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L’économie française est très peu performante

Telle est la conclusion que l’on peut tirer de la publication par le Bureau des Statistiques de l’ONU d’une étude sur l’évolution des PIB par habitant de divers pays, examinée sur une longue période. Cela n’est d’ailleurs pas surprenant car l’on voit bien que tous les clignotants de notre économie sont au rouge, et que la dette de la France ne cesse de croitre, d’année en année. Et l’on voit les habitants réclamer en permanence une amélioration de leur pouvoir d’achat.

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L’observation des données sur le temps long

Pour examiner les performances de l’économie française, nous nous en réfèrerons à des données provenant de sources diverses, concernant l’évolution, dans différents pays, des PIB/capita, des soldes des balances commerciales, et de la productivité horaire, tout cela sur une longue période. Voici, pour ce qui est de l’ étude des Nations Unies :

PIB/tête (US dollars courants)
1980 2000 2017 Multiplicateur
Espagne 6.141 14.556 28.356 4,61
Suisse 18.879 37.937 80.101 4,25
Danemark 13.881 30.734 57.533 4,13
Gd-Bretagne 10.041 27.959 39.758 3,97
Allemagne 12.091 23.929 44.976 3,71
Pays-Bas 13.794 20.148 48.754 3,52
Suède 16.864 29.292 54.043 3,21
France 12.669 22.161 38.415 3,03
Etats-Unis 12.436 36.356 60.055 4,83
Israël 6.393 21.990 42.452 6,64
(Source : ONU Statistics Division)

Comme on le voit sur ce tableau, l’économie française réalise depuis une quarantaine d’années des performances très médiocres, bien inférieures à celles des autres pays européens. Elle crée moins de richesse que ses voisins : le PIB/tête des Français a été multiplié par 3,03 en quarante ans alors que le Danemark l’a multiplié par 4,13, et la Suisse par 4,61. Et un pays comme Israël a fait encore mieux, sans compter les Etats-Unis.

Il est une autre manière de juger des performances de l’économie française : constater que des pays qui, comme c’était notre cas, enregistraient régulièrement dans les années 1970 un déficit de leur balance commerciale sont parvenus à redresser la situation, alors que la France n’a pas été capable de le faire. C’est ce que montre le tableau ci-dessous :

Solde de la balance commerciale (en % du PIB)
France Allemagne Suisse Danemark Pays-Bas Suède
1970 -0,54 -1,48 -0,09 -2,83 -0,16 -
1980 -1,54 -1,65 -2,09 -0,45 +1,01 -0,98
2000 +1,33 +0,27 +5,61 +6,71 +6,58 -
2010 -1,29 +5,20 +10,68 +6,95 +8,09 -
2018 -0.77 +6,77 +12,08 +5,34 +10,69 +3,15

Tous les pays figurant sur ce tableau sont parvenus à redresser la balance de leur commerce extérieur en développant leurs exportations, sauf la France qui non seulement en est toujours à un commerce extérieur déficitaire, mais voit son déficit commercial s’aggraver. En 2021 on en a été à -3,4 % du PIB, un déficit colossal se situant à un niveau encore jamais enregistré !
Enfin, un autre constat, issu, lui, d’une étude du Conseil d’analyse économique, portant sur l’évolution de la productivité dans différents pays :

Taux de croissance de la productivité horaire (en %)
1971/79 80/89 90/99 2000/2013
Etats-Unis 1,68 1,39 1,73 1,83
Allemagne 4,11 2,07 2,23 1,18
Suède 1,68 1,20 2,02 1,71
Espagne 4,70 3,40 1,08 1,17
France 4,30 2,85 1,84 1,06
(Patrick Artus : Conseil d’Analyse Economique)

On voit que dans la première période les chiffres de la France étaient très honorables, alors qu’en fin de période ils sont devenus inférieurs à ceux des pays voisins.

Au vu de ces différentes données, on ne peut donc que s’interroger, en se demandant « que se passe-t-il donc ? ». Curieusement, les économistes ne paraissent pas s’être penchés sur ce problème, et on a peine à comprendre qu’ils ne se soient pas intéressés à cette question, une question qui est primordiale. Car si l’on ne comprend pas pourquoi l’économie de notre pays est moins performante que ses voisines, on n’arrivera pas à redresser la situation.

Un déclin constant de notre secteur industriel qui a appauvri progressivement le pays

L’industrie joue un rôle clé dans la création de richesse, et ce phénomène est aisé à mettre en évidence en examinant la relation existant, dans différents pays, entre leur production industrielle et le PIB par tête des habitants, le PIB/capita étant l’indicateur qu’utilisent habituellement les économistes pour mesurer la richesse des pays. C’est ce que montre le graphique ci-dessous où il est pris, en abscisses, pour variable explicative, la production industrielle des pays calculée par habitant (ce qui ne se fait jamais, les économistes raisonnant toujours en pourcentages des PIB) et, en ordonnées, les PIB/capita de ces pays. Pour ce qui est des données sur la production industrielle, il s’agit des informations fournies par la BIRD qui inclut la construction dans l’industrie, les productions industrielles étant mesurées, ici, en valeur ajoutée selon les données des comptabilités nationales des pays.

Corrélation Production industrielle/habitant et PIB/capita

En US $
y = 3,9631x + 3856 et R2 = 0,9367
Source : BIRD (2017)

On voit sur ce graphique que La France avec une production industrielle faible de 6.432 US$ par habitant a un PIB/capita de seulement 39.030 US$ ; l’Allemagne avec un ratio bien meilleur de 12.279 US$ a un PIB/capita de 46.208 US$, et la Suisse, avec un chiffre record de 22.209 dollars, en est à un Pib /capita de 87.097 dollars, le plus fort d’Europe.

