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Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

Depuis plus de dix ans, l’espérance de vie n’a pas augmenté aux États-Unis. Elle a même nettement reculé en 2020-2021. Cette médiocre performance est spécifique à ce pays. Il a été rattrapé ou dépassé par de nombreux pays dits émergents, ou simplement bien moins riches que lui. D’autres pays riches du monde occidental ont accru leur avance sur lui. Ce constat surprend, alors que les États-Unis sont, de loin, les plus dépensiers du monde pour la santé. N’est-ce pas un signe inquiétant de faiblesse ? La population américaine pourra-t-elle continuer à soutenir la puissance économique et politique des États-Unis au cours des décennies qui viennent ? Ces questions doivent interpeller les entrepreneurs français et ceux des autres pays occidentaux. Pour y voir plus clair, voici quelques éléments d’analyse.

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Un repère historique : les failles du modèle soviétique

En 1976, un jeune chercheur, Emmanuel Todd, publia La chute finale. Essai sur la décomposition de la sphère soviétique. Le titre pouvait alors apparaître peu crédible. Les États-Unis et le monde occidental vivaient une période difficile, voire humiliante : démission honteuse de Richard Nixon (août 1974) ; retrait américain du Vietnam et chute de Saïgon (1973-mai 1975) ; premier choc pétrolier (1973) ; disparition du système monétaire de Bretton-Woods (1971-1976), recrudescence de l’inflation, etc. En face, le monde communiste ne semblait pas près de s’effondrer. Bien au contraire, son influence et sa menace s’étendaient dans le monde : progression en Afrique (Éthiopie, Angola, Mozambique, Somalie) ; nouvelles percées en Amérique latine (le moment Allende jusqu’au coup d’État de Pinochet en 1973 ; les guérillas latino-américaines) et en Europe occidentale (révolution des œillets au Portugal, 1974-1976 ; succès des PC italien -30 % des voix aux législatives de juin 1976- et français -qui restait la première force électorale à gauche aux législatives de 1973, plus de 21 % au 1er tour-) ; implantation dans le monde islamique d’Asie (Afghanistan à partir de 1973 ; Sud-Yémen). Dans ce contexte, il semblait incongru de pronostiquer la « chute finale » de la sphère communiste.
L’histoire a cependant montré que Todd, alors âgé d’à peine vingt-cinq ans, avait vu juste. Il avait correctement identifié un certain nombre de failles et de faiblesses internes du système, qui faisaient de l’empire soviétique un colosse aux pieds d’argile. Dans un monde communiste gangrené par la manipulation statistique, certains indices démographiques ou sanitaires laissaient entrevoir ces faiblesses : hausse du taux de suicide en Europe de l’Est, alcoolisme en Russie, par exemple.
Près de cinquante ans après, le moment est venu, sans titre provocateur et sans forcer le trait, de mieux identifier les failles actuelles de l’Occident, à commencer par son leader, les États-Unis. Alors que la puissance du camp occidental (Amérique, Royaume-Uni, Union européenne, Océanie, Japon) s’étale face à la Russie dans le conflit ukrainien, cet exercice risque de paraître aussi décalé que celui d’Emmanuel Todd. Il n’en demeure pas moins pertinent, tant se précisent les signes de l’essoufflement de ce modèle.

