La Démographie des Entreprises portée par des chefs d’entreprise

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Après Jackson Hole, casser l’inflation au prix de la récession ?
La fin du quoi qu’il en coûte en tout cas.

A Jackson Hole, la réunion des banquiers centraux, trop peu médiatisée en France, a donné lieu à une déclaration réfrigérante de Jerome Powell (patron de la FED). Ce dernier a clairement signalé qu’il allait donne la priorité à la lutte contre l’inflation en montant les taux d’intérêt, et qu’il fallait s’attendre à des conséquences douloureuses, et ce quoi qu’il en coûte à l’économie et aux ménages.

Déclaration qui contraint le monde entier à une réponse, qui paraît déjà être sans ambigüité dans le sens d’un resserrement de la politique monétaire suivant l’exemple américain, avec pour conséquence des risques très sérieux de récession. Mais alors, que deviendra la politique budgétaire française dans ce contexte, politique marquée jusqu’à présent par un « quoi qu’il en coûte » en opposition avec une future politique monétaire européenne restrictive ? Le chef de l’Etat a beau sonner – à juste titre - la fin de « l’abondance », ses mesures d’aides tous azimuts viennent – jusqu’à présent - en contradiction. La vérité des prix devra s’imposer de gré ou de force dans quelques mois, car l’Etat ne pourra plus continuer à subventionner le pouvoir d’achat des Français, et il faudra renoncer aux mesures non précisément ciblées.

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Jackson Hole et la réaction européenne.

Les espoirs déçus d’une inflation qui serait seulement temporaire ont fait réagir durement la Fed, qui réunissait les banquiers centraux du monde à Jackson Hole. La priorité absolue est à la lutte contre l’inflation, qui atteint 8,5% en juillet, après 9,1% en juin. Jerome Powell insiste sur les conséquences de la hausse des taux sur le ralentissement de l’économie et l’augmentation du chômage, et sur le fait qu’il n’est pas possible de prévoir quelle sera la durée de cette hausse. Sa référence est celle de Paul Volcker, un de ses prédécesseurs qui avait monté les taux jusqu’à 20% dans les années 1980…Actuellement les taux au jour le jour sont compris entre 2,25 et 2,50%, et il est attendu qu’ils puissent monter jusqu’à 4%.
Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a immédiatement emboîté le pas de la Fed. Il y va selon elle de la crédibilité de la BCE. Le taux directeur européen, à 0% depuis 2020, est passé en territoire positif à 0,50% en juillet et d’après le consensus devrait passer à 1,50% en septembre. Le gouverneur de la Banque de France est du même avis, n’écartant pas l’hypothèse que le taux doive dépasser les 2% considérés comme normaux.
Tout cela signifie que, en Europe comme aux Etats-Unis, il faille faire face à un ralentissement prononcé de l’économie et à une augmentation du chômage, en même temps qu’à une chute de l’euro par rapport au dollar dans la mesure où le taux européen resterait à une valeur inférieure à celui du dollar. L’option prise est donc clairement de casser l’inflation au prix de la croissance.

La fin obligatoire du « quoi qu’il en coûte ».

Dès lors, la France va devoir réviser sa politique budgétaire très coûteuse de maintien du pouvoir d’achat au profit des ménages. Déjà le service de la dette augmente cette année de 17 milliards (de 33 à 50 milliards), et le déficit pourrait passer à 5,2%. L’IFRAP estime que la charge de la dette pourrait atteindre 100 milliards en 2027, estimation jugée plausible par François Ecalle (site Fipeco), et la Cour des comptes de son côté alerte, et voit dans cette charge le principal problème financier de la France. A cela s’ajoute le fait que ce sont les coûts de l’énergie qui sont responsables en premier lieu de l’inflation, que la France n’y peut rien, qu’elle paye l’énergie en dollars, lequel s’apprécie nettement par rapport à l’euro dans une tendance qui a tout lieu de s’accentuer en raison de la hausse américaine des taux d’intérêt, et que pour couronner le tout la hausse des taux européens n’a que peu de chance de permettre à elle seule de vaincre l’inflation compte tenu de l’origine internationale de cette inflation, et non, (pour le moment !), de l’existence d’une spirale salaires- prix …
Nous voici donc confrontés à une inflation difficile à maîtriser et des besoins considérables pour un Etat qui voudrait continuer sa politique de pouvoir d’achat au profit des ménages. La dette ne manquerait pas de s’envoler, d’autant plus que la récession (ou le ralentissement économique) qui semble s’installer va provoquer une baisse des ressources de l’Etat. Le tout à un moment où la transition énergétique va nécessiter des investissements publics considérables, et où les dépenses dans l’éducation, la défense et la santé ne peuvent pas manquer d’augmenter.

