La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

IRDEME EPLF


Il faut fermer l’INSEE !

L’INSEE est-il capable de relever le défi de la nouvelle économie[1] en évitant de confondre structure juridique et structure économique ?
Il semble bien que non !

Soucieux de suivre scrupuleusement les mêmes indicateurs pour "avoir des séries statistiques cohérentes", cet organe passe totalement à côté des mutations structurelles, qui sont parfois plus rapides, et, de ce fait, les chiffres fournis, au lieu d’éclairer les évolutions, relèvent parfois de la désinformation.

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Je m’inquiète tout particulièrement des statistiques sur l’emploi : si on lit les publications de l’INSEE on y voit une grosse évidence : "les emplois industriels diminuent au profit des emplois tertiaires, les Grands Groupes détruisent des emplois, la France se désindustrialise".

À force de le répéter, ce "constat" est considéré comme une évidence... et au-delà des discours qui le martèlent on élabore des mesures basées sur cette certitude.

Mais sur quoi est basé ce "constat" ?
Eh bien, on classe les entreprises selon une nomenclature datant de la dernière guerre et on compte le nombre d’employés selon l’appartenance de leur employeur à un secteur donné.

Cela paraît du bon sens mais ne prend nullement en compte les mutations induites par la mondialisation : une compétition féroce qui a obligé les entreprises à devenir plus compétitives... et les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) qui ont rendu cette évolution possible en leur fournissant un nouveau système nerveux leur permettant de fonctionner en réseau et non plus en entreprises intégrées.

Une organisation performante, innovante, flexible et réactive nécessite la transformation des vieilles structures féodales intégrées (les charbonnages qui possédaient les logements, les stades, les mairies, les gendarmeries et les églises...) en "fabless companies" sveltes et mondialisées, où plusieurs centaines, voire milliers d’entreprises concourent à la conception, fabrication, commercialisation et maintenance des produits.

Dans une entreprise, surtout si elle est "technologique", la plupart des métiers relèvent du tertiaire (gestion, bureau d’étude, R&D, DRH, maintenance, SAV, marketing, formation, approvisionnements), mais tous les emplois sont considérés comme "industriels".

Quand Airbus décide de sous-traiter la conception des supports du moteur de l’A380 à l’entreprise "defi12" de Rodez, elle "détruit" des emplois industriels et "il se créé" des emplois tertiaires !
Même chose si elle externalise son informatique, sa cantine, la maintenance des machines...
L’annonce d’Airbus de réduire de 80% le nombre de ses sous-traitants directs a conduit les esprits simples à en déduire qu’elle réduisait le nombre de sous-traitants travaillant pour elle, alors que c’était tout le contraire : Airbus, comme Boeing en son temps, passe de 50% de sous-traitance a 75% ! et pour cela elle sous-traite l’architecture de sous-ensembles (du tertiaire ...) Elle accroît donc d’un étage (les fournisseurs de sous-ensembles) sa sous-traitance.

Dans une entreprise moderne, qui se concentre sur son cœur de métier (marketing, R&D et assurance qualité : rien que du tertiaire) et sous-traite tout le reste (Alcatel), à métiers et production identiques, ... cela se traduit par 80% de baisse des emplois industriels et un gain équivalent d’emplois tertiaires : alors que rien n’a changé dans la réalité "physique" !
Les statistiques font apparaître un "artéfact mutationnel" sur lequel on bâtit des romans (qui cachent de surcroît les évolutions sans doute réelles que nous sommes de ce fait bien incapables d’observer).

Cela a-t-il encore un sens de faire des statistiques sur les emplois "industriels" ou "tertiaires" ?

Avec la diversification des produits, les évolutions permanentes des stratégies et des marchés, à quoi correspond encore la "case" dans laquelle on a décidé de ranger les employeurs il y a bien longtemps ?

Ne faudrait-il pas se concentrer uniquement sur les métiers et les compétences (invariants par rapport aux structures juridiques, et qui sont les seuls véritablement utiles pour tous les acteurs économiques (évolution des besoins, évolution des qualifications, besoins de formation, ...) ?

Dans son organisation actuelle où elle mesure avec précision des paramètres qui non seulement n’ont plus de pertinence, mais qui de surcroît peuvent conduire a de graves erreurs d’analyse, on peut se poser la question du maintien d’une organisation qui devient une véritable nuisance en fournissant aux décideurs des indicateurs de pilotage qui ont l’apparence de la science mais qui produisent en fait de la désinformation et conduisent à des discours puis a des décisions opposées à ce qu’elles devraient être.

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