Des dépenses publiques sans cesse croissant qui ont conduit à une asphyxie du pays

Le secteur industriel français n’a pas cessé de décliner depuis la fin des trente glorieuses, ce qui explique le faible niveau de la production industrielle par habitant figurant sur le graphique ci-dessus, et la France est devenue le pays le plus désindustrialisé d’Europe, la Grèce exceptée. Son secteur industriel ne contribue plus que pour 10 % seulement à la formation du PIB, alors qu’il devrait s’agir d’un taux d’environ 18 %. A la fin des trente glorieuses, les effectifs industriels de notre pays s’élevaient à 6,5 millions de personnes : ils ne sont plus aujourd’hui que de 2,7 millions, alors que l’Allemagne, par exemple, en est à près de 7 millions. Il y a donc eu tout au cours de ces quarante dernières années fonte de notre secteur secondaire, et, donc, un appauvrissement relatif régulier du pays.

Les pouvoirs publics se sont ainsi trouvés contraints sous la poussée des revendications populaires d’accroitre régulièrement leurs dépenses sociales et celles-ci sont parvenues à un niveau bien supérieur à ce qu’il est partout ailleurs : 33 % du PIB, contre 18,7 % aux Etats-Unis et 16,7 % en Suisse, la moyenne des pays de l’OCDE se situant à 20,0 %. D’où, des dépenses publiques sans cesse en augmentation, et, par conséquent, des prélèvements obligatoires de plus en plus importants, considérablement plus élevés que dans tous les autres pays de l’OCDE : on en est ainsi aujourd’hui à 45,0 % du PIB, contre 34,0 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, et ces prélèvements excessifs asphyxient le pays. Le comble est qu’ils ne sont jamais suffisants ce qui contraint chaque année l’Etat à recourir à l’emprunt. On en est ainsi arrivé à une dette extérieure qui est devenue supérieure au montant du PIB, et elle continue d’augmenter régulièrement. Nicolas Dufourq, directeur de la BPI, interrogé par La Tribune après les rencontres économiques d’Aix en Provence, dit : « Le monde syndical/socialo/politique, cette bulle qui gère l’Etat providence, est devenu keynésien ».

Des Pouvoirs publics aveugles qui ont laissé le pays s’enfoncer

Les raisons expliquant pourquoi nos élites n’ont pas réagi à l’amenuisement régulier de notre secteur industriel tiennent au fait qu’elles se sont fiées à la loi d’évolution des trois secteurs de l’ économie qui leur a été enseignée à Sciences Po et à l’ ENA, suite aux travaux de Jean Fourastié qui avait publié, en 1949, son fameux ouvrage « Le grand espoir du XXe siècle ».Une société qui se développe passe obligatoirement, leur a-t-on expliqué, du secteur primaire, l’agriculture, au secteur secondaire, l’industrie, puis, ensuite, du secteur secondaire au secteur tertiaire, celui des services, en sorte qu’une société moderne ne serait plus constituée que par des activités relevant des services. Il apparut donc à nos dirigeants comme tout à fait naturel que notre secteur industriel s’amenuise régulièrement, le rétrécissement de ce secteur étant le signe même de la modernisation du pays.

Ils n’ont pas vu que Fourastié avait appréhendé les phénomènes d’évolution des sociétés en termes d’emplois, et non pas de valeur ajoutée. Il a fallu qu’il y ait la crise du coronavirus -19 pour qu’ils prennent conscience, finalement, du problème de la grave désindustrialisation du pays, et même la crise des gilets jaunes qui avait éclaté en novembre 2018 ne leur a pas ouvert les yeux : elle était pourtant l’illustration parfaite de toutes les conséquences du phénomène de désindustrialisation du pays. A présent, donc, tous nos responsables politiques sont convaincus de la nécessité de procéder à la réindustrialisation de la France, mais, à nouveau, nous butons sur leur manque de clairvoyance. Emmanuel Macron a bien lancé le plan France 2030, mais les moyens qu’il met en place pour réindustrialiser le pays sont totalement insuffisants : nous avons montré dans d’autres articles qu’il faut prévoir des moyens au moins quatre à cinq fois supérieurs. Cette réindustrialisation dont dépend la remise sur pied de notre économie doit se faire le plus rapidement possible, et ne pas la mener dans les délais les plus brefs ne peut qu’accroitre la dette extérieure du pays : or, celle-ci a dépassé à présent le montant du PIB, et les taux des emprunts ont commencé à augmenter.
Nicolas Dufourcq, dans l’article de La Tribune cité plus haut, nous dit : « La part de l’industrie est passée de 20 % à 10 % du PIB entre 1995 et 2015. On a perdu la moitié des emplois : comment réussit-on une telle contre-performance ? Il faut que toute la société s’y mette. On a tardé à raconter cette histoire, car on est tous coupables ». Il s’agit donc maintenant de réindustrialiser le pays et François Bayrou qui a été nommé Haut-Commissaire au Plan nous dit : »La industrialisation de la France doit devenir une obsession nationale »

Notre première ministre, Elizabeth Borne, dans sa récente déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale a énuméré ses priorités : elles sont au nombre de cinq, a-t-elle déclaré, mais la réindustrialisation du pays n’y figure pas.

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Vos réactions à cet article (2) :

La confiscation exagérée des profits bruts par le fisc et l’urssaf

le 29 septembre, 16:29 par zelectron

Les charges fiscales et sociales ne peuvent être plus serrées que par des baisses drastiques des effectifs de la fonction publique et collatérale, à commencer par un certain nombre de hauts fonctionnaires parasites ; sans ce courage notre pays va à vau l’eau et avant de se redresser, il s’en faudra de quelques décennies !


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