Un indicateur-clé : l’espérance de vie

L’un de ces signes inquiétants est, aux États-Unis, l’évolution de l’espérance de vie. Les comparaisons statistiques ne sont pas en faveur de ce pays. L’espérance de vie à la naissance (77,2 années en 2021) a peiné à s’accroître depuis trente ans. Depuis dix ans, elle stagne ou diminue, malgré des dépenses de santé par habitant de loin les plus élevées de la planète : 8 320 euros par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) et 16,8 % du PIB en 2019, contre 11,7 % du PIB pour l’Allemagne, 11,3 % pour la Suisse, 4 067 euros par habitant et 11,2 % du PIB pour la France, moins de 11 % au Japon, 10 % au Royaume-Uni, etc. (DREES, Les dépenses de santé 2020, édition 2021, p. 140, en ligne).
Au cours des trente dernières années, les États-Unis se sont fait rattraper par des pays émergents comme l’Arabie Saoudite et la Turquie ; rattraper, puis dépasser par la Corée, la Chine, la Thaïlande (graphique 1 ci-après). Ils ont été rattrapés par d’anciens pays européens de la sphère soviétique, bien moins riches qu’eux : République Tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie, Estonie (graphique 2). Les pays riches du bloc occidental ont accentué l’avance qu’ils avaient prise sur les États-Unis : parmi eux, le Japon, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne (graphique 3), mais aussi la Suisse, le Canada, l’Australie, les pays nordiques européens, etc.

Espérance de vie à la naissance : Etats-Unis et 5 pays émergents (Chine, Corée, Thaïlande, Arabie Saoudite, Turquie)

Espérance de vie à la naissance : Etats-Unis et 5 pays de l’ex-sphère soviétique (République Tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie, Estonie)

Espérance de vie à la naissance : Etats-Unis et 6 pays occidentaux développés (Japon, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne)

Source : ONU, Division de la population, Prévisions de population mondiale 2022, Tableaux « Life Expectancy at exact age » (en ligne sur population.un.org).

La baisse significative de l’espérance de vie aux États-Unis en 2020-2021 révèle une gestion de la pandémie moins performante dans ce pays qu’en Extrême-Orient. Mais les tableaux ci-dessus montrent aussi, de manière très claire, que les difficultés américaines sont structurelles et plus anciennes.

Drogue, obésité, criminalité et suicides

Les causes de ce surprenant décrochage, bien antérieur à l’épidémie Covid, méritent d’être expertisées. Selon les études disponibles, quatre éléments principaux seraient à prendre en compte, l’usage de drogues (overdoses d’opioïdes notamment), l’obésité, la criminalité et les suicides : quatre symptômes de déséquilibre social et de décadence. Précisons que cette évolution inquiétante de l’espérance de vie ne frappe pas seulement les Noirs américains ou les Hispaniques, mais aussi les Blancs non Hispaniques : notamment ces « petits Blancs », déclassés par la mondialisation, vivant en marge des grandes métropoles, et qui forment une partie de l’électorat de Donald Trump.

Les drogues et la « crise des opioïdes »

Depuis 1999, le taux de mortalité américain par overdose de drogue s’est accru pratiquement chaque année. Cette hausse s’est considérablement accélérée à partir du milieu des années 2010. En un peu plus de vingt ans, la mortalité par overdose a ainsi été multipliée par plus de cinq. En 2020, on a dénombré 91 800 décès pour cette cause. Les données de 2021 restent provisoires, mais il est certain que cette mortalité s’est encore fortement accrue, dépassant désormais largement les 100 000 décès annuels : 108 200 pour les douze mois se terminant en avril 2022, selon les dernières statistiques publiées fin septembre 2022 par le National Center for Health Statistics (NCHS).

Graphique 4 - Taux de mortalité aux Etats-Unis par overdose de drogue

Sources : 1999-2020 : Centers for Disease Control and Prevention (CDC ; taux ajusté, à structure d’âge constante de la population) ; 2021 : estimation de l’auteur, à partir des chiffres du NCHS.

