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Inégalités : que valent les chiffres de Thomas Piketty ?

Thomas Piketty a publié dans « Le capital au XXIe siècle » une courbe d’évolution de la part du premier décile des revenus les plus élevés qui montrerait que les riches sont devenus plus riches, la société américaine plus inégalitaire.

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Mais les chiffres utilisés par Thomas Piketty sont-ils fiables ?

Les revenus sont calculés à partir des impôts déclarés à l’Internal Revenue Service (IRS) et ne tiennent pas compte des transferts, c’est-à-dire des impôts prélevés sur les revenus plus élevés, et des aides sociales fournies aux plus pauvres. Ceci représente ce que l’on appelle les « revenus primaires », et pas les « revenus secondaires » qui sont les seuls significatifs pour tenir compte du revenu réel.

Autre problème, l’IRS ne peut pas décompter les enrichissements non déclarables, comme l’accroissement des plus-values de la vente de l’« Internal retirement account » (IRA) lorsque les intéressés atteignent l’âge où cette vente n’est plus taxée. Les IRA constituent l’une des formes importantes d’accumulation du capital aux États-Unis.

Il existe d’autres sources officielles de l’évolution des revenus, et donc de la mesure des inégalités aux États-Unis, qui ont été résumées dans le tableau suivant.

Census BureauIRSCBOPiketty, Saez
Source Enquête annuelle des ménages Census Bureau’s Current Population Survey (CPS) Déclarations fiscales Statistics of Income (SOI) Combinaison de CPS et SOI SOI + calculs d’auteurs
Revenu estimé Money income before taxes Market income before individual income taxes « Comprehensive » income before & after taxes Cash market income before individual income taxes
Ce qui est inclus dans le revenu Wages & salaries ; income from dividends ; earnings from self-employment ; rental income ; child support ; Social Security, disability and unemployment benefits ; cash welfare assistance ; pensions & other retirement income. All income sources reported All cash income (including non-taxable income not reported on tax returns, e.g. child support) ; taxes paid by businesses ; employee’s contribution to 401k retirement plans. Estimated value of in-kind income : food stamps, Medicare, Medicaid, employer-paid health insurance premiums. All cash income sources reported (including realized capital gains, taxable Social Security & unemployment compensation)
Ce qui n’est pas inclus dans le revenu Food stamps, Medicare, Medicaid, employer-provided health insurance Food stamps, housing subsidies, Medicare, Medicaid, employer-provided fringe benefits - Social Security retirement and disability benefits, Medicare, Medicaid, unemployment insurance, welfare assistance programs, the earned income tax credit, employer-provided fringe benefits
Objet d’analyse Ménage Tax unit[1] Ménage Tax unit
Ajustement par taille et composition de ménage Non, mais les données partielles disponibles Non Equivalence adjustment based on household size (income devided by the square root of number of people in household) Non
Top-coding[2] Oui, pour les revenus au-dessus de 999.999 $ Non Non Non
Commentaires Information pas exhaustive pour les hauts revenus Information pas exhaustive pour les personnes qui ne déclarent pas leur revenu (les bas revenus) - Information pas exhaustive pour les personnes qui ne déclarent pas leur revenu (les bas revenus)

Il existe aussi d’autres estimations d’évolution des inégalités, comme par exemple les travaux de Richard Burkhauser[3] basés sur les séries du Census Bureau. Selon ses estimations, la part du décile supérieur est passée de 30 à 32% entre 1979 et 2007.

Nous avons reproduit ci-dessous les courbes données par Thomas Piketty dans « Le capital au XXIe siècle » (page 460) et les courbes tirées d’une autre source très officielle – le Congressional Budget Office (CBO)[4] – pour le décile supérieur aux États-Unis. L’une de ces courbes intègre les plus-values, l’autre est sans plus-values. À la différence de Thomas Piketty, le CBO prend en compte :

 les revenus secondaires et non primaires (après la redistribution) ;
 l’influence de la taille des foyers fiscaux (en utilisant une formule approchée, celle de la racine carrée) ;
 les bénéfices de l’assurance santé.

Conclusion

On constate que Thomas Piketty a pris les chiffres donnant les écarts les plus extrêmes dans l’évolution des revenus puisqu’il trouve une augmentation du premier décile de 36% entre 1979 et 2009. Par comparaison, les chiffres du CBO enregistrent simplement un accroissement de 19% avec les plus-values.

Mais il faut compléter par deux remarques, la première – l’essentiel de la montée des revenus a eu lieu dans la période 1979-89, c’est-à-dire la période Reagan, et peut être en partie le reflet du transfert des profits des entreprises vers les individus par le développement de Subchapter S. Il n’y a pas eu d’augmentation des inégalités de 1989 à 2009.

Deuxième remarque, une partie importante des plus-values n’est vraisemblablement pas répertoriée, car les plus-values de résidence secondaire en dessous de 500.00 dollars ne sont pas taxées. Comme l’indiquent Alan Reynolds et David Henderson dans le Wall Street Journal, le CBO ne tient pas compte des IRA et autres « tax-free Roth account » qui sont l’un des moyens d’épargne préférés de la classe moyenne américaine.

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Vos réactions à cet article (1)

Tromperie

le 4 juillet 2015, 18:20 par Vanessa

C'est le problème des médias, surtout d'internet. Tout le monde peut dire ce qu'il veut, sans recoupement. Pourtant, c'est très trompeur pour l'opinion publique. Des fois même, je pense que les médias manipulent l'opinion publique en diffusant des informations qui peuvent être fausses. En tout cas, merci pour cette analyse.http://boursebinaire.fr ...

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