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La Russie : une « Puissance pauvre »

Au moment où les tensions montent dans le monde du fait de la guerre déclenchée le 24 février dernier par la Russie à sa voisine, l’Ukraine, il est utile de se pencher sur l’économie de cette grande puissance qu’est la Russie, une puissance que les observateurs qualifient volontiers de « puissance pauvre ».
Les puissances occidentales ont voulu pénaliser la Russie pour cette agression, et elles ont pris contre elle un certain nombre de sanctions économiques très sévères, n’hésitant pas à mettre à mal, d’ailleurs, leurs propres économies.

Qu’en est- il donc, réellement, de l’économie de la Russie ? On a très peu d’informations sur l’impact de ces mesures sur ce pays que l’on veut sanctionner, un pays dont le PIB est à peine supérieur a celui de l’ Espagne .Il s’agit, nous allons le voir, d’une économie relativement primitive, c’est-à-dire peu sophistiquée, et de ce fait sa résilience est bien plus importante qu’on ne l’imagine

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Les ambitions du président Vladimir Poutine

Vladimir Poutine veut redonner à son pays la place qui était précédemment celle de l’Union Soviétique dans le monde. Déjà, est ce le cas d’ailleurs dans le domaine militaire, puisque le Global Fire Power, en recourant à un grand nombre de critères, place la Russie en seconde position, au plan mondial :

Classement des puissances militaires
Etats-Unis 1 Japon 5
Russie 2 Corée du Sud 6
Chine 3 France 7
Inde 4 Royaume Uni 8
Source GFP

Pour ce qui est des dépenses militaires, la Russie viendrait en quatrième position seulement : mais les militaires considèrent qu’il est plus réaliste de raisonner en PPA. C’est ce que fait l’OTAN dans le rapport général du 22 novembre 2020 de la Commission de la Défense et de la Sécurité (DSC) qui indique : « Pour résoudre le mystère de la modernisation militaire et des investissements de défense de la Russie il convient de ne pas se contenter de convertir ces investissements en pourcentages du PIB, mais de prendre en considération les PPA ». Et, dans un tableau du Ministère Français des Armées on voit que les dépenses militaires des pays sont comptées en PPA, ce qui conduit à un chiffre de 332 milliards de dollars pour la Chine, 117,6 pour la Russie, 48,2 pour l’ Allemagne, et 44,3 pour la France : la Russie vient, ainsi, en troisième position, après les Etats-Unis et la Chine. Et un analyste militaire réputé donne une fourchette allant de 150 à 180 milliards de dollars, c’est à dire des dépenses de défense quatre fois plus élevées que celles de la France.

Comme l’indique le rapport de l’OTAN mentionné plus haut il y a « un mystère » : comment l’économie de la Russie est elle capable de soutenir de tels efforts ?

Le PIB du pays

Selon les données officielles, le PIB de la Russie serait à peine supérieur à celui de l’Espagne. Le tableau ci-dessous indique comment se place ce pays, au plan mondial :

PIB
Etats-Unis 20.953 France 2.630
Chine 14.722 Italie 1.888
Japon 5.057 Canada 1.645
Allemagne 3.046 Corée Sud 1.637
Grande-Bretagne 2.754 Russie 1.483
Inde 2.660 Espagne 1.281
En milliards US$) - Source BIRD)

La Russie vient donc seulement en 11e position, avec un PIB qui n’est même pas le dixième de celui des Etats-Unis.

Graphique n°1 : les PIB

En chiffrant les PIB en PPA internationaux courants, (Parité de Pouvoir d’Achat) tels que les calcule la Banque Mondiale, le classement de la Russie est plus honorable, et les proportions se réduisent : 4.367 milliards US$ pour la Russie contre 20.953 milliards pour les Etats-Unis, et l’on est alors dans un rapport de 1 à 5.

En fait, on peut se demander si le PIB tel qu’il est donné par les statisticiens nationaux russes est bien le bon ? Si l’on se fonde, en effet, sur la relation statistique qui relie la production industrielle des pays (calculée par habitant) aux PIB/capita, une corrélation qui a un degré de confiance particulièrement élevé, on aboutit pour la Russie à un PIB qui se monterait à 2.451 milliards de dollars, c’est-à-dire supérieur de 65 % au chiffre officiel, et la Russie se trouverait alors au 8e rang mondial. Comme on le voit sur le graphique ci-dessous qui illustre cette corrélation, la Russie se situe avec les chiffres officiels très nettement en dessous de la droite de régression avec un PIB/tête très inférieur à ce qui serait attendu. D’où la correction que nous proposons.

