La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

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Emmanuel Macron et ses deux loupés en matière économique

La campagne électorale présidentielle entre maintenant dans sa phase active et aucun observateur de la vie politique n’imagine plus qu’Emmanuel Macron ne briguera pas un second mandat. Les électeurs vont lui être reconnaissants de ce que leur pouvoir d’achat n’aura pas diminué malgré la grave crise que nous venons de traverser, et l’INSEE nous démontre que les inégalités ne se sont pas aggravées, tout ceci grâce aux mesures que le gouvernement a prises pour soutenir l’économie. On oubliera très vite, sans doute, dans l’ensemble de la population, que cela s’est fait en injectant dans l’ économie un peu plus de 400 milliards d’euros, cela en recourant massivement à de l’endettement, au détriment des générations futures diront les grincheux. La dette extérieure du pays s’est ainsi considérablement accrue, progressant de près de 20 % depuis le déclenchement de la crise sanitaire.

Avec la crise du Covid-19 la France a découvert avec étonnement que notre pays était très fortement désindustrialisé : il a fallu importer pour plus de 6 milliards € de masques de protection, on a découvert que nous n’avions pas de tests, et nos salles de réanimation dans les hôpitaux ont manqué de respirateurs artificiels, la France n’en fabriquant pas, alors que l’Allemagne compte deux fabricants, et la Suisse un qui est très réputé. Et la population a appris avec stupeur que 90 % de nos médicaments sont produits aujourd’hui en Chine ou en Inde, d’où une très grande dépendance de l’étranger en cette matière. Alors, la nécessité de réindustrialiser le pays est apparue comme une évidence, et les pouvoirs publics se sont immédiatement attelés à la tâche.
Emmanuel Macron, en accédant au pouvoir, n’avait donc pas vu le problème de notre désindustrialisation, et il a fallu que ce soit la crise du Covid qui lui montre quel est le mal dont souffre notre pays : cette très grave désindustrialisation est la cause réelle de tous les déséquilibres qui caractérisent l’économie française, et l’on est étonné que les économistes qui conseillent le gouvernement ne l’en aient pas averti. La vision de l’économie de notre Président s’et forgée, il ne faut pas l’oublier, par les enseignement de Jean Fourastié, avec sa thèse des trois secteurs de l’ économie qu’il a enseignée à Sciences Po et a l’ENA, thèse qui veut qu’un pays moderne ne soit plus constitué que par des activités de services, comme l’a montré cet auteur dans « Le grand espoir du XXe siècle », un ouvrage paru en 1963 qui eut un succès considérable.
L’industrie joue dans l’économie, nous allons voir, un rôle moteur, ce qui avait totalement échappé à Emmanuel Macron.

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Le rôle de l’industrie dans l’économie

C’est le secteur d’activité, tout d’abord, où la productivité augmente le plus rapidement, et Jean Fourastié avait précisément pris ce critère pour établir son classement des activités en trois secteurs :
  -  Secteur primaire ; l’Agriculture où le progrès technique est moyen (PTM) ;
  -  Secteur secondaire ; l’Industrie, où le progrès technique est élevé (HPT) ;
  -  Secteur tertiaire : les Services, où le progrès technique est faible (PTF).

Second intérêt : un emploi créé dans l’industrie induit automatiquement la création, nous disent les économistes, de 2 à 3 emplois dans le secteur des services.
Troisième intérêt : la génération de devises par les exportations. On constate que les exportations des pays développés sont constituées à 70 % ou 75 % par des biens manufacturés, et c’est, précisément, parce que son secteur industriel a faibli de plus en plus que la France présente une balance commerciale chaque année déficitaire, et ce depuis maintenant une vingtaine d’années. Une société constituée uniquement d’activités tertiaires exporte très peu car lorsqu’ une entreprise du secteur des services s’internationalise elle le fait d’une manière « multi-locale », c’est-à-dire en créant des activités, chaque fois, sur place dans les pays où elle agit.
Quatrième intérêt : la Recherche - Développement. Les entreprises industrielles lorsqu’elles atteignent une certaine dimension font beaucoup de R&D car pour lutter contre leurs concurrents et se doter d’avantages compétitifs elles ont besoin d’innover.

