La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

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Emmanuel Macron peut-il faire un bon président ?
Le mystère Macron

Emmanuel Macron était un mystère pour moi comme pour beaucoup de Français (encore hier Jacques Julliard dans Le Figaro) jusqu’à la parution de « Président cambrioleur », le livre enquête d’une journaliste très professionnelle, Corinne Lhaik (Fayard). Enquête bienvenue tant il était choquant et inquiétant de connaître aussi mal, aussi peu, la personnalité, les aspirations et les ressorts de celui qui, parmi les chefs de l’exécutif des grands pays démocratiques, dispose des pouvoirs les plus étendus. Le malaise devenait insupportable alors que le bilan provisoire de son action mêle déclarations ambitieuses et projets inaboutis et que le chœur des médias et des experts politiques accorde déjà les violons en vue d’une campagne présidentielle convenue qu’on pressent lassante pour des Français désabusés. Allions nous vivre 5 ans de plus la tête dans le sac ?

L’enquête révélatrice de Corinne Lhaik rebat les cartes. Qu’elle en soit remerciée ! En effet elle nous dévoile plusieurs éléments du comportement et de la personnalité du président qui expliquent son bilan en demi-teinte (soyons modérés) et qui rendront sa réélection problématique quand les électeurs les percevront. Pourtant ces handicaps relatifs pourraient à notre sens être mis au service d’une stratégie gagnante pour le pays qui devrait être amorcée sans attendre et constituer le fil conducteur de la campagne à venir.

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Quelles sont les trouvailles de Mme Lhaik ?

Les plus marquantes à nos yeux :

- EM a su séduire quasiment un à un des centaines de personnes « importantes » de la société civile par sa disponibilité intellectuelle, son écoute, son empathie telles qu’il les a exprimées en les rencontrant au cours de la décennie avant son élection. Séduction grâce à sa personnalité plus que par son programme. Pas non plus en prenant le contrôle d’un parti politique.
- EM connaît comme très peu de hauts fonctionnaires le fonctionnement des institutions publiques et leur interaction avec « le monde réel ». Dans le détail, en profondeur, et y compris dans leur origine et leurs adaptations possibles. Il ne connaît pas aussi bien la vie économique et sociale dont il appréhende la complexité avec moins de finesse et de réalisme.
- EM se voit exceptionnellement doté de l’audace, de l’énergie et de l’indépendance d’esprit nécessaires pour prendre des initiatives de réformes changeant profondément le pays. Mais cette liberté individuelle n’est pas amplifiée par une large équipe d’hommes de confiance capables de mettre en œuvre des réformes sur le terrain.
- Les valeurs morales, les références historiques ou les personnages tutélaires ne sont pas des moteurs puissants pour lui. Assemblage un peu hétéroclite, ils habitent son paysage intellectuel et sont la trame du compromis intrinsèque à son action et à sa vision de la France et de l’Europe. Le critère de succès, c’est l’efficacité de son action personnelle mesurée par rapport à des promesses électorales raisonnablement actualisées.
- Sa connaissance du monde des entreprises est superficielle et livresque.

C’est donc un homme doté de talents exceptionnels dont la personnalité est fondamentalement solitaire qui, devenu président, a dû faire face à des crises collectives profondes en France en s’appuyant jusqu’ici sur ce qu’il connaît le mieux : l’étatisme, la bureaucratie française.

Un meilleur emploi de ces talents

Il nous semble que la dernière de ces crises, le sanitaire, a des conséquences économiques si profondes qu’elle impose un renouvellement radical de cette démarche. Mais les talents si originaux de M. Macron pourraient contribuer de façon décisive à son succès et faire de lui le bon président qu’il aspire à être.

Emmanuel Macron s’est fait élire en promettant la « réconciliation » des Français. Autrement dit de dynamiser en même temps, l’économie et la société qui aux yeux de nos concitoyens « pouvaient mieux faire ». Nous étions en 2017 dans une situation médiocre mais pas catastrophique.

Aujourd’hui le défi a changé de dimension. La priorité économique s’impose après l’arrêt ou la remise en cause de points forts traditionnels de notre pays, après le décrochage d’efficacité par rapport à l’Allemagne, avec le coût financier de la crise Covid-19 et le ralentissement des réformes du début du quinquennat. Un puissant élan économique est nécessaire pour faire pièce à la défaillance des points forts économiques traditionnels. En préalable à tout rebond social. Nous pensons que le président Macron peut être l’homme de la situation, à condition de se réinventer.

