Entreprises et Emplois marchands : Visions d’Entrepreneurs

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Faut-il ruiner l’économie française pour sauver la planète ?

Une étude récente du bureau des statistiques des Nations Unies portant sur la période 1980-2017 a montré que le PIB par tête des Français n’a été multiplié que par 3,03 dans cet espace de temps, alors que dans le cas des Etats-Unis le multiplicateur a été de 4,8, et que dans celui de l’Etat hébreux il s’est agi du coefficient 6,6. C’est ce que montre le tableau ci-dessous[1] :

PIB/tête (US dollars courants)
1980 2000 2017 Multiplicateur
Espagne 6.141 14.556 28.356 4,61
Suisse 18.879 37.937 80.101 4,25
Danemark 13.881 30.734 57.533 4,13
Gd-Bretagne 10.041 27.959 39.758 3,97
Allemagne 12.091 23.929 44.976 3,71
Pays-Bas 13.794 20.148 48.754 3,52
Suède 16.864 29.292 54.043 3,21
France 12.669 22.161 38.415 3,03
Etats Unis 12.436 36.356 60.055 4,83
Israël 6.393 21.990 42.452 6,64
ONU : Statistics Division

Comme on le voit, l’économie française réalise depuis une quarantaine d’années des performances très médiocres, bien inférieures à celles des autres pays européens. Comme nous l’avons montré dans d’autres articles ces performances exécrables ont pour cause la grave désindustrialisation de notre pays, un pays qui est devenu le plus désindustrialisé de tous les pays européens, la Grèce exceptée. Depuis des années tous les clignotants sont au rouge et le pays est contraint de s’endetter chaque année un peu plus.

Nos gouvernants viennent seulement de comprendre d’où vient le mal et Emmanuel Macron a donc lancé en 2021 son plan « France 2030 », un plan pour réindustrialiser le pays. Il y a urgence à le faire, mais un nombre considérable d’obstacles sont à surmonter, et ils sont essentiellement d’ordre sociologique. Le principal frein vient des écologistes, et le pouvoir politique se trouve paralysé par eux, incapable de surmonter les obstacles qu’ils ne cessent de poser dans tous les domaines. On ne peut manquer de s’interroger : les écologistes vont-ils empêcher l’économie française de se redresser ?

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L’exemple de la Société Bridor,en Bretagne

La société Bridor, du groupe Le Duff, voulait construire une nouvelle usine en Bretagne, à Liffré, pour y produire du pain et des viennoiseries surgelés, et elle vient d’y renoncer en raison, nous dit le journal local, d’une forte opposition locale et des élus écologistes. L’origine du projet remonte à 2017, et, nous dit le PDG de l’entreprise, « au vu des recours engagés devant la justice rien ne sera possible avant 2025. » Et ce boulanger industriel qui produit 4 milliards de croissants, brioches et pains vendus dans une centaine de pays va installer son usine ailleurs pour répondre à la demande, probablement au Portugal. Il nous dit : « En Allemagne, j’ai installé une usine à Düsseldorf, et cela a demandé 2 ans. »

Les Français par trop soucieux de sauvegarder l’avenir de la planète ?

Le souci de sauvegarder notre planète est tout à fait légitime, mais le sort de notre planète est-il vraiment entre les mains des Français ? Tout se passe dans notre pays comme s’il en était ainsi. Nous allons voir que la France pourrait quelque peu lever le pied sur ses préoccupations écologiques au moment où le problème du redressement de son économie est une priorité majeure pour assurer l’avenir du pays. Un peu moins de rigueur dans les mesures à prendre pour défendre la nature ne changerait en rien le sort de notre planète.

