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La prochaine élection présidentielle :
Emmanuel Macron part à la découverte des besoins des Français

La France est dans une situation périlleuse, aux plans économique et social, et ne voilà- t-il pas qu’Emmanuel Macron entreprend sa campagne électorale comme si de rien n’était ? Il se propose d’effectuer un tour de France de deux mois pour « prendre le pouls du pays ». il a appelé cela un « Pèlerinage laïc ».

Faut-il donc que le candidat Macron aille arpenter pendant deux mois les villes et les campagnes de France pour savoir quels sont les maux dont souffre le pays ? Il y avait eu, il faut le rappeler, qui avait permis de construire le programme électoral du candidat Macron lors des précédentes élections présidentielles, pour s’informer des besoins des Français, « La Grande Marche ». Elle avait consisté à recueillir par un porte-à-porte effectué par un très grand nombre d’enquêteurs bénévoles, les préoccupations des Français dans leur quotidien, et le candidat Macron avait pu annoncer alors aux électeurs que son programme était le résultat de « 100.000 conversations recueillies lors d’un porte-à-porte inédit », ce qui garantissait, en somme, sa pertinence. Porté au pouvoir, Il a réitéré cette démarche avec le « Grand débat », au lendemain de la crise des gilets jaunes. Et surtout, il y a eu, pour le candidat Macron, quatre années de plein exercice du pouvoir pour prendre la mesure de l’état dans lequel se trouve le pays.

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Emmanuel Macron sait très bien, donc, où sont les urgences. Dans son discours à la nation, du 14 juin 2020, il s’était très clairement exprimé sur le besoin de revigorer notre économie. Il avait dit aux Français que nous entrions, à présent, dans une nouvelle phase de son quinquennat : celle, avait-il dit, « qui va permettre de procéder à la reconstruction de notre économie ». Et il avait précisé : « Le moment que nous traversons et qui vient après de nombreuses crises depuis quinze ans, nous impose d’ouvrir une nouvelle étape afin de retrouver pleinement la maîtrise de nos vies, de notre destin ». Et il avait indiqué de premières pistes : « Créer des emplois par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat, avec un plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique de nos bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes ». Et il est très conscient, aussi, des problèmes qui se posent à notre société. Dans son discours des Mureaux, il a clairement mentionné le mal auquel nous avons à faire face, disant : « Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamique… Le problème est cette idéologie qui affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République ». La société française souffre en effet de clivages importants qui viennent de ce que les nouveaux arrivants qui s’installent dans le pays sont d’une identité différente de celle de la population d’accueil : étant devenue hétérogène, au plan ethnoculturel, elle s’est fragmentée. Jérôme Fourquet nous dit, dans « L’archipel français », que la France est devenue « un archipel constitué de groupes ayant leur propre mode de vie, leurs propres mœurs, et leur propre vision du monde ».

Les sondages, de leur côté, indiquent bien quelles sont les préoccupations des Français. Un sondage IPSOS de septembre 2020, par exemple, indiquait que 78% des Français estiment que le pays est en déclin au plan économique. Et une étude IPSOS, réalisée en janvier dernier avec le concours du CEVIPOF, le centre d’études politiques de Sciences Po, indiquait que 70 % des Français considèrent qu’il y a trop d’étrangers en France : les vagues successives d’immigrés qui se déversent sur le pays changent notre identité. Le même sondage indiquait qu’il s’agissait de seulement 49 % des sondés en 2009. Voilà donc les deux enjeux majeurs auxquels les Français vont demander à leur futur président de s’attaquer : redresser l’économie du pays et sauvegarder son identité.

Il faut donc en revenir au fonctionnement de nos institutions. On lit sur le site vie-publique.fr que « La Ve République n’est pas un régime parlementaire classique. A plusieurs reprises le général de Gaulle, fondateur de la Ve République, a précisé que le gouvernement devait prendre en charge les contingences, le Président étant responsable de la place de la France sur la scène internationale, de sa défense, et plus largement des choix essentiels engageant son avenir ».

On ne voit donc pas ce à quoi va servir ce « pèlerinage laïc » qu’Emmanuel Macron entreprend, sinon à tenter de se rendre sympathique aux yeux des futurs électeurs. Sa démarche est purement électorale, et le Figaro du mardi 1er juin ne s’y trompe pas, titrant en première page : « Emmanuel Macron, le pari de la campagne permanente ». Se présenter aux Français comme la personne qui, au lieu d’être leur guide, va s’enquérir auprès d’eux du chemin à emprunter pour extraire le pays de l’ornière dans laquelle il se trouve, relève de la conception qu’avait Ledru-Rollin d’un chef, disant dans une phrase qui a fait date : « il faut bien que je les suive puisque je suis leur chef ». Comme cela se produit dans toute campagne électorale, où les esprits s’échauffent, il y a eu un incident. A Tain l’Hermitage, dans la Drôme, un jeune Français de 28 ans lui a administré une gifle alors qu’il voulait prendre un bain de foule. Grand émoi, aussitôt, au plan national, mais aucun commentateur de l’actualité politique n’a expliqué que ce n’est pas le Président de la République qui a pris une claque, mais simplement le candidat Emmanuel Macron. Cette mise au point est essentielle : il s’agit d’un banal incident de campagne électorale, bien plus que d’un outrage fait au représentant de la nation. Certes, cet incident est regrettable, mais il est tout simplement le résultat du comportement imprudent d’un président qui a désacralisé sa fonction pour tenter de récolter des voix : il était en bras de chemise dans la foule, et il serrait des mains.

Nul besoin donc d’aller arpenter pendant deux mois tout le pays pour savoir quels sont les sujets majeurs de préoccupation des Français. Le rôle du chef de l’Etat, selon la tradition gaullienne, est d’être le guide de la nation, le gouvernement se chargeant des actions à mener pour mettre en œuvre les mesures permettant d’atteindre les objectifs fixés par le chef de l‘ Etat, en tenant compte des « contingences ». On se souvient que le général de Gaulle avait par son sens de l’Etat et ses visions prospectives, montré à plusieurs occasions au pays, la voie à suivre : il y eut le 18 juin 1940, où il était bien seul à Londres, un pari risqué qui permit à la France de figurer au rang des vainqueurs dans la seconde guerre mondiale, puis le redressement du pays après 1945 avec la dotation de l’arme nucléaire à la France pour la ranger au rang des grandes puissances, puis la reconnaissance de la Chine avant tous les autres pays occidentaux, puis l’abandon de l’Algérie aux Algériens malgré la victoire par les armes sur la rébellion, etc. Chaque fois, il s’est agi, dans une situation périlleuse, de montrer la voie pour assurer l’avenir du pays.

Ce que l’on attend du futur chef de l’Etat c’est qu’il redresse la situation économique du pays et qu’il permette à la France de prendre son destin en mains en sauvegardant son âme, c’est-à-dire son identité. Tout le reste en découlera : le niveau de vie des Français, la cohésion de la société, et la possibilité de vivre dans une société apaisée et harmonieuse.

A quelques mois de l’élection suprême, « Emmanuel Macron entame un tour de France qui n’est pas sans arrière-pensée », nous dit fort justement Yves Thréard dans un récent éditorial du journal dont il est le rédacteur en chef.

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