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L’accroissement des inégalités aux USA, résultat de l’explosion de l’entreprenariat et des emplois créés


vendredi 1er avril 2016, par Bernard Zimmern

Les Égalitaristes de toutes allégeances, de J.Stiglitz à R.Wolff, en passant par A. Atkinson et T.Piketty ont dénoncé les 30 années 1980 à 2010 comme des années de honte, parce que les inégalités, qu’elles soient mesurées par le revenu ou la fortune, ont augmenté et que plus riches vous êtes, plus grande est l’augmentation.

A.B.Kennickell de la Fed a publié des courbes qui montrent que, plus vous êtes proche du centile supérieur de la répartition de la richesse, plus votre richesse s’accroît. (Voir annexe)

Les résultats de l’enquête PSID de l’Université du Michigan ont montré que les personnes au sommet ne sont pas les mêmes d’une année à l’autre. La série des milliardaires de l’enquête annuelle Forbes montre la même chose, que seulement 10% de ceux de la première enquête américaine en 1983 figurent encore dans la liste de 2013.

Cependant, il est troublant de constater que les indices d’inégalité, que ce soit Gini ou pourcentage du revenu ou de la richesse, ont montré une augmentation depuis 1980 alors qu’ils étaient stables depuis les années 1940.

Les égalitaristes ont attribué ce fait à l’enrichissement des exécutifs de grandes entreprises, des rentiers ou des financiers au détriment des pauvres, puisqu’en même temps, la part reçue par les plus pauvres, le décile inférieur, passait de 3,5% à 2%.

Et ils ont lancé une campagne mondiale visant à réduire les inégalités en taxant les riches et en transférant le résultat aux pauvres sous différentes formes.

Si forte est leur influence que l’OCDE a publié, fin 2014, un document de 65 pages avec une analyse statistique avancée, montrant que les inégalités réduisent la croissance.

Il y a peu de doute que les inégalités ont augmenté aux États-Unis, mais les égalitaristes se trompent sur leur cause [1].

D’après les chiffres tirés du « Survey of Consumer Finances », ce qui est arrivé réellement est une explosion de l’entreprenariat dans cette période, du nombre d’entrepreneurs et des emplois créés avec une augmentation de 50% à 60% en 20 ans, la plupart des entrepreneurs qui réussissaient entrant dans le « 1% » (des plus riches) et augmentant la partie du 1% dans l’ensemble des revenus des ménages.

Cette explosion rappelle la révolution industrielle britannique au XIXe siècle et la révolution industrielle aux États-Unis, souvent appelée méprisamment les années des « Robber Barons », les barons voleurs (Rockefeller, Carnegie, etc.).

En même temps, à l’autre extrémité de la courbe de Lorenz qui décrit la répartition du revenu ou de la richesse (dont sont dérivés les indices de mesure des inégalités), la richesse ou les revenus du décile inférieur ont chuté, en raison de l’arrivée d’immigrants très pauvres, comme les États-Unis n’en avaient jamais vu auparavant. Sur l’augmentation de 86 millions de la population des États-Unis entre 1980 et 2010, 30 millions étaient des immigrants, dont au moins 15 millions étaient extrêmement pauvres, venant d’Amérique latine ou d’Afrique. Ils ont contribué à faire tomber le revenu apparent ou le patrimoine apparent des plus pauvres, mais ceux-ci ont trouvé aux États-Unis, sinon la richesse, au moins des conditions normales de vie. Et ils ont été en mesure d’envoyer à leurs villages d’argent dont le total est estimé à environ 40 milliards par an, plus que l’investissement annuel de la Banque Mondiale.

En bref, la période 1980-2010 n’est pas une période de la honte, mais un miracle humain, où les entrepreneurs se sont multipliés en raison de certaines conditions uniques et ont créé quelque 50 millions de nouveaux emplois, ce qui a permis aux États-Unis de sortir de la misère des dizaines de millions d’immigrants et leurs familles.

Il est peu probable que cette explosion et ce miracle se poursuivent.

Et ceci grâce à la campagne égalitaristes dénigrant l’enrichissement, et ses résultats, notamment la suppression de l’incitation à créer de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois ; ils ont fait augmenter l’impôt sur les plus-values, qui sont la grande incitation à la création d’emplois ; c’est ce que le président Roosevelt a découvert en créant la crise économique de 1936, et il est très probable que nous nous dirigeons vers une répétition de cette crise avec une récession prolongée.

Une récession dont la source est une erreur majeure faite par les économistes et les politiciens qu’ils inspirent, une erreur qui n’est peut-être pas seulement technique, mais aussi idéologique (Marx n’est pas mort).

