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Le déluge proclamé de liquidités est-il un leurre ?

Pas plus qu’il n’y a de « free lunch », il n’y a pas d’argent magique, et même, il n’y a pas de création monétaire importante pour le moment, contrairement à ce que disent, mais ne comprennent ni les politiques ni les médias… ni même parfois des économistes ! C’est pourquoi l’inflation ne frappe pas à la porte !

Les Français sont imperméables aux, ou ignorants des lois économiques. L’économie est une science complexe, et la finance, sans doute la branche la plus complexe de l’économie.
Alors on entend : l’argent coule à flot ; la masse monétaire augmente de manière illimitée, les banques centrales injectent des liquidités sans limite dans le système économique… et pourtant l’inflation n’augmente pas, contrairement aux dogmes généralement admis.
Je m’appuie entre autres, dans la démonstration qui suit, sur l’excellent article de Henri Lapage (sans doute le meilleur économiste libéral français) paru dans le Journal des Libertés d’octobre 2020 « Inflation : la grosse farce des QE » (QE= Quantitative Easing , c.à.d. l’autorisation qui a été donnée aux Banques Centrales d’acheter des obligations à maturités longues dans le marché secondaire (BCE) ou même primaire (FED, BOEngland) émises par les Etats (et aussi dans certains cas par des groupes privés).
Les commentaires des médias encensent la FED qui a enrayé l’engrenage d’une apocalypse financière en augmentant brutalement la masse monétaire, le bilan de la FED étant passé de 3.000 à plus de 7.000 milliards de dollars en 2 mois. Mais la suite, comme l’affirment les commentateurs, est inévitablement une hausse considérable de l’inflation. Bien. Mais les indicateurs financiers ne voient rien venir : ni les eurodollars futurs, ni cette courbe des taux désespérément aplatie, n’en donnent le signal.
Depuis 10 ans, on nous prédit régulièrement un retour de l’inflation à cause de l‘augmentation de la masse monétaire en circulation… et rien ne vient : on a même eu peur, il y 18 mois, d’une arrivée massive de la déflation. Qu’est-ce qui se passe ?
En fait, la croyance que le gigantesque gonflement du bilan des banques centrales est le symptôme d’une augmentation sans retenue de liquidités, alimentée par une planche à billets devenue folle, est fausse.

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Cette inondation de liquidités est en fait une illusion, une fake news.

Il n’y a plus, dans le monde moderne de la finance, une relation directe entre le volume des réserves bancaires qui figurent au bilan de la banque centrale et la création monétaire des banques commerciales.
Les QE ne fabriquent pas la monnaie ! Voyons pourquoi : depuis des décennies, les banques centrales pilotent au jour le jour les taux d’intérêts court terme dans l’open market, soit le rachat à des banques commerciales de créances court terme (bons du trésors) émis par les états, ce rachat se faisant sous forme de l’écriture d’un crédit venant augmenter les réserves que cette banque commerciale consigne à la banque centrale. Ce crédit n’est utilisable que pour des transactions interbancaires avec d’autres banques commerciales ou la banque centrale. C’est une monnaie qui n’est pas destinée à circuler, qui ne peut se passer de main en main, sauf à la convertir en espèces (billets de banques émis par la banque centrale).
La Banque Centrale va donc inscrire à son passif une dette nouvelle qui vient augmenter les réserves de la banque commerciale, et porte à son actif le paquet de bons du trésor acheté. Son actif global augmente du montant de la transaction. Quant à la banque privée, elle a vendu ses créances sur le Trésor compensé par une nouvelle créance sur la banque centrale avec pour conséquence une augmentation de ses réserves. Son total de bilan ne change pas, alors que celui de la banque centrale augmente, car celle-ci a créé une dette nouvelle à partir de rien !
Le QE, c’est exactement le même mécanisme, mais sur des montants nettement plus élevés et sur les maturités beaucoup plus longues, et qui peuvent même inclure des créances privées.
Résultat, le bilan des banques commerciales ne change pas, mais sa composition est changée : moins d’actifs financiers et plus de réserves. Il y a une augmentation de la monnaie « banques centrales » (dite monnaie de base) créée à partir de rien. C’est tout ; cette monnaie n’étant pas disponible pour accorder des prêts aux entreprises par les banques. Et la capacité de prêts des banques aux entreprises diminue.
Je laisse ici de côté la création de monnaie à travers le shadow banking (création de monnaie en dehors des circuits bancaires et hors du contrôle des banques centrales) qui joue un rôle important dans l’économie (papier commercial, investissement dans les fonds de pensions…)[1].
Divers indicateurs nous montrent une pénurie mondiale de liquidités (à travers les T-Bills colatéralisables par exemple), et les banques centrales ne sont par construction pas plus en mesure d’insuffler l’inflation qu’elles souhaitent, qu’elles ne sont capables d’en contrôler le taux.
Alors pourquoi s’entêter dans ces politiques de QE ? Il s’agit, d’après Henri Lapage, d’un instrument d’action psychologique !
Les QE sont des outils de politique monétaire conçus pour produire de la relance économique par une action indirecte sur les taux longs. Je rappelle qu’avant Ben Berkane (et l’invention du QE qui n’était pas autorisé avant 2008) les banques centrales n’avaient de contrôle que sur les taux courts, les taux longs étant fixés par le marché. L’intervention des banques centrales dans le cadre du QE se fait directement dans le marché et donc influent sur les taux longs suivant leur niveau d’intervention (ex : si les banques centrales arrêtent le QE, il est probable que les taux longs remonteront et inversement).
Faire du QE revient à envoyer un signal fort à l’opinion qui devrait déclencher des anticipations favorables et intégrer, car ce que les médias croient, il y a création monétaire (ce qui est une fake new) et donc une promesse d’inflation.
Si l’on veut véritablement que l’inflation rejoigne la cible des 2% et même la dépasse un peu (ce qui permettrait de diminuer en termes réels le poids de la dette et quasi l’annuler en termes réels sur une très longue période), il ne faut surtout pas contredire l’opinion admise, ni révéler que les vertus monétaires qu’il prête à la technique des QE, ne sont en réalité qu‘illusion, mirage.
Oui la technique des QE agit sur les taux longs, mais n’augmente pas la masse monétaire, i.e. la capacité des banques à prêter aux PME et aux particuliers…
Par contre si on diminuait ou arrêtait le QE, les taux longs remonteraient, ce qui pourrait relancer l’inflation, mais ce serait catastrophique pour la relance de l’économie et mettrait les Etats très endettés (ex. la France) en très mauvaise posture. Le dilemme est difficile sinon impossible à résoudre.

