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Energie : la sobriété ne va-t-elle pas devenir incontournable ?

Nous voici pris au piège de tous les côtés : les exigences de la transition climatique constituent la toile de fond d’une action que la doxa officielle estime aussi indispensable qu’urgente, mais sans que le programme en soit encore défini, à part le développement du nucléaire ; les élections législatives nous plongent dans des contradictions politiques interminables, avec une extrême gauche opposée au nucléaire, mais exigeant de faciliter la consommation d’énergie en boostant la demande par des moyens condamnés par les économistes ; mais les restrictions imposées la guerre ne vont-elles pas mettre tout le monde d’accord ?

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La disponibilité et le prix de l’énergie, angoisses du jour

Prix de l’essence, fuel et gaz en très forte hausse. Le gouvernement a pris des mesures pour en limiter l’impact chez les ménages et aussi les entreprises : distribution ciblée de 100 euros, ristourne de 18 centimes par litre, gel des tarifs du gaz et de l’électricité. Mais ces mesures ne suffisent pas, et elles ne peuvent être que temporaires. Le 6 juillet prochain, un conseil des ministres doit en annoncer de nouvelles, qui passent surtout, semble-t-il, par des aides en faveur des ménages les plus modestes. De son côté, le CSE d’EDF avertit que l’entreprise ne « passera pas la fin de l’année » si le gouvernement maintient le bouclier tarifaire sur l’électricité. A cela s’ajoute la découverte de fissures dans les centrales existantes, faisant douter de leur disponibilité pour la production. Nous sommes en pleine incertitude.

Des solutions sans lendemain à l’augmentation du prix : baisse des taxes ou blocage des prix

L’ « exemple » allemand

La France n’est bien entendu pas le seul pays à connaître ces difficultés. Il est intéressant de voir ce que fait notre grand voisin allemand. Son gouvernement est une coalition tricolore sociale-démocrate, libérale et verte dirigée par Olaf Scholz, qui a imposé une baisse des taxes (30 cts/litre d’essence) pour trois mois à compter du 1er juin en même temps qu’une quasi-gratuité des transports en commun. Mais cette baisse des taxes s’est faite au grand dam du ministre des finances, qui la critique en relevant que chaque dizaine de centimes de baisse des taxes a un effet très limité tout en coûtant trop cher à l’Etat (550 millions).
Les mesures prises sont à ce point insuffisantes qu’il est question que le gouvernement interdise purement et simplement la circulation des véhicules particuliers le dimanche !! (imaginer cela en France…).
Ce dimanche, la coalition vient d’annoncer un recours accru aux centrales à charbon (le pire du point de vue écologique) pour produire l’électricité. Le ministre de l’écologie est un Vert, et il se déclare « amer » tout en reconnaissant que ce recours est « indispensable » (imaginer aussi cela en France !). D’autres mesures tendent à baisser la consommation de gaz chez les ménages comme les industries, à obliger les consommateurs à remplir leurs cuves avant l’hiver, tout en se réservant d’autres mesures autoritaires.

Baisser les taxes ?

Les 18 centimes de ristourne accordés par la France sur le pétrole fonctionnent pour les consommateurs de la même façon qu’une baisse des taxes. Pour l’Etat, il semble que le coût, annoncé à plus de 2 milliards par le gouvernement, soit réduit par l’augmentation du rendement de la TVA, mais seulement à hauteur de 8 centimes, ce qui laisse encore un déficit de 10 centimes à sa charge[1]. La proposition de Marine Le Pen de réduire à 5,5% la TVA ne ferait que diminuer le prix à la pompe de 25 centimes, ce qui n’est guère plus efficace que les présents 18 centimes. Quant à l’institution d’une TICPE flottante, déjà expérimentée brièvement sans résultat probant en France, proposition du groupe communiste, elle coûterait cette fois trop cher à l’Etat – et la France n’est pas l’Allemagne en matière budgétaire.
En fin de compte, les objections du gouvernement à une baisse des taxes -trop chère, non ciblée et contraire aux objectifs de la transition énergétique -, paraissent justifiées.

Bloquer les prix ?

La solution est déjà en application quant à l’énergie. De façon générale, le blocage des prix est unanimement critiqué par les économistes – nous ne nous étendrons pas sur la question. En ce qui concerne l’énergie, la solution ne saurait être autre que temporaire, et en particulier pour l’électricité, rappelons l’alerte lancée par le CSE selon laquelle l’EDF ne passera pas l’hiver.

Booster la demande en augmentant les aides ne diminuera pas l’inflation

Nous laissons ici la parole à la théorie économique. La situation actuelle est caractérisée par un choc d’offre et non pas de demande, c’est vrai pour l’ensemble de l’économie, et encore plus pour l’énergie pour des raisons géopolitiques. Dans ces conditions, il ne sert à rien de booster la demande par des distributions monétaires, ce qui ne ferait que maintenir l’inflation par l’insuffisance de l’offre. Des mesures ponctuelles en faveur des plus modestes sont nécessaires socialement. Mais le reste de la population doit assumer et accepter de supporter les conséquences de la situation.