L’Etat prendra-il le bon chemin, et le pourra-t-il ?

Pour le moment, ce n’est pas le cas. Certes le Président a donné l’alerte en claironnant la fin de « l’abondance », et il a bien fait de dramatiser la situation pour que les Français prennent conscience de ce qui nous attend. Mais on n’est pas plus avancé sur les mesures qui devraient suivre cette annonce, alors qu’il s’agit de renverser la politique actuelle d’aides.
On nous parle de sacrifices, mais nous n’entendons que des paroles lénifiantes (du type « ne craignez rien, on ne va pas vous couper l’électricité » ou « les réserves de gaz regorgent »), ou des mesures clairement pas à la hauteur : demander aux entreprises de diminuer de 10% leur consommation de gaz n’a pas grand sens compte tenu de la diversité des situations et de l’absence véritable de sanctions ; demander aux ménages d’éteindre l’électricité dans les pièces inoccupées relève des préconisations de nounou.
Pour ce qui est des carburants, l’Etat nous donne l’impression de vouloir gagner du temps en espérant un miracle qui a très peu de chances de se produire : que signifie un cadeau de 30 centimes pendant deux mois, puis de 10 centimes pendant un mois, sérieusement est-ce pour revenir d’un coup à la « dure réalité » à la Saint Sylvestre ? S’agit-il seulement de retarder de quelques semaines l’explosion sociale que connaissent déjà des pays comme le Royaume-Uni ?
Mais tout ceci n’est pas le pire.

L’abandon du signal-prix et la responsabilité de la démocratie parlementaire

Il est clair que l’Etat ne pourra pas continuer à regonfler le porte-monnaie des Français, et il est temps qu’enfin il leur signifie que ce n’est pas de lui que dépend leur pouvoir d’achat. Mais nous n’avons aucun discours pour rappeler que l’heure du retour à la vérité des prix a sonné.
Tous les économistes sont d’accord : il est absurde, et surtout socialement dangereux, d’abandonner le « signal prix », qui reste l’instrument le plus efficace, voire le seul, pour guider la consommation des Français. La crainte de la taxe carbone avait fait surgir le mouvement des Gilets jaunes ; et voici que maintenant l’Etat, apparemment vacciné, se croit obligé d’annuler pour tous les Français les effets d’une envolée des coûts d’une denrée importée à laquelle il ne peut strictement rien. Quel recul, et quel mauvais signal ! Quelle contradiction dans les messages !
Mais hélas, il ne faut pas mettre ces erreurs sur le seul compte du gouvernement. On se rappelle que ce dernier avait bien l’intention de cibler les aides sur les ménages modestes, mais qu’il s’est trouvé contraint d’y renoncer par le refus de l’opposition de voter en faveur d’une mesure qui ne profiterait pas à tous les Français. Et les premiers coupables sont cette fois la droite classique qui a signifié ce refus. Que la gauche en ait profité par pure démagogie, alors que son réflexe aurait dû être de favoriser les plus modestes, ne saurait vraiment étonner, mais on aurait pu attendre autre chose d’une droite qui se prétend responsable. On ne saurait plus mal augurer du fonctionnement d’une démocratie parlementaire privée de majorité.

Le gouvernement doit maintenant, quoi qu’il en coûte politiquement, en revenir à la vérité des prix pour l’ensemble de la population, sauf à cibler strictement des aides pour les plus modestes. Quitte à dissoudre l’Assemblée nationale.

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