La pollution de l’atmosphère

Selon les travaux du GIEC, l’activité humaine provoque une augmentation des gaz à effet de serre (GES) qui amène un réchauffement du climat. Parmi les GES, le dioxyde de carbone, le CO2 est l’élément principal, car il intervient pour 65 % dans le phénomène de réchauffement. Les Etats se sont engagés en décembre 2015, à la COP 21 de Paris, à limiter leurs émissions de GES avec pour objectif un accroissement de la température d’un peu moins de 2 degrés Celsius par rapport au niveau préindustriel.
Selon les statistiques de la Banque Mondiale les émissions de CO2 se ventilaient comme suit, en 2019, selon les pays :

Emissions de CO2
Chine 30,3%
Etats-Unis 13,4%
Europe 11,4%
(dont France) (0,8%)
Asie (hors Chine) 18,3%
Autres 26,6%
Total 100,0%

On voit que la part de la France est tout à fait minime : moins de 1 % du problème mondial !

Et une autre statistique est donnée par habitant :

Emission de CO2/habitant
(en tonne de CO2)
Etats-Unis 15,5
Corée du Sud 12,6
Russie 12,4
Japon 9,1
Pologne 8,8
Allemagne 8,5
Chine 8,3
Espagne 5,5
Italie 5,5
France 4,8

Manifestement, la France est hors de cause pour ce qui des efforts à faire pour sauver la planète. Et si l’on examine les évolutions, on note que l’accroissement des GES a été de 68 % dans le monde depuis 1990, les principaux responsables étant :

Les accroissements des GES de 1990 à 2017
Chine +380%
Inde +330%
Etats-Unis +0,8%
France -17,3%

Ces chiffres montrent que les efforts faits par la France n’ont aucun effet au plan global, si les deux principaux pollueurs continuent à ne pas réduire leurs émissions.

Les sources de CO2

La principale source d’émission de CO2, dans le monde, c’est la combustion de combustibles fossiles : en 2019, le charbon intervenait pour 27 %, le pétrole pour 31 %, et le gaz naturel pour 23 %.
En France, selon Youmatter qui cite le Haut Conseil pour le Climat, on a la répartition suivante :

France : sources de CO2
Transports 29%
Résidentiel et tertiaire 20%
Agriculture, élevage 19%
Industrie 18%
Transformation énergie 11%
(dont prod. électricité) (5%)
Déchets 3%
Total 100

L’industrie, en France, intervient donc d’une façon modeste dans les émissions de CO2. Les écologistes néanmoins sont là, et on taxe donc les pollueurs : la taxe carbone est passée de 14,5 euros/t en 2015 à 56,0 euros en 2020, et elle sera de 100 euros en 2030. La France veut atteindre la neutralité carbone en 2050 et Emmanuel Macron a réuni le 8 novembre dernier dans la salle des fêtes de l’Elysée les patrons des principaux sites industriels français pour leur demander de diviser par deux leurs émissions de CO2 d’ici à 10 ans, et il leur a été indiqué qu’il portera à 10 milliards d’euros l’aide dédiée à cet objectif dans le plan France 2030. On ne peut que s’interroger : pourquoi autant de précipitation si le secteur industriel ne représente que 18 % de nos émissions de CO2 ? Rexecode a calculé que d’ici à 2030 les entreprises, ménages, et administrations, allaient devoir investir de 58 à 80 milliards d’euros par an, et cet institut a calculé que pour les entreprises cela va leur demander d’accroitre de 10 % leurs investissements annuels. Et pour ce qui est des véhicules automobiles, une décision a été prise au niveau européen pour interdire la fabrication de véhicules à moteur thermiques à partir de 2035 : une révolution complète, donc, pour un des principaux secteurs d’activité de notre industrie, qui va beaucoup le fragiliser, car dans le même temps on voit que ce sont les Chinois qui sont en passe de devenir, dans le domaine des véhicules électriques, le leader mondial avec des prix ultra- compétitifs.