Les comparaisons internationales sont, ici, à considérer avec précaution : les méthodes de comptabilisation des causes de décès varient d’un pays à l’autre ; de surcroît, il y a un risque non négligeable de sous-enregistrement des décès dus à la drogue. L’une des études les plus intéressantes s’arrête, hélas, en 2015 (Jessica Ho, « The Contemporary American Drug Overdose Epidemic in International Perspective », Population and Development Review, 45(1), mars 2019, p. 7-40, en ligne). Elle ne prend donc en compte que très partiellement la récente explosion de la mortalité américaine par overdose. Cette étude porte sur dix-huit pays, parmi lesquels l’Allemagne, l’Australie, le Canada, l’Espagne, la France, le Japon, le Royaume-Uni, les États-Unis. Après harmonisation des statistiques pour éliminer les différences simplement liées à la structure d’âge de la population, une forte divergence, depuis le début des années 2000, entre les États-Unis et les autres pays, apparaît en pleine lumière : hausse rapide de la mortalité par overdose chez les premiers, stabilisation ou baisse de celle-ci chez les seconds. Dès 2015, le taux de mortalité américain était ainsi devenu deux à trois fois supérieur à celui des 17 autres pays.
La situation des États-Unis, dans ce domaine, est donc tout à fait singulière. Pour l’analyser, certaines explications permanentes et traditionnelles demeurent pertinentes : criminalité, immigration, pauvreté notamment. Mais la nouveauté des quinze ou vingt dernières années, c’est l’apparition de formes d’addiction nouvelles, liées au dysfonctionnement du système de santé américain. En schématisant un peu, l’addiction nouvelle est le produit d’une prescription médicale indue, qui vise à supprimer la douleur, au risque d’entraîner la dépendance des patients.
Ce phénomène a particulièrement concerné les produits opiacés. Une « crise » ou « épidémie des opioïdes » s’est déclarée et continue toujours d’exercer ses ravages. Sont aujourd’hui montrés du doigt un produit-phare, l’oxycodone, son principal producteur, le groupe Purdue Pharma, et la famille Sackler, à la tête de ce groupe, désormais criblée de procès, mise à l’index par les bénéficiaires de ses dons, et en instance de faillite.
Karl Marx avait caricaturé la religion comme l’« opium du peuple ». Le système de santé américain, en offrant largement un « opium pour le peuple », n’est-il pas plus efficace encore ? Les Chinois, qui ont une longue mémoire, se souviennent fort bien des deux guerres de l’opium du XIXe siècle, qui ont déstabilisé leur société. Ils doivent discrètement savourer cet étonnant retour du balancier.

Une nation d’obèses ?

La Banque Mondiale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publient une estimation par pays de la prévalence du surpoids, c’est-à-dire de la proportion des adultes ayant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 25. Cet indice se définit comme le poids (en kg) divisé par le carré de la taille (en m). Son niveau normal se situe, selon l’OMS, entre 18,5 et 25.
En 2016, plus des deux tiers de la population adulte des États-Unis (estimation : 67,9 % selon la Banque Mondiale, 70,2 % selon l’OMS) étaient en surpoids : un quasi-record mondial, à de rares exceptions près -la plus notable étant celle de l’Arabie Saoudite (69,7 % Banque Mondiale, 69 % OMS). De 1990 à 2016, la proportion d’adultes en surpoids a augmenté de 17 points aux États-Unis : une hausse parmi les plus fortes de tous les pays, nettement supérieure à celles constatées dans l’Union européenne (UE) et dans le monde entier (graphique 5). Une forte augmentation de la prévalence du surpoids s’observe aussi en Chine et dans d’autres pays d’Extrême-Orient ; toutefois, avec ces pays, la comparaison en valeur absolue reste particulièrement défavorable aux États-Unis (graphique 6).

Graphique 5 - Prévalence du surpoids aux Etats-Unis, dans l’Union Européenne et dans le Monde

Graphique 6 - Prévalence du surpoids aux Etats-Unis et dans trois grands pays d’Extrême-Orient

Source : Banque Mondiale (série de données : prévalence du surpoids chez les adultes).

Le lien de causalité entre le surpoids (IMC > 25), ou l’obésité (IMC > 30), et la surmortalité est connu depuis longtemps. Plus récemment, une étude de la Fédération mondiale de l’obésité, portant sur 160 pays, a montré que, là où plus de la moitié de la population adulte est en surpoids, la probabilité de décès dus au Covid serait dix fois plus élevée que dans les pays où moins de la moitié de la population est en surpoids (World Obesity Federation : Covid-19 and Obesity, The 2021 Atlas, mars 2021). Ainsi, la chute particulièrement forte de l’espérance de vie aux États-Unis en 2020-2021 n’aurait rien d’inattendu.