Pour illustrer notre propos, il est loisible d’imaginer de lancer un programme de redressement avec ses étapes classiques. Or chacune des actions de ce programme bénéficierait grandement des talents du président s’il décidait de les y employer.
Ci-dessous nous listons les composantes d’une stratégie classique de redressement et, en regard et en italique, les points forts pertinents de M. Macron (selon C. Lhaik).

- Mettre les pendules à l’heure sur la situation stratégique réelle des entreprises, lesquelles accompagner légèrement, lesquelles aider à se réinventer. Quels travailleurs formés à de nouvelles tâches dans les entreprises « réinventées » ? EM sait écouter et accepte le débat et la contradiction. Il n’est prisonnier d’aucune idéologie et a su garder son indépendance vis à vis de tous les groupes de pression. Il doit prendre la tête d’une politique de réinvention des entreprises dans les secteurs traditionnels endommagés portée par des entreprises clairement identifiées. L’étatisme doit céder la place à l’économie de marché comme levier principal de l’action directe du gouvernement.
- Débureaucratiser notre administration pour accroître le potentiel de développement. EM a été expert pour ajouter une couche de bureaucratie à ses yeux pertinente. Il est un des mieux placés pour identifier les freins bureaucratiques anciens et les supprimer. Là où les gouvernements de la Vème République ont systématiquement échoué.
- Restaurer l’attractivité française son soft power dans les secteurs touchés par la crise. Vive le président séducteur qui a déjà commencé à marquer des points dans nombre de médias et d’opinions publiques à travers le monde.
- Ouvrir des portes d’avancées sociales en fonction des progrès des entreprises dans les secteurs restructurés. Remettre en cause les situations acquises lorsqu’elles enlisent. Reprise des ambitions initiales du président réformateur avec une crédibilité renforcée du fait des gains de la reconstruction.

Comme Angela Merkel à 180°

On n’a donc pas besoin d’un président si différent de l’actuel pour redresser la France.
Il faut certes qu’il cesse de construire ses projets en regardant trop les chaînes de TV en continu et qu’il cesse d’improviser en voulant surprendre. À mort le nombrilisme ! Il doit au contraire apprendre à ne plus tenir le rôle central. Osons la provocation il doit s’effacer : chercher exemples et inspiration hors de nos frontières pour vérifier la compétitivité de nos entreprises et des services publics. Convaincre les Français que mis à part les cas de grande misère son rôle n’est pas de suppléer à leurs lacunes. Et du côté des entreprises il doit être obsédé par la suppression des obstacles et l’obligation de convaincre que le rebond est possible.

En même temps et contrairement à ce qu’il a fait jusqu’ici il devra énoncer une stratégie ce qui revient à occuper la case vide de son bilan. C’est certes un fort coup de barre, un pari sur l’avenir et s’en remettre à la coopération d’autres acteurs que ses chers camarades de l’ENA. Mais il peut se tourner vers l’exemple de Angela Merkel qui elle aussi a viré à 180° et pris des risques importants à plusieurs reprises en prenant garde de s’appuyer sur des soutiens clairs dans l’opinion. Peut-il vraiment imaginer que dans la France qu’il dit être « à droite » il ne peut pas trouver un tel soutien ?

PS : sur ce même sujet voir aussi : Macron : un candidat de gauche à « cerveau droit » de Claude Sicard (avril 2017).

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Messages (6)

Nous n’avons pas besoin d’un président séduisant.

le 7 janvier, 11:29 par Robin des Champs

Je lis toujours avec plaisir vos articles. Une fois n’étant pas coutume, je souhaiterai faire quelques commentaires.
 Ce n’est pas au Président d’être le maître des horloges pour mettre les pendules à l’heure sur la situation stratégique des entreprises. Je vous cite : "Il ne connaît pas aussi bien la vie économique et sociale dont il appréhende la complexité avec moins de finesse et de réalisme."
 "Vive le président séducteur qui a déjà commencé à marquer des points dans nombre de médias et d’opinions publiques à travers le monde." Adolf aussi était très sympathique, Nous n’avons pas besoin d’un étendard pour rendre notre économie sympathique, seulement de visibilité et de suppressions de taxes, obligations administratives...Arrêtons de toujours attendre l’être providentiel.
 "EM a été expert pour ajouter une couche de bureaucratie à ses yeux pertinente". Ca c’est rédhibitoire... Trop de fonctionnaires, et cela ne s’arrange pas...