L’explosion 1980-2010 de l’entreprenariat

Une enquête américaine est célèbre dans le monde entier pour sa qualité et son étendue : le « Survey of Consumer Finances » (Enquête sur les finances des consommateurs) de la Federal Reserve Bank.

Depuis sa création en 1989, elle a été principalement utilisée pour mesurer le revenu et la richesse des Américains, mais elle comprend une question, la X3111 que peu de gens utilisent et qui donne le nombre de personnes employées par les entrepreneurs de l’enquête.

Bien que le nombre de personnes couvertes par l’enquête soit faible (6.000), les résultats issus de cette variable semblent robustes ; ils donnent, par exemple, 126 millions de travailleurs en 1989 alors que le ministère du Travail publie 124 millions (couvrant les travailleurs rémunérés et non rémunérés ; le Census trouve la même année 91 millions de travailleurs mais tous rémunérés).

L’intérêt de l’utilisation du SCF est d’être en mesure de trouver, non seulement les emplois créés par les entrepreneurs (l’extraction des entrepreneurs a déjà été faite par Cagetti et De Nardi, 2006), mais en combinant avec X5729, la variable qui fournit le revenu total de la personne interrogée, de trouver les entrepreneurs qui se classent dans le 1%, dans le centile le plus haut des revenus.

Il apparaît immédiatement une énorme différence entre les entrepreneurs qui sont dans le 1% et ceux qui n’y figurent pas :

Ces deux groupes sont bien connus : le « non 1% » comprend les entrepreneurs qui créent une entreprise juste pour gagner une subsistance pour eux-mêmes et leur famille, une entreprise qui est généralement une entreprise de service d’une communauté locale.

Au contraire, le deuxième groupe d’entrepreneurs, le « 1% », a une cible à longue distance, la recherche d’un marché national ou international.

Les premiers créent quelques emplois très rapidement, les seconds prennent un certain temps (David Birch a trouvé autour de 15 ans ; à partir de données SCF 2013, c’est plutôt 23 ans).

Nous avons commencé à explorer ce qui pourrait sortir de cette différentiation et il semble que cela pourrait conduire à d’autres résultats intéressants en regardant le SCF de 1992 à 2013 :

> Une explosion du nombre des entrepreneurs « 1% » ayant une vision à long terme ;
> Une explosion des emplois qu’ils créent, qui correspondent à la plus grande partie, sinon la totalité, de l’augmentation des emplois aux États-Unis, observée par le département des statistiques du travail ;
> Une explosion du revenu du « 1% entrepreneur » qui représente à elle seule l’augmentation du revenu du 1% constatée par l’IRS ;
> Ces entrepreneurs du 1% représentent à eux seuls la moitié en nombre des Américains se classant dans le 1% (1, 4 million).

L’explosion des entrepreneurs avec vision à long terme, ceux du 1%, est visible sur le tableau suivant :

Cette explosion de l’entreprenariat pourrait être liée à la diminution de la taille des entreprises américaines, qui a commencé en 1970, en raison du développement de la sous-traitance, et à l’explosion de la société de type Subchapter S, introduite en 1958, mais qui, en un quart de siècle, est devenue la forme la plus commune de création d’entreprise (avec les LLC et LLP). Pour un Business Angel, la Sub S est une incitation majeure à financer les start-up.

Cette explosion des emplois par le 1% s’est traduite par leur enrichissement comme le montre la somme de leurs revenus, tirée du SCF. Mais, plus intéressant, comme on le voit sur le graphique suivant, il explique toute l’augmentation de la part du 1% dans le revenu total des États-Unis mesuré par l’IRS.

Le lien avec la création d’emplois est que le revenu par employé est d’environ 20,000 $ et est le même pour les employés du 1% et du non 1%. Il semble assez constant à partir de 1992, mesuré en $ 2013, en utilisant le coefficient d’inflation.

Aussi, quand il réussit à employer plus de monde, l’entrepreneur croît dans l’échelle des revenus.

>  En bleu la part du revenu total du « 1% » dans le revenu US
>  En rouge, la part du revenu total du « 1% » entrepreneurs dans le revenu US
>  En gris, la part de leur création d’emplois dans l’emploi total

Annexe

Changement de patrimoine d’une année à 2004 en fonction du percentile

Percentile de patrimoine 2004
En ordonnées, de 0, 10 K (10.000 $) puis 50K puis 100 K puis 500 K (échelle logarithmique) -> 10 millions $.

Notes

[1Nous avons publié la preuve contraire, voir IRDEME.org et Lepoint.fr



 
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