Et, par-dessus tout, les restrictions imposées par l’état de guerre

Pétrole

C’est l’embargo décidé par les Européens à titre de sanction contre la Russie qui provoquera les restrictions et l’obligation de se fournir ailleurs. La France est moins dépendante que ses voisins (17% de sa consommation, la moitié de l’Allemagne). Il n’empêche qu’il faudra se tourner vers le Moyen Orient et les Etats-Unis dans un contexte de marché extrêmement libre. L’approvisionnement ne semble pas constituer un motif d’inquiétude, en revanche on craint une nouvelle envolée des prix.

Gaz

La Russie vient de fermer brusquement ses livraisons à l’Europe. La France en est dépendante pour 25% (la moitié encore de l’Allemagne), mais elle a des réserves pour plusieurs mois, qui ne sauraient cependant couvrir les besoins de l’hiver. Là encore ce sont les prix qui devraient flamber. Un décret a été passé le 8 avril, autorisant GRT, le fournisseur français, à interrompre les livraisons aux consommateurs industriels les plus importants. Les particuliers ne seraient pénalisés qu’en dernier lieu.

Electricité

Comme nous l’avons vu, le problème est ici avant tout interne au pays : c’est la disponibilité des centrales nucléaires sur lesquelles des fissures ont été remarquées qui est en cause, indépendamment du problème financier concernant l’EDF. La question est angoissante, et il faudra éventuellement recourir au charbon ou au gaz. La seule bonne nouvelle est l’ouverture prévue l’année prochaine de Flamanville.

Conclusion. La sobriété forcée

Face aux difficultés conjoncturelles et géopolitiques, bien plus qu’aux exigences de la transition climatique, la France n’est manifestement pas prête. Et ce qui est grave, c’est que, contrairement aux crises pétrolières du siècle dernier, ce n’est pas seulement le pétrole qui est en cause, mais toutes les sources principales d’énergie.
Le gouvernement fera certainement tout ce qu’il peut pour que les Français soient approvisionnés en énergie à des conditions acceptables. Mais, compte tenu de la forte et persistante pression prévue sur les prix, il ne devrait pas distribuer des aides autrement que de façon ciblée, c’est-à-dire aux plus modestes. Or ce n’est pas chez les plus modestes que les problèmes sociaux surgiront, mais chez les classes moyennes (Gilets jaunes). Ce qu’ont bien compris les partis extrémistes qui réclament des baisses universelles de taxes.
On ajoutera qu’on ne voit pas comment la politique monétaire assez agressive de la BCE (hausse des taux d’intérêt) pourrait casser l’inflation importée des produits énergétiques. Le risque est alors un niveau très élevé des prix de l’énergie dans un contexte de récession économique.
La grande chance française est évidemment le nucléaire. Mais il faut vite lever les doutes techniques (fissures), et de toutes façons cela prendra du temps et ne répondra pas à l’urgence de l’hiver prochain. L’obligation de sobriété s’imposera alors, bien plus sûrement que si la question ne concernait que la transition climatique et les vagues incitations à moins consommer. Soit que cette obligation soit imposée autoritairement comme les Allemands l’envisagent, mais c’est difficilement envisageable en France !, soit que les classes moyennes soient contraintes de se restreindre pour des raisons financières.
A chacun d’imaginer la suite…

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Vos réactions à cet article (3) :

Les 18c de rabais sur l’essence ? de la poudre aux yeux !

le 21 juin, 10:55 par gerard dosogne

j’étais à Bruxelles ce week end , et j’avais pris de l’essence en France avant de passer la frontière pour profiter des 18c .... à 2,29€ le litre de E95 (station Avia à Valencienne). Quelle ne fut pas ma (mauvaise) surprise en constatant que à Bruxelles , le litre était à 2,04€ alors que en temps "normal" , les prix de l’essence dans les deux pays sont similaires ...Le cout de cette soi disant ristourne est une blague ! Combien d’Etat touchait quand le prix était à 1,50€ ???

Energie : la sobriété ne va-t-elle pas devenir incontournable ?

le 25 juin, 11:57 par Mousy

La France faisant désormais partie d’un système international, ô combien, et si les prix des importations en particulier de l’énergie augmentent, cela entraîne en contrepartie automatiquement un appauvrissement des Français au profit de leurs approvisionneurs sauf si nous étions de grands exportateurs ce qui n’est pas le cas. Cela signifie donc qu’il va falloir se priver mais la sobriété ou au moins le retour en arrière sur la richesse n’est pas une caractéristique humaine franchement remarquable. De facto nous avons toujours fait l’inverse. J’avais baptisé cela un jour la théorie des "cliquets". Reste le problème de la répartition de l’effort dans la mesure où elle est possible : La France championne de la protection sociale à engendré en définitive une nation assistée : résultat général, tous les classements de richesses de la France ont reculé. le tri par ailleurs sur des conditions de vie n’est rien moins que sujet à discussion et appréciation. Dans les aménagements récents proposés pour l’inflation, tout le monde serait compensé, à commencer par les fonctionnaires (?), sauf les retraités du privé : Où va se cacher la justice ? Il serait peut-être préférable d’essayez de compenser nos excès d’achat par des excès de revenus à savoir : exporter ce qui veut dire travailler plus et mieux, et maîtriser nos dépenses.


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