des matériels livrés n’étaient pas conformes et ont dû être retournés chez les constructeurs.
Le rapport de Monsieur Jean-Martin Folz commandité par EDF et le Gouvernement reprend ce qui est cité plus haut et des mesures ont été prises par EDF et la filière pour que les futures réalisations soient « faites correctement au premier coup ».
Cependant lors que l’on examine la réalisation faites par les Chinois pour Taishan 1 et 2 où les chantiers se sont bien déroulés, le principal handicap de Flamanville 3 a été la « mise en sommeil » de la filière électronucléaire pendant 15 ans. Car en Chine les matériels ont été conformes et les opérations de chantier sans problèmes. La principale leçon à tirer est que l’électronucléaire doit disposer d’une filière ayant de la visibilité. C’était vrai en Chine et ce n’était plus le cas en France.
Le coup de grâce a été donné par François Hollande élu en 2012 (et son conseiller Emmanuel Macron), d’où le non engagement du 2ème EPR prévu à Penly et la fermeture programmée de Fessenheim + 12 autres réacteurs, initialement dès 2025... la seule compétence d’avenir devenant celle de démanteler des réacteurs (particulièrement motivant pour de jeunes ingénieurs).

La France, déjà importatrice nette 213 jours en 2022 à date

Les jours importateurs en 2022 où la France fait venir plus d’électricité qu’elle n’en exporte

Source RTE

Le nombre de jours importateurs, où le pays fait venir plus de courant qu’il n’en revend à l’étranger, est passé de 17 en 2018 à 213 en 2022 (au 20 novembre dernier), ce qui représente déjà quasiment les deux tiers de l’année. Le précédent « record » datait de l’année dernière, avec un total de 78 jours importateurs. Signe de la perte de souveraineté tricolore en matière d’électricité, ce chiffre était nul pour les années 2014 et 2015.

L’analyse des importations d’EDF en 2022, en particulier tout au long de l’été avec des prix au plafond, est malheureusement une réalité incontestable, et cela ne va s’améliorer que lentement en 2023 et 2024. Le coût pour la France se chiffre en dizaines de Md€ sur la balance commerciale, qui n’avait pas besoin de cela. (à la louche 30 Md€ pour un déficit de production nucléaire de 100 TWh et un prix moyen de 300 €/MWh pour acheter ce volume sur le marché européen). Au passage, l’industrie française a perdu l’un des plus gros atouts, voire, le seul, qu’elle possédait : à savoir une énergie électrique abondante, bon marché, exportable et décarbonée. (Pour ceux que cela préoccupe, les verts, tant français qu’allemand, ne consomment-ils pas de l’électricité largement émettrice de CO2 ?).

C’est tout de même une grande victoire de la coalition « de facto » de nos gouvernements successifs et des mouvements verts et écologistes. N’en doutons pas, nous le retrouverons subtilement diffusé dans la baisse du niveau de vie de l’ensemble de la population[1], mais celle-ci ne manquera pas de vivre désormais de manière plus naturelle ( ?).

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