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La cyclicité des hauts revenus

Les hauts revenus sont très instables et dépendent fortement des cycles économiques. Comme nous l’avons noté dans un de nos derniers articles, les revenus du 1% des américains les plus riches étaient de 29% en baisse en 2010 par rapport à l’année 2007. Les périodes de baisse suivent toujours les périodes de hausse, et vice-versa.

Les économistes du National Bureau of Economic Research (NBER) ont démontré la cyclicité des hauts revenus. Leur étude intitulée « The Increase in Income Cyclicality of High-Income Households and its Relation to the Rise in Top Income Shares »[1] montre clairement qu’il existe un fort lien entre la part des revenus détenus par le 1% le plus riche et leur cyclicité. Plus la part des hauts revenus dans le total des revenus est importante, plus les hauts revenus sont instables et dépendent des cycles économiques.

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Comme la part des hauts revenus dans le total des revenus est progressivement devenue plus importante dès les années 80, elle a abouti à une forte augmentation de la cyclicité de ces hauts revenus.

Ainsi, les hauts revenus sont 11 fois plus importants que les revenus moyens, mais ils sont également 2,4 fois plus cycliques. Cela signifie que d’une année sur l’autre les hauts revenus peuvent connaître une fluctuation très forte de leur valeur et subir des périodes de hausse et de baisse plus profondes que pour les revenus moyens. Le 1% le plus riche de la population supporte 28% des fluctuations de l’ensemble des revenus, alors qu’en moyenne, il ne reçoit que 15% du total des revenus.

Les calculs des économistes du NBER s’appuient sur les données des hauts revenus élaborées par Piketty et Saez[2] pour les États-Unis. Comme nous l’avons montré[3], ces données excluent les transferts vers les ménages modestes et les impôts prélevés sur les ménages aisés et contiennent donc uniquement les revenus primaires. Mais les auteurs ont réussi à faire des corrections nécessaires pour pouvoir estimer l’effet de ces transferts et impôts sur la cyclicité des revenus.[4]

La redistribution faite par l’État a un effet important sur la cyclicité des revenus. Les impôts prélevés sur les ménages aisés et les transferts sociaux en faveur des ménages modestes diminuent significativement la cyclicité des revenus bas et moyens. Ce sont les flux financiers garantis par l’État, donc très stables. En revanche, cette redistribution a un effet inverse sur les hauts revenus. La cyclicité des hauts revenus est beaucoup plus élevée après impôts et transferts.

Cyclicité des revenus aux États-Unis, 1979-2005
Cyclicité1er quantile2ème quantile3ème quantile95-99%Top 1%Top 0,01%
Avant impôts, avant transferts 0.94 1.03 0.77 1.05 2.59 4.59
Après impôts, après transferts 0.56 0.61 0.51 1.13 3.36 5.76
Source : Parker, Vissing-Jorgensen 2010

La cyclicité est déterminée ici par le coefficient beta, obtenue de la régression linéaire[5] des revenus pour chaque fraction de la population.

Le tableau ci-dessus présente la cyclicité des revenus pour les trois premiers quantiles, ainsi que pour les fractions les plus élevées de la distribution des revenus. Au sein des trois premiers quantiles, la cyclicité diminue suite à la redistribution. Pour les centiles les plus riches, ainsi que pour les différentes fractions du 1%, les revenus deviennent beaucoup plus cycliques après le prélèvement des impôts et la répartition des transferts en faveur principalement des premiers quantiles de la population.

Une étude complémentaire a été faite pour le Canada pour vérifier l’importance de la cyclicité des hauts revenus sur les séries longitudinales, c’est-à-dire en suivant dans le temps le 1% des plus hauts revenus pour une année donnée. Contrairement aux États-Unis, une base longitudinale des déclarations fiscales (Longitudinal Administrative Databank) est disponible au Canada, ce qui permet aux chercheurs d’explorer les fluctuations des hauts revenus au niveau du ménage, et pas seulement d’une manière agrégée à partir des données IRS.

La cyclicité des hauts revenus au Canada est comparable à celle des États-Unis, voire même légèrement plus élevée si l’on suit dans le temps les mêmes ménages d’une manière continue. La redistribution de l’État canadien, assurée par la taxation des revenus plus élevés et les transferts vers les revenus plus modestes, augmente la cyclicité des hauts revenus, mais, à la différence du cas américain, les ménages en bas de l’échelle semblent être mieux assurés contre les fluctuations économiques. La cyclicité des bas revenus diminue significativement après impôts et transferts.

Le fait que les revenus plus importants sont associés à une cyclicité plus élevée, est également confirmé par l’exploration des différentes fractions du 1% le plus riche de la population. Ainsi, le 0,01% des hauts revenus supporte une cyclicité encore plus forte que le 0,1% du fait des sommes plus importantes exposées au risque. Plus le revenu au niveau du 1% est élevé, plus il est instable et risque de connaître des fluctuations importantes.

Au cours des décennies, la cyclicité n’a pas cessé d’augmenter. Comme le montre le graphique ci-dessous, chaque fraction du 1% a connu une augmentation considérable de la cyclicité des revenus.

Source : Parker, Vissing-Jorgensen 2010

Le coefficient beta est une mesure de cyclicité, obtenue de la régression linéaire des revenus pour chaque fraction de la population. En abscisse, nous avons le rapport entre le revenu moyen de la fraction en question et le revenu moyen de tous les ménages. Comme nous l’avons noté auparavant, ce rapport augmentait progressivement au cours des dernières décennies. Il était accompagné de l’augmentation du coefficient beta, soit de la cyclicité. Ce phénomène a été confirmé pour toutes les fractions du 1% des ménages américains.


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