En conclusion, le mécanisme du Quantitative Easing mis en place par la BCE en 2015, donne des liquidités « illimitées » aux Etats, qui redistribuent cet argent dans l’économie… qui est elle-même à l’arrêt et ne produit, pas de richesses, donc de création de monnaie à travers les banques commerciales. Il y a donc un transfert de source de liquidités vers les Etats, mais cette liquidité n’augmente pas ou peu la masse monétaire globale, sachant que les banques commerciales n’augmentent pas leur volume de prêts aux entreprises/particuliers, dû entre autres au resserrement des ratios de liquidité des banques (Bâle III, etc.) et à la conjoncture économique peu favorable. On est loin d’être en surchauffe et les liquidités déversées sans compter par les Etats ne font que palier le blocage de l’économie dû à la pandémie. Ceci explique le fait que l’inflation reste très basse. Nos pays sont d’ailleurs en récession profonde et on voit mal l’inflation reprendre de la hauteur. D’ailleurs les liquidités déversées par les Etats n’empêchent pas cette récession même si elles l’amortissent.
A travers le QE, les banques centrales agissent sur les taux à long terme (ce que ces institutions ne pouvaient faire avant : elles n’agissaient que sur les taux courts avant l’autorisation qui a été donnée à la BCE de procéder à des rachats de dette longs termes). Que se passera-t-il si et quand la BCE arrêtera son plan de QE (ou même le ralentira fortement : une hausse des intérêts LT sont à redouter, avec un possible retour à l’inflation si l’économie se met en surchauffe.

PS : avant la mise en place du QE, l’étude de la courbe des taux donnait une indication intéressante sur la situation de l’économie, considérée comme « saine » si la courbe était pentue (taux longs supérieurs aux taux courts) et en voie de récession lorsque la courbe s’inversait. Le QE pratiqué par les banques centrales, qui agissent sur les taux longs en lieu et place des forces économiques, brouille cette lecture).

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Messages (3)

merci de cette explication

le 7 décembre 2020, 11:51 par JEAN FRANCOIS BAUER

bravo pour cette élucidation d’une contradiction entre la théorie économique que nous avions apprise et les faits que nous observons depuis quelques années.

L’effet Cantillon

le 7 décembre 2020, 15:15 par Laurent Cholley

L’auteur me semble négliger l’effet Cantillon, à savoir, la répercussion de l’inflation qui ne se fait pas de la même façon entre les biens de consommation et les biens réels.
En pratique la production libérale des biens de consommation est déflationiste par augmentation de la productivité et c’est effectivement ce que l’on observe actuellement avec une quasi stabilité des prix de ces biens.
Par contre, l’injection de liquidités, augmente la valeur des biens réels et c’est ce que l’on observe avec l’immobilier, les actions ou l’or.


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