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Le 1% des plus riches crée plus du tiers des emplois


vendredi 28 octobre 2016, par Bernard Zimmern

Les inégalités de revenus et de fortune sont accusées d’être le principal mal qui frappe les sociétés occidentales. Les très hauts salaires des dirigeants, les héritages, la montée automatique du capital grâce aux intérêts reçus en seraient les coupables.

Une analyse des statistiques des grandes banques fédérales montre au contraire que l’on est riche parce que l’on a créé beaucoup d’emplois.
Vouloir pénaliser les riches, c’est casser la création d’emplois et par là même pénaliser les pauvres que ces pénalisations conduisent au chômage.
Une première preuve de ces affirmations se trouve dans une enquête célèbre mondialement, le Survey of Consumer Finances (SCF) mais nous la poursuivrons à travers les résultats publiés par d’autres banques centrales européennes.
Le SCF est réalisé tous les trois ans par la Banque Fédérale américaine. Elle publie les résultats de 400 questions posées à 6 000 enquêtés, dont 1500 sélectionnés parmi le 1 % des Américains les plus fortunés par leurs revenus.
Pour une enquête statistique, ce nombre est petit et c’est pourquoi la plupart des économistes ont négligé une réponse portant sur les emplois créés par les entrepreneurs. Ils préfèrent s’appuyer pour l’emploi sur des enquêtes comme celles du Census, couvrant des centaines de milliers de personnes.
Mais le SCF est la seule enquête où la création d’emplois est croisée avec les paramètres de revenus et de patrimoine.
Elle nous est donc apparue comme la seule qui puisse mettre en évidence sur l’ensemble de la population américaine la liaison entre richesse et emplois et de montrer que ce sont les emplois qui créent la richesse et non l’inverse.
Déjà, les enquêtes sur les milliardaires de la revue Forbes avait permis de montrer que 67% des milliardaires l’étaient devenus en créant ou développant des entreprises, et même 90% si on incluait leur parents.
Mais les milliardaires représentent une infime minorité. Le SCF permet de couvrir toute la population et de mesurer le rôle joué dans la création d’emplois par ceux qui sont classés parmi le 0,1% des plus riches, le 1% etc. et de découvrir comment naissent les emplois et avec eux la richesse.
Les chiffres donnés ne sont souvent valables que pour la première décimale car, comme les économistes le savent, les revenus, les fortunes, l’emploi dans les entreprises sont distribuées suivant la loi de Pareto où les valeurs extrêmes peuvent sur seulement 6000 enquêtes faire sauter de plus de 10%, aléatoirement, la moyenne tirée de l’enquête.

Les inégalités, le scandale ?

Nous avons extrait d’une vidéo américaine YouTube de 2012, vue depuis par près de 20 millions de personnes, le graphique ci-dessous qui range tous les ménages américains, du plus pauvre à gauche aux plus riches à droite et donne en ordonnée la fortune de chaque centile, c’est-à-dire centième, de la population.
Les lignes blanches indiquent les répartitions de fortune qu’imaginent les enquêtés, et celles qu’ils jugent souhaitable. Les colonnes vertes en vertical représentent la réalité.
Comme la plupart des économistes égalitaristes dont deux prix Nobel, les auteurs de cette vidéo s’offusquent de ces inégalités et dénoncent une répartition de fortune tellement biaisée que les colonnes des plus riches sortent du graphique.
Ils s’exclament que le Chief Executive Officer, le PDG américain, gagne 360 fois plus que l’Américain moyen.
Mais le doute s’installe lorsque sur Internet on essaie de savoir combien de PDG gagnent plus de 50 millions de dollars ; le site du grand syndicat américain, AFL-CIO, donne neuf noms.
Le SCF, lui, indique que les ménages américains gagnant plus de 50 millions de dollars en 2012 étaient 746. Même si le petit nombre d’enquêtés laisse une certaine imprécision sur ce chiffre, nous ne sommes pas dans les mêmes ordres de grandeur.
En fait, comme nous le verrons, ceux qui gagnent plus de 50 millions de dollars sont à plus de 80 % des entrepreneurs ; et plus des deux tiers d’entre eux gagnent ces revenus grâce aux entreprises qu’ils ont créées.


http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=QPKKQnijnsM

La distribution des revenus américains extraite du SCF

Nous avons représenté ci-dessous le pourcentage d’entrepreneurs actifs dans la population. Les entrepreneurs actifs sont les entrepreneurs ayant une participation dans une entreprise privée et y jouant un rôle de gestion.
Ce pourcentage a été superposé avec l’image de la vidéo.
On voit que les entrepreneurs actifs constituent plus de 50% de la population américaine des trois centiles les plus riches et atteint même 90% dans le dernier centile.
Pour l’établir, nous avons pris la variable X 5029, donnant le revenu total de chaque ménage enquêté et pondéré chaque ligne par le poids donné par l’équipe statistique qui établit le SCF. Nous l’avons représenté en ordonnée suivant son rang dans la population des revenus (lui-même mesuré par la sommation des poids).
Comme cette distribution sautille beaucoup d’un enquêté à l’autre, nous avons utilisé une moyenne mobile regroupant 100 enquêtés.

