Entreprises et Emplois marchands : Visions d’Entrepreneurs

par

Les moutons de Panurge ou le détournement de solidarité

Nous voudrions presque nous excuser de reparler encore de la réforme des retraites (Voir l’article : La réforme des retraites et la tectonique des plaques) mais le problème tourne au vinaigre et surtout n’est pas terminé. Nous avons consacré deux articles déjà à ce sujet, pour tenter d’expliquer comment tout dépend du rapport de la population active au travail laquelle cotise à celle des assistés soit en éducation, soit en retraite. Cette première notion introduit simplement la démographie : si la vie s’allonge ou si le nombre d’enfants diminue : il y a problème quasi certain pour l’avenir.

Répartition par tranches d’âge de la population française

Source : Institut Numérique

On perçoit immédiatement et instantanément le problème sur ce graphique : en 2060 le poids des plus de 65 ans aura augmenté de 6 %, celui des actifs en gris baissé de 4 et celui des jeunes, l’avenir plus lointain, de 2 %. Dans un système de répartition pure, il est évident que nous allons dans le mur, et qu’il faut aménager les paramètres.

Il serait intéressant d’examiner quelle est la position des Français par tranche d’âge qui finit par composer les fameux 68 % d’anti’s qu’a trouvé l’IFOP. Il est vrai que les retraités se sentent peu concernés, ils ont passé la barre. Ils ont de plus déjà perdu insidieusement près de 10 % de pouvoir d’achat principalement par non réévaluation des pensions quand l’inflation était faible. Les actifs en général ne voient pas pourquoi ils se fatigueraient un peu plus longtemps, pour moins cher, les jeunes ne se sentent pas concernés et ont avalé le message comme quoi ils n’auraient pas de retraite. À noter que cela n’a par contre pas déclenché chez eux un réflexe d’économies préventives ?! Les jeunes se tirent en effet une balle dans le pied. N’étant concernés par la réforme que dans au moins 30 ans, ils auraient intérêt à ce que les règles leur assurent une bonne pension quand ils seront eux-mêmes à l’âge de la retraite. Un jeune étudiant de 17 ans interviewé, absolument pas concerné à l’évidence, annonce faire grève par solidarité avec ses parents et ses professeurs !

Si l’on veut maintenir ne serait-ce qu’un semblant de solidarité alors il faut consolider le régime existant. Tout se passe comme si Monsieur Martinez, disciple inconditionnel et inattendu de Mr Mitterand, avait décidé que 60 ans étaient un tabou et les moutons de Panurge se sont progressivement alignés sur cette position rétrograde. C’est devenu en quelque sorte un signe gratifant et peu coûteux de contestation de Mr Macron. Pourtant, si l’on veut garder peu ou prou les équilibres existants, signes patents de la solidarité du système de répartition, il n’y a pas vraiment d’autres paramètres disponibles que le taux d’emploi et la durée de cotisation combinée avec des mesures d’âge. Pour l’avenir plus lointain il faut par contre s’occuper rapidement et activement à de la natalité, dont la politique et l’esprit ont été largement dégradés au fil du temps.

Un deuxième article (Ce n’est pas à l’Etat de financer les retraites !, Bertrand Nouel) soulignait comment insidieusement un problème de cotisation plus ou moins volontaire glissait tout doucement vers un système fiscal. Il est clair que le jeu aujourd’hui des syndicats et des fonctionnaires est de reporter la charge des retraites sur l’impôt alors que ce problème est celui de chacun d’entre nous : quelle part de notre revenu sommes-nous prêts chacun à consacrer d’un côté, directement, à l’élevage de nos enfants, et de l’autre aux noisettes mises de côté pour la retraite ? C’est en fait un choix très personnel et dans ce cas on peut raisonnablement se poser la question de la capitalisation : le système de répartition a acté des taux de remplacement[1] très différents selon les catégories[2] : pour les principales, les fonctionnaires à la retraite touchent plus ou moins 75 % de leur ancien salaire hors prime, un employé ou un ouvrier du privé plutôt 60 %, un cadre de l’ordre de 50 % ou moins.[3] (Le système de cotisation étant proportionnel mais plafonné, plus la rémunération de référence est élevée, plus le taux de remplacement diminue même si la valeur absolue est supérieure).

