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Libérer les élèves en otage

Obama a annoncé son désir de rendre gratuits les community schools, cursus universitaire raccourci réalisé par près de la moitié des étudiants américains[1]. Tentation égalitariste par excellence, cette mesure séduisante apparaît en réalité peu apte à améliorer l’éducation aux États-Unis. L’expérience le montre : seule la gratuité avec concurrence et liberté de choix est de nature à résorber les inégalités sociales entre les élèves.

Proposer la gratuité des études est dans son principe un moyen de résorber les inégalités sociales. Cependant, la gratuité sans véritable possibilité de choix – c’est-à-dire à moins de payer très cher des études ou écoles privées - a des conséquences perverses entraînant finalement le maintien des inégalités sociales que l’on prétendait combattre.

C’est le cas évident de l’Éducation nationale, en situation de quasi-monopole, qui prend les enfants en otage sans permettre une autre alternative, alors qu’elle échoue manifestement à remplir sa mission première. Après une scolarité obligatoire qui dure en moyenne plus de 12 ans, l’Éducation nationale a en effet échoué à apprendre à lire à près d’un élève sur cinq. Ce phénomène semble s’aggraver puisque à l’heure actuelle, 40% des élèves sortant du CM2 (11 ans) sont considérés comme étant en échec scolaire, ayant de « graves lacunes […] en lecture, écriture et calcul »[2].

Ces phénomènes ne sont évidemment pas sans lien avec un nombre important de décrocheurs : 16% d’une classe d’âge sortent du système scolaire sans aucune qualification, soit 130.000 jeunes d’après la Cour des comptes sur des estimations pour 2008. En 2012, ce chiffre aurait encore augmenté, de l’ordre de 230.000 élèves d’après l’ancien ministre de l’Éducation Luc Chatel[3], ce qui - si le chiffre est exact - amènerait au taux incroyable de plus de 28% de décrocheurs. Sous couvert de lutte contre les inégalités, l’Éducation nationale s’occupe donc en fait de produire des inadaptés sociaux qui ne possèdent pas les bases pour s’intégrer durablement dans la société.

D’après l’enquête Pisa[4] de l’OCDE de 2012, la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est d’ailleurs bien plus marquée en France que dans la plupart des pays de l’OCDE. Les instituteurs reconnaissent eux-mêmes que la méthode « pédagogiste » imposée par l’Éducation nationale défavorise davantage les enfants issus de milieux défavorisés. Un système centralisé et unique d’éducation revient par ailleurs à méconnaitre que les formes d’intelligence et prédispositions intellectuelles des élèves peuvent être fort différentes.

Afin de tirer le système éducatif vers le haut tout en assurant une vraie égalité, la solution de bon sens est donc celle qui permet d’introduire la liberté du choix de l’école, avec un système de concurrence permettant l’arrivée de nombreux acteurs, tout en maintenant la gratuité pour tous quelle que soit l’école choisie, ainsi que pratiquement tous les autres pays occidentaux l’ont compris. La France est ainsi quasiment l’unique pays occidental qui n’ait mené aucune expérimentation en ce sens. La carte suivante, tirée d’un article de la Fondation pour l’École[5], est éloquente : on y voit avec des points bleu marine les pays ayant introduit le chèque éducation et avec des points verts les pays ayant instauré des charter schools[6].

En quoi consistent précisément ces dispositifs ? Les citations explicatives ci-dessous sont tirées du même article :

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Les charter schools :

« Ce sont des écoles publiques de gestion privée, financées par l’État au prorata du nombre d’élèves, autonomes par rapport aux autorités de tutelle ordinaires, libres de leur pédagogie, de leur recrutement et de leurs valeurs. Créées par des parents, des professeurs, des fondations, des universités, elles sont souvent spécialisées [sur un public précis d’élèves][7] ou cherchent à promouvoir un meilleur niveau d’études dans une zone urbaine sensible. La moitié d’entre elles se sont spécialisées dans la scolarisation des enfants de familles à faibles revenus. »

Ces écoles existent aux États-Unis et au Royaume-Uni notamment. Au Royaume-Uni, le succès est absolument étonnant puisque à la rentrée 2013, plus de la moitié des écoles secondaires et un peu plus d’une école primaire sur dix ont été transformées en charter schools. Si la comparaison des performances des charter schools dans leur ensemble reste malaisée du fait de la différence de milieu social des élèves et de la différence de législation d’un État à l’autre, il existe néanmoins un consensus[8] sur leur impact pour les enfants de milieux défavorisés. Dans le monde occidental, l’exemple le plus frappant est sans-doute celui de la Nouvelle Orléans. Suite à l’ouragan Katrina en 2005, la plupart des écoles sont devenues des charter schools et aujourd’hui environ 80% des élèves sont scolarisés dans l’une d’entre elles. Or, si en 2004 seulement 54% des élèves réussissaient leur examen de fin de lycée en 4 ans, ce taux est aujourd’hui de 78%[9].

Le chèque-éducation :

« Les parents reçoivent un coupon qui leur permet de payer l’établissement scolaire de leur choix. Ce système peut couvrir les seules écoles privées (États-Unis) ou bien être appliqué aussi aux écoles publiques (Pays-Bas). Le montant de ce chèque est fixé par rapport au coût moyen de scolarisation d’un enfant en école publique. »

Ce système existe aux Pays-Bas, en Suède, au Danemark et en Nouvelle-Zélande notamment. Sur ces différents pays, un exemple intéressant est celui de la Suède, puisque l’école suédoise est passée en moins d’une décennie d’une gestion parmi les plus centralisées et bureaucratisées du monde à une gestion reposant sur le libre choix des parents. Or, on constate que malgré un niveau déjà bon initialement, les performances des élèves sont supérieures dans les écoles privées financées par le chèque éducation par rapport aux écoles publiques traditionnelles. En 2012 par exemple, 76% des élèves des écoles municipales avaient atteint les objectifs fixés dans l’ensemble des matières contre 84,3% dans les écoles indépendantes[10].

Si ces solutions ont jusqu’à présent été appliquées dans les classes primaires et secondaires, aucune raison majeure dans le principe n’empêche qu’elles soient un jour appliquées dans le supérieur. La gratuité - via un chèque éducation par exemple - pourrait cependant être partielle, proportionnée aux revenus, afin de lutter contre l’absentéisme et l’opportunisme de certains étudiants, selon le principe que « ce qui est gratuit n’a pas de valeur ». Lorsque l’école n’est plus obligatoire, la gratuité totale peut en effet devenir une ennemie de la performance scolaire. On le constate ne serait-ce qu’en comparant les études supérieures aux États-Unis et en France : les étudiants américains qui paient leurs études sont d’une assiduité rigoureuse quand les étudiants français - pour qui les études à l’université sont gratuites - enregistrent des records d’absentéisme et de redoublement.

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