Le rôle de l’industrie dans la création de richesse

L’impact des activités industrielles sur la création de richesse dans les pays se démontre aisément en faisant une corrélation entre la production industrielle des pays (calculée par habitant), et les PIB/tête de ces pays. C’est ce que montre le graphique ci-dessous :

Corrélation Production industrielle/tête - PIB/tête (US$)

On voit que la Suisse, avec une production industrielle par habitant extrêmement élevée est le pays qui a le PIB per capita le plus important. Sur ce graphique, la France se trouve sensiblement au-dessus de la droite de régression du fait qu’elle a un secteur tertiaire très puissant, marqué notamment par des activités touristiques très importantes (140 milliards d’euros en 2019).

Les deux loupés de Macron en matière économique

Emmanuel Macron en accédant au pouvoir en 2017 a commis deux graves erreurs : il n’a pas vu que la reconstitution de notre secteur industriel était une priorité absolue pour redresser l’économie du pays, et il s’est totalement mépris sur la sociologie des Français.
Pour relancer l’économie il a procédé à la transformation de l’ISF en IFI, et il allégé la fiscalité sur le revenu des capitaux en créant la « flat tax », des mesures phare dans son esprit pour booster l’investissement productif et relancer l’économie. Première erreur : des mesures dont les effets ne pouvaient être que très lointains, des effets « par ruissellement » a-t-on dit. Emmanuel Macron n’a pas réalisé que ces mesures ne répondaient pas à la nécessité de remonter d’une manière urgente, à environ 20 %, la contribution de l’industrie à la formation de notre PIB, l’effondrement de notre secteur industriel étant la source réelle de tous nos maux. En effet notre secteur industriel ne représente plus, aujourd’hui, que 10 % du PIB, et la France est devenue le pays le plus désindustrialisé d’Europe, la Grèce mise à part. Ces mesures fiscales ne répondaient donc aucunement à l’état d’urgence dans lequel se trouvait le pays. Et, deuxième erreur : les investissements ne se sont pas orientés vers le secteur productif, mais vers l’immobilier, car telle est la sociologie française :les classes possédantes sont devenues, en effet, extrêmement craintives dans notre pays, conscientes des risques que courent leurs capitaux placés dans l’industrie du fait des combats que mènent contre elles les syndicats depuis le début du XXe siècle. Le syndicalisme français a, en effet, dans son ADN la Chartes d’Amiens de 1906 qui a établi les bases du syndicalisme révolutionnaire à la française : lutte des classes, expropriation capitaliste, la grève générale comme outil de combat, et indépendance des syndicats à l’égard des partis politiques. Il y a eu le Front populaire en 1936, et les communistes ont été au gouvernement non seulement au lendemain de la dernière guerre, et ceci très longuement, mais aussi dans une période relativement récente où l’on a vu François Mitterrand, en 1981, devoir s’allier à eux pour accéder au pouvoir. La France est un pays très marqué par le marxisme.

Comment réindustrialiser la France

Les deux mesures prises par Emmanuel Macron en début de mandat, en matière économique, ont constitué deux coups d’épée dans l’eau, et il faut donc que le prochain candidat qui accédera au pouvoir, en avril prochain, lance un plan d’urgence pour reconstituer notre secteur industriel.
L’objectif serait de remonter le secteur industriel à 18%, voire 20 %, du PIB, ce qui nécessite que les effectifs de ce secteur soient portés à 4,5 millions d’emplois, soit 1,8 million de plus qu’actuellement. On notera que si un emploi industriel crée au moins 2 emplois dans les services, il n’y aura plus alors de chômage en France, en fin de plan : au contraire, même, une pénurie de main d’œuvre. En Allemagne, il s’agit de 5,7 millions d’emplois dans les entreprises de plus de 50 personnes.
Plusieurs exigences sont à prendre en compte : en premier lieu, l’urgence qu’il y a à agir, ce qui exclue que l’on s’engage dans des procédures sans fin de réforme du droit du travail et/ou de la fiscalité : nous n’avons pas le temps de procéder ainsi. Ensuite, il y a à prendre en compte la nécessité de recourir le plus possible aux investissements étrangers, car on ne pourra pas compter uniquement sur les entrepreneurs français, vue la dimension du problème à résoudre. Et, troisième obstacle à contourner, les éventuelles oppositions de Bruxelles aux interventions de l’Etat dans la vie économique.
La reconstitution de notre secteur industriel ne pourra donc se faire qu’avec des aides massives de l’Etat et en mettant les autorités de Bruxelles face à leurs responsabilités.