Les phobies des écologistes qui affaiblissent notre économie :

L’énergie nucléaire :

Le combat des écologistes contre le nucléaire est bien connu et c’est ainsi qu’en Allemagne Angela Merkel, sous leur pression, a fermé toutes les centrales nucléaires du pays pour passer au gaz russe.
Les écologistes considèrent que les centrales nucléaires constituent un danger pour la population, elles réchauffent par trop les eaux des rivières, et les déchets produits restent radioactifs des milliers d’années. « On ne peut léguer aux générations futures des déchets radioactifs pour 100.000 ans » nous disent – ils. Emmanuel Macron avait nommé le leader des Verts Nicolas Hulot, la star TV de Ushuaia, ministre de la transition écologique lors de son premier mandat, en en faisant le numéro 3 de son premier gouvernement, et il a fait fermer la centrale de Fessenheim. Nicolas Hulot a finalement démissionné, et notre Président est revenu peu à peu sur sa position antinucléaire ayant été instruit par son entourage ; et il ainsi annoncé, le 10 février dernier, a Belfort, le lancement de la fabrication de 6 réacteurs EPR2, en faisant le commentaire suivant : « Il nous faut reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France : il y a rupture du temps passé ».

Les désherbants puissants :

Les écologistes ont privé nos agriculteurs du glyphosate et de plusieurs neo-nicotinamides, ce qui réduit beaucoup les rendements, et affaiblit donc notre agriculture.

Les plantes OGM

Autre décision affaiblissant notre agriculture : la culture d’OGM est interdite en France depuis 2018, mais la commercialisation d’une centaine est autorisée sur notre territoire : maïs, colza, soja…Et la culture du Maïs OGM MON 810 qui est autorisée dans plusieurs pays de l’UE est curieusement interdite en France. Là aussi, un rude coup porté à la compétitivité de notre agriculture.

Les fermes laitières de mille vaches

Aux Etats-Unis les fermes laitières de mille vaches sont la norme et il y en a même un bon nombre, bien plus grosses encore. Ce mouvement a été suivi en Allemagne où, aujourd’hui, ces megafermes laitières sont devenues courantes. En France, dans la Somme, près d’Abbeville, un entrepreneur s’est lancé dans l’aventure en 2011 : aussitôt des barrages sont venus de toutes parts. Le permis de construire délivré pour des bâtiments logeant 1.000 têtes a bien été donné ; puis, vus les mouvements d’opposition, il a été ramené à 500 vaches. Des mouvements écologiques ont mis en cause le confort des animaux, d’autres se sont élevés contre « l’agro-business » etc., et, finalement, le promoteur du projet, découragé, a fini par l’abandonner, fin décembre 2020.L’Allemagne produit ainsi plus de lait, et moins cher, que la France et notre pays importe de plus en plus de lait.
On peut rappeler que Nicolas Hulot, qui était alors ministre, a participé à ce combat au côté des écologistes.

Les lacs collinaires :

Les agriculteurs veulent se constituer des réserves d’eau pour irriguer, en créant des lacs collinaires, ce que l’on nomme des « bassines ». Les écologistes sont contre cette pratique, et l’on a eu, encore tout récemment, de graves manifestations d’opposants dans les Deux-Sèvres où 61 gendarmes ont été blessés. Les écologistes dénoncent « l’impact écologique de ces mégastructures », car ils sont hostiles à une agriculture intensive. Et, élément aggravant pour les agriculteurs : il s’agit d’irriguer des cultures de maïs destinées à l’alimentation animale.

Les aéroports

Les écologistes sont contre la création d’aéroports leur reprochant de soustraire des terres à l’agriculture, et ils dénoncent la pollution provoquée par le transport aérien. Chacun connait les luttes épiques des écologistes contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, à Nantes, un projet initié en 1963 et que finalement le gouvernement d’Edouard Philippe dut abandonner. A l’annonce du retrait du projet, ils ont triomphé, proclamant « une victoire pour la planète » .Parmi les arguments des écologistes il y avait la sauvegarde du Triton Crêté, une espèce amphibienne rare.

