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Nombrilisme français

« Gaulois réfractaires au changement ». La petite phrase un peu arrogante de Macron a agi comme le révélateur du photographe argentique ou la goutte de vinaigre sur l’huître. Des vagues d’émotion charriant des représentations holistes et intemporelles ont aussitôt déferlé tous azimuts dans tous les médias, les réseaux sociaux et dans l’opinion. En France.

Les uns contestent le point de départ. La France a énormément changé « au cours de ces 30 dernières années » précise même le gourou de Libération, Laurent Joffrin.
D’autres exaltent la résistance au changement attestée depuis Vercingétorix. La référence historique noble s’imposait, plutôt que le clin d’œil à Astérix, traduit dans toute l’Europe où ses scores de ventes font le bonheur des libraires. Quelques déclinaisons sur le thème du changement imposé par opposition aux élans rousseauistes de l’évolution sociale démocratique.
Enfin toutes les variations sont audibles sur le majeur, qui décide du changement ? : élites cosmopolites contre patriotes laissés-pour-compte ; souverainistes contre pro-européens, anticipation de la campagne électorale à venir dans les prochains mois.

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Ce tourbillonnement ignore la plupart du temps le côté le plus original du propos de Macron. D’habitude quand un président français s’exprime sur un pays étranger, c’est plutôt les grandes orgues. De Gaulle reste indépassable dans ce registre. Flatteur pour le peuple célébré mais aussi au passage pour l’orateur qui bénéficie du rehaussement général.

Ici, le propos est plutôt de l’ordre du constat un peu trivial. Les Danois sont résumés d’un seul qualificatif : luthériens, complété d’un commentaire plutôt abscons : « ils ont vécu les transformations des dernières années ». Mais, sacrilège, le président avançait une comparaison avec notre pays, en s’efforçant à un regard partagé.
Il faut vraiment n’avoir jamais rencontré un Danois ni l’un des voisins nordiques pour croire qu’à leurs yeux Emmanuel Macron avait forcé le trait. Pour eux la résistance française au changement tient de l’évidence. Ils peuvent d’ailleurs lui trouver du charme comme tant de visiteurs étrangers. Ils doivent être ébahis des réactions émotives des Français.

Peu importe pour nos chers concitoyens. Leur nombrilisme tourne à plein régime. Sur la France seul compte l’avis des Français. Comment ces étrangers en sauraient-ils / en comprendraient-ils assez pour apprécier la situation française présente ou passée ? C’est à nous seuls qu’il appartient de juger du dit changement. Trop ou trop peu ? Vital ou dérisoire ? Abusif ou libérateur ?

Nos doctes commentateurs oublient un point essentiel. L’Europe c’est l’union dans la diversité.

Nous semblons être à l’aise avec la diversité mais il faut bien à la fin se mettre d’accord pour agir. Mais d’accord avec qui ? On sent bien que leur espoir c’est que, d’une manière ou d’une autre, l’Europe institutionnelle fasse sienne un point de vue français. Par mimétisme entre les fonctionnaires de la Commission et leurs homologues français. Ou bien en se targuant d’un accord franco allemand.
Il y aurait pourtant une autre manière rationnelle et démocratique de prendre des décisions au niveau européen. Elle a été évoquée dans un débat récent par un brillant universitaire spécialiste de l’Europe politique, Philippe Poirier. Ce serait de constituer, au niveau du Conseil Européen, des alliances stables entre des pays aux politiques générales comparables. C’est déjà ce qu’ont constitué précisément les nordiques avec un mix économique et social voisin. C’est ce qui existe assez solidement dans le groupe de Visegrad. A nous de choisir ou de chercher à rassembler des pays aspirant à rapprocher leur politique générale de la nôtre. Sans placer tous nos espoirs sur un deal franco-allemand et son acceptation en force par nos partenaires européens.

Ces coalitions nouvelles auraient l’immense mérite de surmonter l’obstacle rédhibitoire instauré par le traité de Lisbonne, celui de l’accord de 27 commissaires et de 27 chefs d’Etat ou de gouvernement. Délice des arrangements diplomatiques au sein du Conseil ou technocratiques dans la Commission. Gain de confiance dans des institutions labyrinthiques.

Pour cela il faudrait commencer par ouvrir nos yeux, regarder soigneusement ce que font nos partenaires européens de l’un ou de l’autre groupe. Ce qui suppose aussi de prendre en compte le regard des autres sur nous, Français. Donc sortir de notre nombrilisme si gratifiant apparemment mais si ridicule aussi, il faut bien le dire.

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