La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

IRDEME EPLF


Et toujours le nanisme des entreprises françaises !

C’est un sujet qui depuis de longues années fait l’objet des travaux de l’IRDEME et sur lequel son fondateur Bernard Zimmern s’était beaucoup investi jusqu’à son décès : le nanisme des entreprises françaises. Nous sommes maintenant en 2021 et il est temps de se demander si la situation a évolué depuis notamment que le sujet avait été effleuré par l’Insee en 2018, dans ses statistiques fondées sur les chiffres de 2015. Ce n’est hélas pas l’Insee qui va nous le dire, car comme Bernard Zimmern l’avait remarqué, le sujet ne paraît guère préoccuper notre organisme national, qui se borne comme nos économistes à compter le nombre des entreprises nationales sans beaucoup s’intéresser à leur dynamisme.

Mais l’organisme européen Eurostat se soucie quant à lui de la question, et consacre plusieurs bases de données à la démographie des entreprises, en les mettant régulièrement à jour. C’est ainsi que nous disposons grâce à Eurostat de données mises à jour très récemment et datant de 2018, que nous pouvons donc comparer à celles de 2015. Particulièrement intéressantes sont celles concernant la démographie des entreprises employeuses en fonction de leur taille, ainsi que celles relatives aux entreprises dites « de forte croissance », qui sont celles, surtout quand elles sont jeunes, de loin les plus fertiles en emplois[1]. Ce sont des critères plus significatifs que ceux utilisés en France de PME ou ETI.

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Première constatation : beaucoup d’entreprises, mais très peu d’employeuses

La France est le deuxième pays après l’Italie en nombre d’entreprises[2], même devant l’Allemagne dont pourtant le PIB est très supérieur. Mais il faut dire que plus d’1,5 million d’entre elles sont des micro-entreprises qui n’ont aucun salarié car le plafond de chiffre d’affaires est si bas (pas plus de 72.500 par an pour les services, le double pour l’achat-revente) qu’il ne leur est pas possible d’embaucher. Pendant environ 3 ans à compter de 2015 le régime des auto entrepreneurs avait connu une nette désaffection, mais cette tendance s’est complètement retournée avec les réformes récentes. (Very) small is beautiful, les patrons sans salariés, artisans et autres, sont plébiscités, Besancenot le disait déjà, les autres sont voués aux gémonies et on a créé un régime spécialement avantageux pour les patrons à condition qu’ils n’embauchent pas …

Résultat, 1,5 millions de micro-entreprises qui n’emploient personne, et plus de 2,1 millions en tout qui emploient entre 0 et 9 salariés. Comme le montre le tableau ci-dessous, de source Eurostat, la France est la lanterne rouge des pays qui l’entourent pour le nombre d’entreprises actives de plus de 9 salariés.

Entreprises actives de plus de 9 salariés, 2018
Pays nombre total nombre pour 10 millions d’habitants
France 179 27
Allemagne 396 47
Royaume Uni 281 43
Italie 190 31
Espagne 146 31
Pays Bas 77 43
Danemark 29 52
Irlande 26 53
Suède 44 44
Champ : Industrie, construction et services

Avec 179.000 entreprises de plus de 9 salariés, la France est donc, et de loin en tenant compte de sa taille, la lanterne rouge de l’Europe. A noter que la situation ne s’est pas améliorée avec le temps, puisque le nombre de ces entreprises est plus faible en 2018 qu’il l’était en 2009 et quasiment égal à celui de 2015, alors qu’en Allemagne le même chiffre a beaucoup augmenté depuis 10 ans, même s’il a récemment baissé tout en restant très supérieur à celui de la France.

Seconde constatation : la France est encore la lanterne rouge de l’Europe pour les entreprises de forte croissance

Nous ciblons ici les entreprises de forte croissance, avec les critères suivants (source Eurostat) : nombre des entreprises et nombre de salariés, chaque fois en nombre total et en nombre pour 10 millions d’habitants, et taille moyenne des entreprises en cause.