Graphique n°2 corrélation production indus/habitant et PIB/capita

La puissance industrielle de la Russie

La BIRD indique, pour les pays, leur taux d’industrialisation en pour cent de leur PIB. On peut ainsi effectuer des comparaisons entre pays en termes de valeur ajoutée, (et non pas de chiffre d‘affaires) pour ce qi est de leur production industrielle ,et, ce, selon la définition de l’industrie qui est celle de la Banque mondiale qui englobe la construction dans l’industrie. Pour la Russie, on en est à un taux de 30 % :

Puissance industrielle des pays
Chine 5.564 Inde 625
Etats-Unis 3.813 Corée Sud 533
Japon 1.451 Russie 445
Allemagne 1.019 France 431
VA, en milliards de US $

Graphique n°3 : puissance industrielle des pays

Toutefois, si l’on retient pour la Russie le PIB corrigé que nous avons calculé plus haut, il s’agirait alors de 735 milliards de dollars, ce qui placerait ce pays au 5e rang, au plan mondial, devant l’Inde et la Corée du Sud. Et cette estimation nous parait beaucoup plus vraisemblable.

La structure de l‘économie

La Russie a, en matière économique, une structure archaïque, en ce sens que le secteur primaire (agriculture, mines…) y tient une place très importante. On a la structure suivante :

- Secteur primaire : 13,7 % (dont agriculture 3,7 %)
- Secteur secondaire : 30, 0 %
- Secteur tertiaire : 56,3 %

Ce pays, immense, possède de fabuleuses ressources naturelles : c’est le second producteur mondial de gaz naturel, le troisième de pétrole, et l’un des principaux exportateurs de diamants, de nickel, et de platine. Et c’est aussi l’un des très grands exportateurs de céréales.

Vladimir Poutine a bien redressé la situation économique de son pays après l’effondrement de l’URSS, en 1991, et tous les indicateurs de l’économie, à présent, sont au vert :

  - La balance commerciale du pays est régulièrement excédentaire (92 milliards de dollars en 2020), avec des exportations composées à 65 % par des produits issus des ressources naturelles du pays ;
  - Le budget de l ‘Etat est en équilibre ;
  - L’endettement extérieur est très faible (17,9 % du PIB en 2021) ;
  - Les réserves de change sont très importantes (643 milliards US$, plus un fonds souverain de 185 milliards US$ : la quatrième réserve d’or et de devises du monde) ;
- Le taux de chômage est faible (4,6 % en 2022)
  - La croissance a été de 4,5 % en 2021

Et, en matière d’inégalité, c’est à dire de répartition des revenus, la Russie a un indice de Gini de 37,5, à mi-chemin donc entre les pays les plus égalitaires tels que la Suède ou la Norvège (indice 26,0) et les pays les plus inégalitaires qui sont à des indices aux alentours de 60,0. Il est bien connu, effectivement, que la Russie compte un grand nombre d’oligarques milliardaires, dans l’environnement de Vladimir Poutine.

Les extraordinaires performances technologiques de la Russie

Nous nous bornerons à rappeler, ici, quelques réalisations importantes qui sont autant de prouesses technologiques marquantes de la part des scientifiques et techniciens russes :

  - SpoutniK 1 : le premier satellite mis en orbite (4/10/1957) ;
  - Youri Gagarine : le premier homme envoyé dans l’espace (12/04/1961)
  - Construction par l’agence Roscomos, avec les Américains, de la première station spatiale internationale (ISS) ; et c’est la fusée Soyouz qui a transporté jusqu’ici les astronautes dans la station ISS, le relai étant pris maintenant par le lanceur Falcon 9 de Space X ( Elon Musk) ;
  - Les missiles hyper soniques quasiment indétectables Kinjal, Avangard Zircon......
  - Le drone sous- marin Poséidon emportant une tète nucléaire de 10 mégatonnes, avec une portée illimitée ;
  - La centrale nucléaire flottante Mikhail Lomonosov ;
  - Le réacteur nucléaire de nouvelle génération VVER- 1200 ;
  - En stock, 6.257 ogives nucléaires (dont 1600 sur des missiles intercontinentaux), contre 5.550 au Etats-Unis, 350 en Chine, 290 en France, et 225 en Grande- Bretagne..
  - etc…

Et l’on apprend que les Russes s’allient maintenant à la Chine pour conquérir l’espace, prévoyant un débarquement habité sur la lune en 2030 ; et ils projettent de construire seuls, demain, leur propre station spatiale.

Les perspectives d’avenir

Beaucoup d’observateurs ont annoncé que les sanctions prises par les Occidentaux allaient fortement affaiblir l’économie de la Russie : mais celle-ci résiste mieux qu’on ne le pensait. Certes, on enregistre de fortes poussées inflationnistes. La Banque centrale avait prévu 22 % d’ici à la fin de 2022, mais le rythme se réduit sensiblement : on en était à 17,8 % à fin mai 2022, et il est prévu que l’inflation ne sera plus que de 4% en 2024. Quant au cours du rouble, il avait considérablement baissé au cours des premiers mois du conflit, mais il s’est très vite redressé, et le 20 juin il était à son niveau le plus haut depuis sept ans : 55,44 roubles pour un dollar : un record !