Le lien entre revenus et emplois

Mais les plus hauts centiles ne sont pas seulement ceux où la densité d’entrepreneurs est écrasante, ce sont aussi ceux pour laquelle la densité d’emplois est maximum.
L’utilisation de la réponse X 3111 à la question posée aux entrepreneurs actifs [1] du nombre de personnes qu’ils emploient permet de faire le lien entre les emplois des entreprises où des entrepreneurs sont actifs et les revenus et patrimoines) de ces entrepreneurs.
Pour faciliter la compréhension, nous avons représenté le cumul des patrimoines en partant des plus pauvres à gauche et y avons associé le pourcentage cumulé des emplois dans les entreprises couvertes par le SCF.
On voit que le 0,1% des plus fortunés emploient 8%, et le 1%, 34% de l’emploi de ces entreprises.

Entreprises couvertes par le SCF

Les emplois couverts par la question X3111 ne couvrent pas tous les emplois américains mais seulement ceux des entreprises non cotées, qui sont au nombre d’environ 13 millions.
Sont donc exclus non seulement les emplois dans les administrations ou la défense mais les emplois dans les quelques 8 000 entreprises cotées sur un marché boursier.
Il n’existe pas à notre connaissance de chiffres donnant l’emploi dans les entreprises cotées, seulement des indications qui leur concéderait à peu près la moitié de l’emploi total américain.
Nous pouvons avoir une idée des emplois relatifs entre entreprises cotées et entreprises non cotées en utilisant les bases de données du Department of Labor (DOL) qui utilise la même définition que le SCF, c’est-à-dire inclut non seulement les salariés mais les membres de la famille ou les volontaires non payés dans l’emploi, alors que les statistiques du Census ne comprennent que les salariés, environ un tiers de moins (91 millions contre 124 en 1988).
En 2013, la part du total des emplois des entreprises non cotées, contrôlée par des entrepreneurs actifs, est de 76,8 millions et est à majorer d’environ 20% pour tenir compte de la part détenue par les entrepreneurs non actifs. Les emplois des entreprises non cotées seraient donc d’environ 92 millions, soit 60% [2] du chiffre de l’emploi 2012 du DOL à 154,9 millions.
L’un des points que nous serons amenés à traiter ultérieurement est de montrer que les entreprises publiques perdent en moyenne des emplois et qu’elles ne parviennent à maintenir ou développer leurs emplois que parce que les entreprises non cotées de font coter en Bourse ou sont rachetées par des entreprises déjà cotées (même si quelques opérations en sens contraire ont lieu).
La création d’emplois par les entreprises non cotées est donc un enjeu majeur pour la société américaine car c’est le naissain de toute la ruche économique.

Comment devient-on entrepreneurs actifs

L’enquête SCF comporte la réponse à plusieurs questions majeure pour comprendre la création d’emplois : non seulement, êtes-vous vous-même ou quelqu’un de votre ménage un entrepreneur actif, mais comment l’êtes-vous devenu, en créant votre entreprise, en l’achetant, en en héritant ou en recevant des actions.
Ces réponses ont été déjà remarquablement exploitée dans une publication de 2006 de Marco Cagetty et Mariacristina De Nardi (Entrepreneurship, Frictions and Wealth) et dans une publication ultérieure de 2007 (Evidence on entrepreneurs in the United States par M. De Nardi et S.D.Krane).
Nous les avons représentées ci-dessous par la part cumulée dans la population.
Chez les plus riches Américains, le taux d’entrepreneurs dans la population non seulement dépasse 80% mais la part des entrepreneurs ayant créé leur entreprise est de très loin majoritaire, à environ 45% sur 80% ; les entrepreneurs riches par acquisition comptent pour 15% et moins de 10% pour ceux devenus riches par héritage.

Notes

[1Définis comme des personnes ayant une participation dans une entreprise non cotée et y jouant un rôle actif

[2En se rappelant que les imprécisions sur le total peut atteindre 10% du fait de la dispersion de la loi de Pareto.



 
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