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Classes moyennes, sortez la tête du sable, mais pas de « colère »

« Envoyé spécial », le 6 janvier. Sous le titre (fallacieux, nous le verrons) « Classes moyennes, la colère des sans-aides », Elise Lucet nous présente en une demi-heure deux couples qui souffrent de la récente augmentation des prix et doivent restreindre leurs dépenses. Deux études significatives, quoique bâclées, du désarroi que peut engendrer le retournement financier que l’on voit poindre avec inquiétude.

Présentation des couples

Il s’agit de deux couples, fonctionnant comme des matriarcats, à l’âge de la quarantaine. L’un est un couple avec un enfant (pas plus !), vivant en région parisienne, lui est employé à la Poste, elle dans un organisme public, le revenu du ménage est de 3.840 euros par mois. Ils sont apparemment propriétaires de leur logement, assez grand (mais on ne nous indique pas sa surface ni son prix) et coquettement aménagé, et ils déclarent pour la première fois de leur vie (!) faire attention à leurs dépenses, particulièrement pour l’alimentation. Ils ont changé de supermarché, ne vont plus chez le boucher, et on nous les montre hésiter à dix centimes près entre différents paquets de gâteaux pour leur jeune ado (reportage manifestement truqué !) La vaste chambre de cet ado montre qu’il est très gâté avec beaucoup de cadeaux et de gadgets. On nous montre une voiture de marque étrangère, moyenne mais récente, sans préciser si c’est la seule du ménage. Quand ils font leurs comptes, ils découvrent que leurs dépenses contraintes ne leur laissent plus qu’environ 200 euros par mois pour « se faire plaisir ». Ils voulaient aller au Canada pour leurs vacances mais resteront en France. On ignore s’ils ont un patrimoine.

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Au total, ce couple ne comprend pas ce qui lui arrive. Le mari a bien touché de l’Etat 100 euros au titre de l’inflation, mais 8 euros par mois c’est « risible ». Contrairement à ce que voudrait suggérer le titre du reportage, ils ne sont nullement « en colère » et ne demandent pas d’aide, ce qui, croit-on deviner, les vexerait au contraire profondément. Précisons que leur revenu de 3.840 euros les placerait à l’intérieur de la tranche des 40% des Français les plus riches.

Le second couple vit à Strasbourg. La quarantaine aussi, lui est gardien, elle est cadre dans une institution publique. Leur revenu mensuel est de 3.800 euros environ, ils ont 3 jeunes enfants bien éduqués qui prennent des cours de musique. Ils vivent dans une maison dont ils sont propriétaires et ont acheté un terrain pour en faire construire une plus grande, mais ils sont désolés d’avoir à abaisser leur devis, 5% de moins suffira quand même. Ils ont une Audi Q 5[1] dont ils font le plein de carburant diesel pour 118 euros (deux semaines de consommation), +20 euros avec la récente augmentation. Là aussi on ignore s’ils ont un patrimoine, s’ils ont hérité ou non, et comment ils ont acquis leur maison.
Avec 3 enfants, leur revenu ne les placerait que dans la tranche des 60% les plus riches, légèrement en-dessous du revenu médian français. Pas plus que le premier couple, on ne les entend être en colère. Ils constatent et sont pris au dépourvu.

Un zéro pointé pour le message implicite de l’émission

L’émission débute avec une phrase prétendant démontrer que les augmentations du coût de la vie rapprochent ces couples « de la misère ». Cette appréciation a dû faire bondir les intéressés ! Et le titre du reportage, se veut accrocheur en évoquant faussement, comme nous l’avons vu, leur colère.

L’état de « misère » est, on en conviendra, au-delà de celui de pauvreté, lequel est mesuré par le calcul du seuil de pauvreté. Or les revenus des deux couples dont il est question ici les classent bien au-dessus du seuil de pauvreté, même calculé à 60% du revenu médian. Rappelons que la pauvreté se calcule à partir du niveau de vie du ménage, divisé par le nombre d’unités de consommation[2]. Si l’on utilise respectivement les chiffres mensuels de 3.840 et 3.800 euros comme niveau de vie de ces deux couples, le niveau de vie des personnes composant le premier ménage est de 3.840 : 1,8 soit 2.133 euros, et celui des personnes composant le second ménage est de 3.800 : 2,4, soit 1.583 euros. Selon la Direction du Trésor, le seuil de pauvreté serait de 1.113 euros, donc bien en-dessous.

On ne peut que regretter qu’une chaîne nationale comme France 2 se laisse aller à des approximations sensationnalistes faites pour alerter l’opinion sur des situations qui n’ont pas le caractère dramatique dénoncé, alors que nous sommes à terme, court ou moyen, confronté à des dangers autrement plus graves. Bien au contraire, on ne peut que se féliciter de voir la relative aisance de vie que démontrent encore actuellement des personnes dont le niveau de vie se situe autour du médian. On notera que les réseaux sociaux se sont emparés du sujet et ont enregistré beaucoup de réactions indignées de personnes qui aimeraient bien bénéficier des mêmes conditions de vie que les couples en question…

Bien plus grave, un retournement séculaire dont il faut prendre conscience

Les couples interrogés dans le reportage ne paraissent pas imaginer que l’économie puisse se retourner complètement. Et pourtant, l’évolution depuis 1950 est extrêmement préoccupante. Les Trente Glorieuses ont connu une croissance de l’économie que l’humanité n’a jamais connue auparavant, grâce à des gains fantastiques de productivité qui ont fait progresser le pouvoir d’achat de toutes les classes malgré de fortes périodes d’inflation. Mais dès la décennie 1980, la croissance en volume, en moyenne de 4,5% pendant les Trente Glorieuses, s’effondre pour ne pas dépasser une moyenne autour de 2%, ponctuée par des crises d’origines diverses causant une croissance négative. La croissance de 2021 n’a été qu’un rattrapage de la catastrophe de 2020.
Il n’y a aucune raison valable de penser que la situation change pour la France, alors que, comme s’en alerte Nicolas Baverez, son PIB est soutenu essentiellement par la consommation intérieure et que nous sommes, d’un pays de production, devenus un pays de distribution financé par la dette publique, avec un déficit chronique, une dette considérable et un déficit extérieur largement passé sous silence qui va probablement flirter avec les 100 milliards en 2022. Il faut encore ajouter des offres d’emploi non satisfaites dans le privé, une motivation pour le travail manifestement insuffisante, des démissions nombreuses dans les services publics de base (hôpitaux, police et sécurité…), une durée du travail légale de 35 heures qu’il est impossible d’imposer dans nombre de collectivités territoriales (dont Paris), une insuffisance de travail sur la durée de vie et sur l’année, des grandes entreprises qui préfèrent délocaliser leurs productions, des syndicats qui ne pensent que pouvoir d’achat. Le tout dans un contexte de compétitivité internationale devenant de plus en plus aigu.

Ce sont ces questions fondamentales dont il faut prendre conscience, mais ce sont aussi celles qui ne font pas l’objet de débats et qu’on n’entend pas discuter chez les candidats à la Présidentielle. Les autruches françaises, faussement rassurées par le « quoi qu’il en coûte » européen auquel il faudra bien mettre fin, trouvent encore assez de sable pour y enfoncer leur tête, mais cela ne pourra pas durer longtemps.

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