L’économie de la Russie se révèle donc très résiliente. Son point faible est sa forte sensibilité à l’égard des cours du baril de pétrole : si les cours baissent le rouble chute, et le coût des importations augmente, ce qui a pour effet de créer de l’inflation. Alors, pour museler l’inflation, la banque centrale relève ses taux directeurs, et cela ralentit l’activité économique du pays. Le moteur de la croissance est indéniablement constitué par les exportations de produits issus du sous sol, et tout particulièrement le gaz naturel, le pays étant immense et renfermant des ressources naturelles considérables, y compris des terres rares. La Russie est le deuxième producteur mondial de gaz naturel et le troisième de pétrole ; et elle est également un très important exportateur de céréales. L’avenir de ces diverses exportations est prometteur car les besoins de la planète sont considérables du fait de l’évolution démographique des divers pays émergents combinée aux besoins d’amélioration du niveau de vie de ces populations. L’EIA ( Energy Information Agency), aux Etats-Unis, indique que la consommation mondiale d’énergie va doubler d’ici à 2050 et le gaz naturel représentera le quart de l’approvisionnement énergétique mondial en 2030, notamment avec l’accroissement des besoins en électricité. Les cours ne vont donc pas cesser d’augmenter nous disent les experts. Et déjà avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, ils ont été multipliés par 6 passant de 19,6 euros/MWh à 117,2, avec un pic à 212,0 début mars 2022.

Il semblerait bien que les mesures punitives adoptées par les pays occidentaux, en réaction à l’invasion de l’Ukraine ne soient donc pas de nature à affecter très profondément le fonctionnement de l’économie de la Russie. On a appris qu’elle a commencé à convertir ses réserves de change dans la devise chinoise et elle transfert ses systèmes de paiement aux banques chinoises avec l’équivalent chinois de Swift. Momentanément, certains secteurs sont gênés par la rupture des circuits d’importation imposée parles Occidentaux :il faut que de nouveaux réseaux se mettent en place à partir des pays asiatiques.

La Russie va nécessairement renforcer considérablement ses liens avec la Chine, un pays que déjà elle approvisionne abondamment en gaz naturel (le gazoduc Power of Sibéria, inauguré en décembre 2019). Et la Chine est, maintenant, la première puissance industrielle mondiale, loin devant les Etats-Unis : elle ne manquera donc pas d’être en mesure de fournir à la Russie tous les produits manufacturés que ce pays importait précédemment d’Europe ou des Etats-Unis ; évidemment, il va y avoir une période transitoire, le temps que de nouveaux courants se mettent en place. Le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi a déclaré, dans sa conférence de presse annuelle du 7 mars dernier : « L’amitié entre les deux peuples est solide comme un roc, et les perspectives de coopération future sont immenses ». L’Europe, finalement, n’aura fait que jeter la Russie dans les bras de la Chine, et l’on se demandera, un jour, si c’était à son avantage ?

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Vos réactions à cet article (3) :

Intéressant mais ne prenant pas en compte les populations

le 27 juin, 09:42 par Moulin

Intéressant mais ne prenant pas en compte les populations.

Cette réévaluation de la "puissance" de la Russie est intéressante. Des visiteurs "affaires" en Russie pourraient compléter ces raisonnements pertinents.

Semble manquer l’analyse des populations, vieillissement, fuite des cerveaux, vide de la Sibérie, et pourquoi pas, attirance pour le mode de vie occidental ?

et les inconnues de la guerre en Ukraine .

Du point de vue des prix de marché des énergies fossiles, les prix élevés sont favorables à un retour des investissements dans le monde (freinés ces dernières années par les bas prix liés aux gaz US de roche mère et... ? les discours écolos )... et à une rebaisse des prix , dans quelques années.

La Russie : une « Puissance pauvre »

le 27 juin, 11:10 par Darrais

Bonjour,
Analyse pertinente pour une temporalité courte et des réactions de crise.
Néanmoins, deux points sont negligés, le premier relève des différents enjeux et cadres politiques russes et chinois pour leur développement économique respectif. Il n’est pas certain que les russes souhaitent devenir un simple pays de resources pour la Chine devenant ainsi soumis par l’impossibilité de développer son industrie par manque de débouchés directs et l’intermediation chinoise pour accéder aux pays occidentaux.
Le second relève de l’histoire, les alliances russo-chinoise se sont toujours fondés sur le conflit actif avec l’Occident, dans le cas contraire , ils devenaient plus ennemis qu’amis, la Chine ne souhaite pas se trouvait dans la situation de la Russie. Dès la fin du conflit Russe-Ukrainien, il est probable que leur determinants historiques reprendront le dessus, politiquement et sociologiquement.


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