Criminalité, homicides et suicides

La troisième cause à invoquer est banale : un meurtre ou un assassinat, c’est un mort de plus dans les statistiques ; c’est en même temps une personne dont l’espérance de vie est sensiblement réduite.
Assez éloignés de la société japonaise actuelle, mais se rapprochant des Méso- et des Sud-Américains, les États-Unis gardent certains traits d’une société violente. On pouvait penser, il y a une dizaine d’années, que la société américaine avait pris la mesure de ce problème et fait ce qu’il fallait pour y remédier durablement. Depuis 2015, l’évolution du taux d’homicide dans ce pays semble démentir ce pronostic : ce taux a augmenté de plus de deux points en six ans ; en 2020, il est passé nettement au-dessus du taux d’homicides dans le monde, qui, lui, est orienté à la baisse.

Graphique 7 - Homicides pour 100 000 habitants

Source : Banque Mondiale (taux d’homicides intentionnels)

On a dénombré 21 500 homicides volontaires aux États-Unis en 2020. Au vu des résultats partiels disponibles, ce chiffre, ainsi que le taux d’homicides, devrait encore nettement augmenter en 2021. Le taux d’homicides américain se situerait ainsi à un niveau proche de ceux ... de la Russie et de l’Ukraine. Il serait 6 à 7 fois supérieur au taux de l’Union européenne, près de 15 fois supérieur à celui du Japon, deux à cinq fois supérieur à ceux de la plupart des pays musulmans d’Asie et d’Afrique du Nord.
On notera, pour finir, le niveau non moins préoccupant d’un autre indicateur, très prisé des sociologues : le taux de suicide. Ce taux est en hausse aux États-Unis depuis le début des années 2000, tout comme le nombre brut des suicidés : 30 000 morts en 2000, 46 000 en 2020. Avec 13,5 suicides pour 100 000 habitants en 2020, ce pays a le taux le plus élevé de morts volontaires parmi les nations riches. Cette évolution des suicides rappelle étrangement celle qu’avait constatée Emmanuel Todd dans la sphère soviétique, quinze ans avant la chute du communisme.

Pour conclure

Les médias français ont commencé à s’interroger sur le paradoxe démographique américain. Écoutons par exemple Thomas Deszpot, de TF1 ; le 16 septembre 2022[1], celui-ci notait que « l’espérance de vie en bonne santé, elle, était déjà plus élevée en Chine qu’aux États-Unis. Et ce depuis 2018, comme le souligne Adam Tooze [historien anglo-américain]. Il ajoute qu’à l’époque, les États-Unis "étaient l’un des cinq seuls pays – les autres étant la Somalie, l’Afghanistan, la Géorgie et Saint-Vincent-et-les Grenadines – à connaître une baisse de l’espérance de vie en bonne santé à la naissance" ». Quel succès pour le système de santé le plus cher du monde !

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Vos réactions à cet article (9) :

Paradoxes

le 13 octobre, 21:28 par Guyot-Sionnest

Si Montenay lit Irdeme c’est un bel indicateur :-)

Sur un autre registre, Artus comparait récemment les taux de natalité entre les USA et la Chine . La Chine vit une implosion à 1 seul enfant par femme. Si cela se poursuivait, la population des USA passerait devant celle de la Chine avant la fin du siècle. Les USA ayant une natalité globale autour de 1,6 , mais surtout une forte immigration. Pour Artus, baisse de rapide de la population en Chine comme en Allemagne et Italie = baisse de la consommation... cumulée avec le bas coût et l’abondance d’énergie / Europe => bcp d’entreprises européennes vont se développer aux USA et moins compter sur l’exportation vers la Chine. Il faudrait interroger Todd.

