Institut de Recherche pour la démographie des entreprises

www.irdeme.org > Etudes > Le rôle crucial des créations d’entreprises

Le rôle crucial des créations d’entreprises


jeudi 22 mars 2012, par Bernard Zimmern

En moyenne, les entreprises existantes perdent des emplois et ce de façon assez régulière et homogène entre pays. La grande différence pour l’emploi se situe au niveau de la création. Ce sont les emplois créés dans les deux premières années qui décident de l’évolution de l’emploi. Une découverte de la Kauffman Foundation à partir des séries du Census.

Le rôle crucial des créations d’entreprises

A la fin des années 1970, un chercheur du MIT secouait tout l’univers des économistes et de la science économique en montrant que les grandes entreprises, celles dont parlent les médias, celles qui à l’époque occupaient la couverture de la revue Fortune ne créent pas d’emplois mais en perdent, et que l’emploi se crée essentiellement dans les petites entreprises et même les très petites. Quand David Birch a ainsi créé cette nouvelle discipline qu’est la démographie des entreprises, il ne prétendait pas que les grandes entreprises ne créent aucun emploi mais qu’en tant que catégorie, elles détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent.

Depuis Birch les statisticiens qui s’intéressent à décrire l’économie ne la représentent plus par des chiffres globaux, la croissance de l’emploi ou sa décroissance mais par des « nuages de Birch » qui permettent de rendre compte des créations et disparitions par classe d’entreprises. Cette discipline vient de faire un nouveau bond qualitatif avec la découverte conjointe de la Kauffman Foundation de Kansas City aux USA et du Census Bureau, que ce sont en fait les créations d’entreprises qui créent des emplois et que toutes les entreprises déjà créées en perdent. Cette étude séminale (“the importance of Startups in Job Creation and Job Destruction“ juillet 2010) montre en effet, à partir des séries longitudinales du Census Bureau que les entreprises nouvelles créent des emplois l’année de leur naissance, en créent autant qu’elles en perdent l’année suivante, puis se mettent à perdre des emplois les années suivantes.

Lecture : Ce diagramme montre qu’entre 1977 et 2005, les entreprises qui enregistrent les créations nettes d’emplois (emplois créés moins emplois perdus) positives sont les start-up. En revanche, les entreprises existantes détruisent globalement plus d’emplois qu’elles n’en créent (solde net négatif)

Ce schéma semble pouvoir être transposé en France où une série longitudinale sur l’année 2002 donne le même modèle qu’aux USA mais avec un retard dans la mesure où le plafond d’emplois serait atteint l’année 2 après l’année 0 de naissance et se met ensuite à décroître.
Ce modèle est redoutable pour la France car les chiffres américains seraient que la création d’emplois par les créations d’entreprises employeuses représenteraient environ 3% de l’emploi américain total en moyenne sur la période 1980-2005, les pertes d’emploi par l’ensemble des entreprises existantes environ 1,2% ce qui laisserait un solde net de 1,8% [1] soit pour 120 millions d’emplois, environ 2 millions d’emplois supplémentaires créés en moyenne tous les ans.
En France, la création d’emplois par les entreprises employeuses la première année serait d’environ 115.000 pour un emploi marchand de 19 millions soit 0,6% (voir : Emplois : La France a décroché des 3 As, Allemagne, Angleterre, Amérique) alors que la destruction d’emplois serait de 3% par an en moyenne pour les entreprises employeuses existantes (voir série longitudinale sur l’année 2002) ce qui laisserait un solde négatif de -2,4%. Le chiffre de -3% serait confirmé par une étude sur les ETI. La France serait donc en pleine implosion d’emplois. Cependant, en considérant les sociétés non-employeuses lors de leur création, il apparaît que le solde net de création d’emplois en France est d’environ 0,3%. Ce chiffre est en lien avec la croissance moyenne du nombre d’emplois marchands enregistrés en France sur la période 2000-2009 qui est de 0.2%. Ainsi, ce taux de croissance est nettement inférieur à celui enregistré aux États-Unis et montrerait que la France ne crée pas d’emplois à long terme.

Ce modèle, bien que séduisant, ne fait pas l’absolue unanimité : une approche sur les emplois créés par les entreprises non employeuses à la naissance (article de recherche de Ying Lowrey de l’US Small Business Administration) semblerait montrer qu’ils seraient déterminants. Un autre article du Small Business Trends montre que beaucoup de sociétés voient leurs emplois augmenter après 25 ans (Birch avait remarqué ce fait après 14 ans). Ceci montre que les recherches sur l’impact en emplois des entreprises à forte croissance sont loin d’être terminées.
[1] Source : Kauffman Foundation (www.kauffman.org/research-and-polic…)



 
Plan du site |