Les aides de l’Etat

Nous proposons que la puissance publique lance un plan de 10 ans, avec pour objectif la création de 180.000 emplois industriels par an, le soutien de l’Etat s’articulant en deux tranches :20.000 euros pendant les cinq premières années, par emploi créé, puis 10.000 euros les cinq années suivantes. Ceci, en laissant le secteur privé libre du choix des investissements, et sans aucune intrusion de la puissance publique dans la gestion des entreprises, simplement un contrôle des effectifs et de leur évolution.
On en serait ainsi à une aide de 150.000 euros par emploi créé, ce qui avoisine le coût moyen d’investissement par emploi dans l’industrie aujourd’hui, avec un financement étalé sur 10 ans.
Les investisseurs étrangers ne manqueront pas d’être extrêmement réceptifs à ces incitations à investir en France, de telles aides n’existant nulle part ailleurs.

Le dialogue avec Bruxelles

Bruxelles ne manquera pas de s’opposer à ce plan :il faudra prendre pour motif les distorsions de cout du travail en Europe, qu’il convient de compenser. Les écarts sont considérables :

Coût du travail en euros, par heure (en 2018)
France 36,5
Allemagne 35,0
Hongrie 9,90
Pologne 9,90
Roumanie 6,50
Bulgarie 5,30
(Source Statista)

Les écarts de salaires existant avec les pays de l’Europe orientale seraient donc l’argument à faire valoir auprès des autorités de Bruxelles. La compensation pleine pour les écarts de salaires existant entre notre pays et les pays de l’est de l’ Europe est de l’ordre d’une vingtaine d’euros de l’heure, soit pour une année pleine la somme d’ un peu plus de36.000 euros .Autre argument à faire valoir :la France, avec un secteur industriel qui ne représente plus que10 % du PIB, est un pays sinistré, avec toutes les conséquences qui en découlent :des dépenses sociales considérables et un endettement qui ne cesse de croitre pour les financer.

Le coût de ce programme

Le coût de ce plan s’élèverait ainsi à 270 milliards d’euros, sur 19 ans, soit un rythme annuel de dépenses pour l’Etat de 15 à 20 milliards d’euros, ce qui serait tout à fait supportable. Il faut rappeler qu’il ne s‘agirait pas moins que de remettre la France sur pied, en dix ans, ce qui est une période extrêmement courte, et cela nécessite bien un effort financier de cette importance pour la collectivité. Il s’agit d’un pari très difficile, mais il faut avoir conscience que le redressement de notre économie, et, par là, le salut de notre pays passent nécessairement par une reconstitution de notre tissu industriel.

Article paru dans le Monde, le 18 novembre 2021

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Vos réactions à cet article (1) :

Emmanuel Macron et ses deux loupés en matière économique

le 3 décembre 2021, 07:17 par DOUCET Christian

Bonjour,
Je partage entièrement votre analyse. Mais je pense qu’il manque un volet : le développement d’une excellence française, comme ont su le faire l’Allemagne et le Japon après la guerre. Notre industrie ne peut en effet se développer qu’au plan international car notre marché intérieur est trop peu important. J’ai développé cette idée dans des livres et articles. Je serais ravi d’en discuter avec vous...


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