 

Réponse à Robin des Champs

le 8 janvier, 09:07 par Hervé Gourio

Mon point principal est que EM peut AGIR dans l’avenir mieux que dans le passé. Et l’y encourager. Il est trop tôt pour porter un jugement sur sa réélection et encore moins sur le parcours politique d’un homme que le livre de CLhaik dévoile en partie.
Sur vos points
1.La séduction de EM fonctionne bien HORS DE FRANCE.C’est un atout précieux pour l’image de notre pays qui doit cultiver la francophilie. Le luxe français, sa culture le tourisme en bénéficient.
Les prédécesseurs e EM étaient nuls de ce point de vue.
2. Idem sur leur potentiel à réformer l’Etat. Au moins lui devrait être capable de le faire...
3. La crise actuelle frappe certains secteurs économiques qui doivent se réinventer. Il faut dire que les entreprises de ces secteurs doivent être aidées dans cette démarche. Pas forcément par des subventions mais c’est un objectif national donc le président a le droit de parler.
Merci pour vos encouragements.

cambrioleur sans doute, mais amateur surtout.

le 8 janvier, 18:35 par ge39

Dans une vraie entreprise tout cadre qui n’arrive pas à réaliser les objectifs assignés par ses patrons, doit être viré. Sans passer par son bureau pour dire "au revoir" à sa secrétaire mais sans doute plus pour ne pas qu’il emporte des documents de l’entreprise très confidentiels. Et bien, le Mozart de la finance, dont on nous vantait les qualités de négociateur financier, s’apparente plus à un cheval tocard sur un champs de course. Et les milliardaires français et étrangers devraient le virer avant la fin de son mandat. Car les gens des gares "qui ne sont rien" ne voudront pas payer les déficits comptables ou financiers de messieurs Drahi, Lagardère, Neil et Arnault. S

Il doit être viré. Et le plus vite sera le mieux.

le 8 janvier, 18:48 par ge39

Quand un cadre supérieur n’atteint pas les objectifs assignés par son Conseil d’Administration, il est viré et ne passe pas par son bureau avant de quitter l’entreprise.
Donc, en ce qui concerne l’homme à la pensée complexe, à savoir le personnage objet de cet article, il doit être "viré" avant la fin de son mandat. Et le plus vite sera le mieux. Il a "désenchanté et désenrichit" tous les français. C’est un amateur, et il est nul et bon à rien, comme disaient nos parents.

Rèformer Emmanuel Macron ? mission impossible ?

le 12 janvier, 11:03 par Reydellet

"Il doit au contraire apprendre à ne plus tenir le rôle central."
Pas facile ! Quand il a été élu, un journaliste américain avait dit ...en substance : "il veut réformer la France. Bonne idée, elle en a besoin. Mais il faudra qu’il comprenne que cela demande beaucoup de travail ...et de modestie"
Or, le travail, il ne sait pas l’organiser : je constate qu’aucun projet n’est mené correctement (cf crise sanitaire, mais pas seulement).
On pourrait dire "brillant discours, mais déstructuré dans l’action"
Quant à la modestie, pas besoin d’insister. A l’international, il arrive que son "charme" fonctionne, mais il agace souvent par son côté "donneur de leçon" alors que visiblement il ne peut pas se donner en exemple pour les résultats obtenus en France. De plus, il a une tendance trop systématique à stigmatiser, voire insulter ses opposants. A un moment, il s’est laissé aller à insulter publiquement le gouvernement italien...ce qui est un faute impardonnable, même si ledit gouvernement n’était pas forcément un exemple. Quel manque de connaissance de la personnalité des peuples ! Là aussi, il faut qu’il progresse... Mais le peut-il vraiment ?

Réaction à vos réactions

le 13 janvier, 14:08 par herve gourio

Il ne faut pas condamner EM pour ses points faibles dûment recensés comme nous avons trop tendance à le faire. Il faut comme pour tout « collaborateur » chercher à exploiter ses points forts qui ne sont pas négligeables. Séduction, technicité, capacité à prendre des risques/audace, aptitude à garder les coudées franches. Si seulement il mettait ces talents au service du développement des entreprises au lieu de servir Bercy il se sauverait et nous avec....


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