L’importance des écologistes en France

Les écologistes mènent une lutte contre toutes les solutions que les technologies modernes nous offrent pour progresser, et beaucoup d’entre eux sont, d’ailleurs, pour que nous changions complètement de modèle de développement : ce sont des « déclinants », des adeptes de la décroissance. Ils voudraient « une nature vierge des excès des hommes ». Plusieurs ouvrages récents combattent leurs thèses, comme « Les écologistes contre la modernité » de Ferghane Azihari, ou le livre du journaliste Pascal Perri intitulé « Le péril vert ». Yannick Jadot, le candidat des verts, a fait un score très médiocre à la dernière présidentielle : 4,63 % des voix seulement, et son parti est allé se fondre ensuite dans celui de Jean-Luc Mélenchon pour donner naissance à la NUPES (Nouvelle union populaire écologique et sociale). Ce parti a obtenu aux dernières législatives 131 députés, le parti des écologistes, qui en est une des composantes, en ayant, quant à lui, 23 seulement. On constate ainsi qu’à l’Assemblée nationale le parti des Verts représente 4 % des voix.

Cependant, malgré ces scores modestes, ce mouvement écologique semble en voie de tout emporter sur son passage ; il a détruit notre industrie nucléaire, il affaiblit gravement notre agriculture intensive, et il est en passe de porter un coup très sévère à notre secteur automobile. Au moment où le redressement de notre économie exige que l’on reconstitue au plus vite notre secteur industriel, on doit craindre que ces mouvements de défense de la nature n’entravent très fortement le redressement de notre pays.

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, présentant en mai dernier les résultats d’une étude sur la transition écologique a dit : « C’est un sujet trop sérieux pour le laisser aux mains des écologistes ».

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Vos réactions à cet article (3) :

Faut-il ruiner l’économie française pour sauver la planète ?

le 17 novembre, 11:52 par Molimard

Encore un petit message en faveur de l’Irlande : selon la banque mondiale, le PIB par habitant irlandais a augmenté de 6300 $ / habitant en 1980 à plus de 100 000 $ / habitant en 2022, soit un PIB multiplié par 17 et on n’en parle même pas ???! ... Il n’y a pas qu’en Rugby où ils sont premiers mondiaux ! Je ne les vois pas non plus dans votre tableau...

Faut-il ruiner l’économie française pour sauver la planète ?

le 17 novembre, 12:29 par PERNOD André

C’était en février 2013, le journal La Croix titrait :
L’agroalimentaire français, un colosse aux pieds d’argile. Dans cet article, la société BRIDOR était citée et affichait l’ambition de relever le défi.

Presque 10 ans plus tard, le projet de l’usine de Liffré est toujours en proie à des opposants qui le 12 novembre dernier ont défilé devant le siège du groupe Le DUFF à Rennes pour dénoncer à nouveau le projet. Une fois de plus, des minorités imposent leurs idées au nom de la rupture écologique ...alors que la France est dans le concert international, relativement vertueux.

La réponse du patron du groupe Louis Le Duff telle que rapportée par France 3 Bretagne le même jour est claire :" Face à cette opposition, le patron du groupe, Louis Le Duff, est sorti de son silence il y a quelques jours. Il s’agace de ces oppositions, « je ne vais pas encore attendre dix ans », et menace d’aller faire son usine, ses 250 millions € d’investissements et ses 500 emplois, à l’étranger. L’été dernier, l’État a validé le permis de construire. L’entreprise, qui s’attend à de nouveaux recours, table désormais sur une ouverture à l’horizon 2027." Quel gâchis !...

Faut-il ruiner l’économie française pour sauver la planète ?

le 20 novembre, 17:45 par Fischer

Un écolo, ça rote, ça pète, ça chie et ça respire, c’est une énorme source de CH4 et de CO2, c’est un mamifère, tout comme comme les vaches qu’ils combattent mais avec le lait desquelles ils nourrissent leurs rejetons.
Notez qu’ils ont presque tous un portable, voire une moto ou une voiture, une trotinette ou un vélo électrique et que le soir venu, ils tournent tous le bouton pour s’éclairer.
Alors pour réduire la pollution (politique et économique en tout cas) il est temps de faire un grand nettoyage au sein de l’assemblée.


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