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 13 octobre, 21:48 par Gerard

Enfin ! un tres bon article qui sort de l’admiration béate des USA. Ceux ci restent cependant formidables pour les entrepreneurs mais les failles dans la société aggravées par Trump sont inquiétantes. Et l’EUROPE , si dénigrée , a des atouts à condition de combattre l’obésité ,les armes en accés libre, les dépendances aux drogues et les dérives anti démocratiques.

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 13 octobre, 23:30 par Philippe Baccou

Merci à Yves Montenay pour son précieux encouragement, venant d’un excellent connaisseur des questions démographiques.
Le propos de Patrick Artus sur l’hiver démographique chinois converge avec celui d’autres analystes. Il faudrait, en fait, l’élargir à d’autres pays extrême-orientaux : Japon, Corée notamment. L’impact prévisible sur l’emploi et la croissance est considérable. Mais je suis moins convaincu du maintien d’un dynamisme démographique américain au même niveau qu’au cours des dernières décennies.
Merci aussi à "gerard". Donald Trump a-t-il vraiment "aggravé les failles" de la société américaine, qui n’ont guère eu besoin de lui pour se creuser ? ou n’a-t-il pas plutôt cherché, de façon assez chaotique, à revenir aux années de son enfance et de son adolescence (jusque vers 1960) où ces failles étaient incomparablement moins profondes ?

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 14 octobre, 07:04 par gaston79

Autant l’on peut en effet stigmatiser la population Us pour ses habitudes alimentaires à l’origine de nombreuses maladies liées à l’obésité, la sédentarité et la nourriture industrielle, ce qui aggrave d’autant le coût global comparatif de la santé vs d’autres pays, autant il faut cesser d’affirmer (avec la gauche française) que le système de santé US est "le plus cher du monde". Le système de santé des États-Unis prévoit une couverture de base universelle , couvrant les gros risques pour les personnes âgées et les plus démunis. Ainsi, deux systèmes d’Assurance maladie obligatoire financés par l’impôt et les cotisations coexistent : Medicare pour les personnes de plus de 65 ans ou handicapées et Medicaid pour les familles aux faibles ressources. Au total, cela concerne 27 % de la population soit 83 millions d’Américains. Le reste de la population est en effet assuré par des opérateurs privés, en partie via les employeurs, système qui n’admet aucun report de déficit contrairement à la Sécu française (20 milliards en branche maladie) ce que les défenseurs du système français se gardent bien de signaler et de calculer dans leur comparaison avec le système US !

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 14 octobre, 10:21 par Philippe Baccou

Merci à gaston79 d’avoir rappelé que le système de santé américain, comme dans à peu près tous les pays du monde, comporte une partie privée et une partie publique. Le partage des dépenses et des prestations de santé entre les deux est une caractéristique essentielle de chaque système. Ce constat juste n’autorise pas à comparer les systèmes en ne considérant que les dépenses publiques de santé. C’est pourquoi l’OMS et tous les autres producteurs de statistiques internationales sur la santé calculent, par pays, des coûts et dépenses de santé complets, publics et privés. Un peu de la même façon, une entreprise ne calcule pas le coût du nettoyage de ses locaux en ne comptant que la dépense de ses propres agents, mais en ajoutant le coût de ce qu’elle sous-traite. Les comparaisons internationales montrent que les dépenses totales de santé, publiques et privées, sont, pour le système américain, les plus élevées du monde, non seulement en valeur absolue, mais aussi en % du PIB. Il n’est pas inattendu que le poids des dépenses de santé dans le PIB soit plus élevé dans les pays riches que dans les pays pauvres. Mais, en tenant compte de cela, le coût du système de santé américain reste totalement atypique par rapport à la plupart des autres pays riches. Si la gauche française dit qu’il pleut, et s’il pleut effectivement, je ne vois pour ma part aucun obstacle à accepter ce constat.
La comparaison internationale des dépenses de santé inclut par définition toutes les dépenses, quel que soit leur mode de financement : impôt, cotisations, primes d’assurance, autres dépenses privées, emprunts. Ajouter aux dépenses de santé françaises le déficit accumulé de la branche santé de la sécurité sociale, qui résulte de dépenses déjà comptabilisées dans les années antérieures, cela reviendrait à comptabiliser deux fois la même chose.

