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La lente agonie de la démocratie représentative
Partie 2

Dans un précédent article, nous avons décrit la montée puis la perte de vitesse des démocraties libérales représentatives, qui aujourd’hui, non seulement échouent à s’implanter dans d’autres pays, mais qui s’essoufflent même dans leur pays d’implantation historique. Mais pourquoi ces « dysfonctionnement » et pourquoi maintenant ?

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La démocratie, aboutissement d’un processus nécessairement progressif

Pour comprendre l’échec de l’instauration de la démocratie dans les pays nouveaux, la meilleure explication est certainement celle de Svetlana Alexievitch, une biélorusse auteure de « La Fin de l’homme rouge » et prix Nobel de littérature en 2015. Un de ses interviewés explique en fait que le communisme ayant disparu ils ont pensé que la démocratie prendrait sa place tout naturellement ; mais ils n’avaient pas pensé que pour faire vivre une démocratie, il était nécessaire d’avoir des hommes libres, ce que l’URSS n’avait pas à ce moment-là.

En effet la tyrannie modèle les individus : on ne se libère pas instantanément de la peur, de l’obéissance aveugle, de la corruption, de l’arbitraire, du clientélisme, voire de la soumission, etc. Par voie de conséquence on ne peut pas du jour au lendemain passer du statut de sujet à celui de citoyen. A cet effet, il faut se rappeler que même pour les nations européennes, la marche vers la démocratie n’a été ni simple ni instantanée. Il n’est donc pas étonnant qu’elle reste à inventer pour la plupart des autres pays, même si certains comme la Tunisie, le Maroc, la Turquie (avec des allers-retours), voire la Chine même ont défriché des pistes.

Abstentionnisme et populisme, conséquence de l’incompétence des élus

Mais il y a plus grave : il est clair que les démocraties libérales représentatives dysfonctionnent également dans leurs pays d’implantation historique.

Le premier symptôme est certainement des taux de participation aux différents votes de plus en plus bas. Incapables de réaliser dans quel miracle ils vivent, les hommes libres ne vont plus voter ! Et confient leur destin à des professionnels de la politique désormais sans contrôle et de plus en plus incapables de se hisser à la hauteur des problèmes à résoudre. Dans de nombreux pays démocratiques, une caste particulière, croisement curieux de fonctionnaires et de politiciens s’est ainsi développé, se détachant peu à peu de la population. Curieusement elle s’efforce de résoudre des problèmes que le peuple n’a pas ou peu (par exemple en France la GPA, le mariage homosexuel, les rythmes scolaires, etc.) et ignore superbement les préoccupations qui dominent la vie des gens : le niveau de vie et l’emploi, la sécurité et le terrorisme, l’identité et l’immigration.

Considérées comme insolubles, ces questions sont purement et simplement ignorées des élites dirigeantes (nous attendons toujours un plan migration ou un plan chômage, ne serait-ce qu’au niveau de l’Europe). Cela nourrit tout naturellement la croissance de ce que les partis historiques appellent dédaigneusement le populisme, lequel n’est jamais que la reprise en main par le peuple de son destin, de manière sommaire il est vrai.

Dans l’ensemble des démocraties ensuite, à l’exception probablement de la Suisse, le mode de fonctionnement représentatif pose donc question. A la loi décidée par le vote majoritaire (et démocratique), se substitue progressivement la décision de la rue et, de fait, de minorités agissantes et souvent violentes. Certes une démocratie doit respecter les minorités. On peut néanmoins s’inquiéter qu’une poignée d’individus décidés impose sa vision envers et contre l’opinion générale. Il est assez intéressant de remarquer de plus que ce sont les franges de la société qui se veulent à la pointe de la démocratie qui utilisent le plus fréquemment ce subterfuge pour contourner l’égalité du poids des droits de vote. M. Bové et Greenpeace, ou les camionneurs, deviennent, dès lors qu’ils débordent dans la violence, des phénomènes terroristes de fait.

On se moque beaucoup de nos cousins suisses, de leurs votations quasi-mensuelles et de leur référendum, mais il y a quelque chose à chercher dans la voie d’expressions plus locales ou limitées, plus progressives également, pour redonner à l’avis du peuple sa légitimité et son pouvoir de décision. Les moyens modernes de communication devraient pouvoir nous aider dans ce sens : si un citoyen minoritaire se sent lésé dans une décision collective, on pourrait imaginer qu’il réunisse un collège d’« amis » qui, enrichi par des vagues successives et légalement définies, pourrait lui donner un poids légitime pour proposer la remise en cause de telle ou telle décision par une voie démocratique plus classique.

Pour la France, plus particulièrement enfin, il semble que l’influence de Louis XIV, très sous-estimée, reste de fait aussi prégnante que celle de la Révolution : l’État s’est arrogé tous les pouvoirs et le peuple, en échange, lui demande chaque jour un peu plus, déclenchant un cercle vicieux de délégation déresponsabilisante et d’autoritarisme qui laisse tous les acteurs insatisfaits. (A noter que la montée en puissance des « administrations » est en fait mondial[1]) !

Que l’État cesse enfin de « faire notre bien malgré nous, à l’insu de notre plein gré », et de notre côté, dépouillons l’habit du sujet, pour reprendre celui de citoyen.

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