Entreprises de forte croissance, 2018, en milliersSalariés, nombre en millions
Pays nombre total Nombre pour 10 M hab nombre total nombre pour 10 M hab Taille moyenne des entreprises
France 18,6 2,9 1 0,15 54
Allemagne 35,7 4,3 3,1 0,37 87
Royaume Uni 27,4 4,2 3,6 0,55 130
Italie 19,9 3,3 1,4 0,23 73
Espagne 20 4,2 1,6 0,34 81
Pays-Bas 10,4 5,7 1,2 0,66 123
Danemark 2,6 4,6 0,18 0,32 67
Irlande 3,4 6,9 0,3 0,61 83
Suède 5,6 5,6 0,4 0,4 72

Sur tous les critères, la France est de loin dernière (compte tenu de sa taille en ce qui concerne le nombre total d’entreprises ciblées et de salariés). On voit notamment qu’avec 1 million de salariés, elle est même, en chiffres absolus, derrière l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas (ces derniers n’ont que 17,7 millions d’habitants !). La comparaison avec le Royaume -Uni est particulièrement frappante : avec le même nombre d’habitants, le RU a 3,6 fois plus de salariés dans les entreprises de forte croissance pour seulement environ la moitié en plus d’entreprises. Cela est dû à la taille moyenne des entreprises en cause, plus de deux fois plus importante au RU.

Il y a bien entendu diverses causes à cette situation, que nous analysons depuis longtemps sur le site de l’IRDEME. Observons notamment que la taille moyenne des entreprises de forte croissance est de 54 salariés, chiffre qui est très proche du fameux seuil de 50 salariés si souvent critiqué pour lr nombre d’obligations que son franchissement fait subir à l’entreprise. Contentons-nous ici de conclure que la France fait beaucoup pour ne pas inciter les entreprises à embaucher, voire à avantager celles qui n’ont emploient aucun salarié (les auto-entrepreneurs), et, à l’inverse, pour s’opposer à la flexibilité des effectifs des grandes entreprises lorsqu’elles sont en danger, ce qui ne les incite guère à prendre des risques (voir les récentes diatribes gouvernementales sur les salariés « variables d’ajustement »). Rien d’étonnant à ce que ce cocktail soit…détonant !

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Messages (2)

L’incitation à ne pas embaucher

le 21 janvier, 11:39 par Régis Glorieux

Oui, en France, l’incitation à ne pas embaucher est extrêmement forte. Les causes en sont parfaitement connues mais personne ne veut s’y attaquer vraiment par peur des syndicats et des médias prêts à confondre "entrepreneurs" et "riches". Elles se résument à 2 composantes fondamentales :
1. le différentiel entre le coût complet pour l’entreprise et le salaire net perçu par le salarié. Il est l’un des plus élevés si ce n’est le plus élevé d’Europe. Donc c’est trop cher pour l’entreprise et c’est mal payé pour le salarié. Tant que l’on ne réformera pas en profondeur le système social et fiscal français, cet écueil persistera
2. la jungle du droit du travail, le temps passé et le coût administratif récurrent, et les menaces qu’elle fait peser sur tout employeur. Tant que l’on n’élaguera pas drastiquement la jungle à la machette, l’écueil persistera aussi.
Et pour que cela ait un réel effet sur les embauches, il faudrait faire les 2 en même temps et dans un laps de temps très court. Les chefs d’entreprise raisonnent global et sont pragmatiques.
Hélas, c’est un rêve qui est en réalité un cauchemar

L’état français met son sale nez partout !

le 21 janvier, 16:16 par zelectron

Il va être bientôt plus facile d’énumérer les failles de ce système généralisé du contrôle des personnes et surtout des entreprises directement ou indirectement véritables vaches à lait des élus, syndicats, fonctionnaires et autres collatéraux en y ajoutant les commités Théodule pour faire bonne mesure.


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