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 14 octobre, 17:26 par GERARD DOSOGNE

J’ai pas mal étudié les problèmes liés à la santé , et je dois dire que Philippe B a tord : l’espérance de vie n’est pas principalement due au système de santé mais à d’autres facteurs ( voir études de l’OCDE sur la santé) : le principal élément est l’hygiène , l’alcoolisme, le tabagisme, la "malbouffe" , la prise de danger ( voiture, sports.. ;) . Par exemple , la différence très importante en France (bien plus qu’ailleurs) entre l’espérance de vie des hommes et des femmes est due à l’alcoolisme et au tabagisme des hommes , pas au fait qu’ils sont plus mal soignés que les femmes ! . Aux US , il y a un gros problème de malbouffe , d’alcoolisme et de tabagisme et d’hygiène de vie en général qui explique le problème de l’espérance de vie . Rien à voir avec leur , excellent, système de santé . Je rappelle à Philippe que les personnes de plus de 65 ans sont prises en charge aux US par Medicare et les "pauvres " par Medicaid . Arretons ce stupide American Bashing très CGTiste en effet.
Il existe aussi une étude récente en France sur les retraites et l’age à considérer pour le départ , qui tient en compte la qualité du travail : un ouvrier aurait une espérance de vie inférieure au CSP+ .... cette différence d’espérance de vie n’est évidemment pas due , que je sache , au système de santé , à moins de considerer que les ouvriers , en France , sont moins bien soignés que les cadres....
Arretons les évidences sans étude sérieuse.

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 16 octobre, 12:03 par Philippe Baccou

Merci à Gérard Dosogne d’avoir exprimé son point de vue, ce qui me permet, en toute amitié, d’expliquer pourquoi je ne peux être d’accord avec son désaccord. Celui-ci tient beaucoup à une question de définition. Qu’est-ce qu’un système de santé ? Sa définition se limite-t-elle à une fonction curative (soigner) ou inclut-elle la prévention : éducation à la santé et à l’hygiène, médecine préventive, etc. ? La définition étroite n’est soutenue par pratiquement personne ; la définition large est celle, notamment, des organismes internationaux et de leurs statistiques comparatives (notamment la dépense nationale de santé, qui inclut la prévention).
L’hygiène est sans nul doute un facteur de l’espérance de vie ... mais c’est aussi un objet du système de santé. Un pays qui soigne bien sa population mais qui a une mauvaise prévention aura une population en moins bonne santé et une espérance de vie plus courte.
Une rectification au passage : il est inexact que la différence d’espérance de vie entre les femmes et les hommes en France soit "bien plus importante qu’ailleurs", ce qui sous-entend qu’elle serait la plus forte du monde. Cette différence (6,1 années en 2020 pour la France) est, entre autres, plus grande en Argentine, au Vietnam et dans plusieurs pays de l’Union européenne : Croatie, Pologne, Hongrie, Roumanie notamment. Elle est également de 6,1 années au Portugal et au Japon (l’un des pays les plus performants du monde pour l’espérance de vie). Pour les Etats-Unis, c’est 5,7 années, ce qui n’est pas bien moins important qu’en France (mais avec une espérance de vie masculine américaine de 4,7 années plus faible que chez nous).

Le plafonnement et le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

le 17 octobre, 10:38 par François Henimann

Merci Philippe pour cet article très éclairant et bien documenté, qui a engendré un échange d’argumentations très riche.
Est-ce prémonitoire d’une déchéance à terme des USA ?
on peut garder l’espoir d’une prise de conscience et d’un sursaut de ce grand pays, qui a pour avantage par rapport à la Chine (empétrée dans un déclin démographique inéluctable) et à la Russie de ne pas être totalitaire ...


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