Dire aujourd’hui que l’on refuse purement et simplement les mesures d’âge et/de durée d’activité cela revient à dire que le déficit déjà créé mais en cours de croissance accélérée sera financé par la l’impôt c’est-à-dire, comme le crient à tout va les députés de LFI par les entreprises et les riches, (retour de l’ISF entre autres) puisque plus de la moitié des Français est exemptée d’IRPP. C’est une recette bien connue dont on connaît les conséquences : le déclin progressif de la France dans les classements internationaux, et l’exil progressif des investisseurs-entrepreneurs. Les Français ne pourront pas éternellement refuser les usines de brioche en Bretagne et Fessenheim, tout en conservant le système social le plus généreux du monde.[4]

Si l’ensemble du corps social français refuse définitivement l’adaptation du système de répartition aux évolutions démographiques et ceci non seulement maintenant mais encore plus pour l’avenir, cela revient à un refus de solidarité. Dans ce cas, que chacun se débrouille et passons, comme l’ont déjà fait partiellement les fonctionnaires avec la PREFON, dans un système de capitalisation où chacun travaillera, cotisera, consommera, épargnera à sa convenance mais ne viendra pas ensuite se plaindre auprès de la collectivité des problèmes qu’il se sera lui-même créé. Cela pourrait être heureusement complété par un système emploi-retraite incitatif. Accessoirement cela aurait de plus l’intérêt d’alimenter des fonds de pension, utiles à l’investissement et favorables à un partage naturel et automatique des superprofits des actionnaires.

« Travailler c’est trop dur
Et voler c’est pas beau
D’mander la charité c’est queuqu’chose j’veux pas faire … »

- Rejoignez Entrepreneurs pour la France :
Recevez notre lettre
Yves Buchsenschutz Soutenez l'IRDEME
et la Recherche

Continuer la lecture :

Inflation mondiale : comment cela a-t-il commencé ?

Inflation mondiale : comment cela a-t-il commencé ?

Le paradoxe français où cela ne s’arrange pas !

Le paradoxe français où cela ne s’arrange pas !

Des moutons devenus agneaux


Quelle mesure d’urgence pour stabiliser le prix de l’électricité pour les PME ?

Quelle mesure d’urgence pour stabiliser le prix de l’électricité pour les PME ?

L'écologie d'extrême gauche et ses débouches sans issue

L'écologie d'extrême gauche et ses débouches sans issue


Ce n’est pas à l’Etat de financer les retraites !

Ce n’est pas à l’Etat de financer les retraites !

Vers la fin du système de répartition et l’avènement d’un système prédéterminé de droits financé par l’impôt.

Immigration : quand l’ Europe va-t-elle enfin se réveiller ?

Immigration : quand l’ Europe va-t-elle enfin se réveiller ?



Vos réactions à cet article (3) :

la petite réforme BorneMacron copie le chemin fillon2010

le 20 janvier, 00:46 par Guyot-Sionnest

la petite réforme BorneMacron essaye le chemin fillon2010 pour faire remonter le taux d’emploi des 60-65 ans en remontant de 2 ans l’age mini.
Lorenzi a montré (chaire TDTE) que remonter le taux d’activité était suffisant pour perdurer jusqu’en 2030
mais pour lui un autre chemin que reculer l’age pour tous pourrait être exploré en stimulant les entreprises à adapter les postes et les seniors au travail "agé" .
Le gouvernement a choisi de répéter la solution fillon 2010, qui a marché mais a fait perdre les élections, plutôt qu’innover et tenir compte des énormes différences entre les gens au même age.

Les moutons de Panurge ou le détournement de solidarité

le 20 janvier, 09:36 par Régis Glorieux

L’un des arguments des opposants à la réforme des retraites est que les retraités actuels auraient un niveau moyen de revenus supérieur aux actifs et qu’il faudrait donc les mettre à contribution, ce qui n’est pas prévu.
Ceci est encore une fois une vision dogmatique répandue par les "égalitaristes". Car :
  - le niveau de revenus des retraités chute brutalement lors de leur départ à la retraite, et proportionnellement davantage chez les hauts revenus ce qui est déjà une forme de solidarité (ce dont les fonctionnaires sont les moins victimes ....)
  - la moyenne des revenus des actifs inclue toutes les générations depuis ceux qui commencent à travailler et qui donc en principe gagnent moins que ceux qui ont plus d’ancienneté et approchent de l’âge de la retraite. Donc il est mathématiquement(et non socialement) normal que ceux qui partent à la retraite aient un revenu moyen supérieur à l’ensemble des actifs, et cela malgré la très forte décote.
Mais personne ne le dit, ni les économistes ni les journalistes, qui, au lieu de faire correctement leur travail d’investigation, d’analyse et d’information, se complaisent à faire le buzz. Et hélas souvent les contre-vérités attirent plus que la banale réalité


Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Retrouver cet article sur le Web :
https://www.irdeme.org/1748
Flashcode 2 url
FERMER

Inscrivez-vous à notre lettre (gratuite)
et accédez à des contenus exclusifs :