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Apprentissage : la révolution britannique

Le Royaume-Uni a réussi en quelques années à doubler le nombre de ses apprentis. Depuis 2010, il met en œuvre une réforme impressionnante de son système d’apprentissage. Enquête sur les raisons d’un succès…

L’OCDE le constate, ce sont les pays ayant réussi à mettre en place l’apprentissage[1] qui connaissent les plus faibles taux de chômage des jeunes. Des économistes[2] ont par ailleurs démontré que l’efficacité – et donc la nécessité - de l’apprentissage est d’autant plus forte que les jeunes sont faiblement diplômés. Constatant ce rôle déterminant de l’apprentissage, il est donc hautement intéressant de regarder le cas anglais puisque en seulement trois ans, le Royaume-Uni a réussi à doubler le nombre de ses entrées en apprentissage[3]. En termes de stock, le nombre total d’apprentis britanniques est ainsi passé d’un nombre similaire au nôtre, soit environ 400.000 apprentis en 2009, à plus de 800.000 aujourd’hui.

Au passage, il est également intéressant de constater que contrairement à la France, la hausse de ces entrées en apprentissage se vérifie pour les plus faibles niveaux de qualifications. Comme on le voit sur le graphique ci-dessous, le nombre d’apprentis rentrant annuellement dans un apprentissage de niveau inférieur au baccalauréat a augmenté de 50%, tandis que ceux rentrant dans un niveau équivalent au baccalauréat a quasiment doublé.

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Source : BIS FE date library : apprenticeship, graphique tiré de James Mirza-Davies, Apprenticeship in England : statistics, House of Commons Library, briefing paper 06113, 25 june 2015).

Comment expliquer une hausse aussi forte ?

Loin de constituer un hasard, cette hausse de l’apprentissage en Angleterre est la conséquence d’une politique volontariste, faisant partie intégrante du « Plan pour la croissance » lancé au début du mandat de David Cameron, et dont l’ambition numéro quatre est de « créer la main-d’œuvre la plus compétente et la plus flexible d’Europe ».

C’est ainsi que ces dernières années, différentes campagnes de communication ainsi que plusieurs sites internet ont été mis en place afin de sensibiliser à la fois les entreprises et les apprentis potentiels. Mais si ces différentes campagnes ont trouvé un écho en Angleterre, c’est parce que l’apprentissage est vu comme un atout à la fois par l’entreprise et par l’apprenti. 89% des apprentis se déclarent satisfaits de leur apprentissage, et 82% des employeurs disent qu’ils sont satisfaits du programme anglais d’apprentissage. Comment expliquer ce succès ?

Le premier facteur de succès du système anglais est qu’il fonctionne en dehors de l’État qui se contente d’un rôle de régulateur et laisse une certaine liberté aux différents acteurs. Ainsi, les apprentis sont employés par les organismes de formation, qui coordonnent l’apprentissage des élèves à la fois avec la ou les entreprises « hôtes » qui accueillent l’apprenti, et avec un fournisseur de formation (entité légale séparée) pour la partie de l’apprentissage qui ne se passe pas sur le lieu de travail. Les organismes de formation des apprentis se rémunèrent via des honoraires payés par les entreprises qui accueillent les apprentis et choisissent leur apprenti via l’organisme de formation qu’ils souhaitent. Dans ce système, le recrutement d’un apprenti ne requiert ainsi pas plus de travail administratif que le recrutement d’un salarié normal.

Aujourd’hui, 65% des employeurs disent que l’embauche d’un apprenti a permis d’augmenter leur productivité. Outre une formation adéquate, un tel chiffre s’explique parce que l’apprentissage ne leur coûte pas trop cher. Pour les apprentissages de degré inférieur ou équivalents au baccalauréat, l’État finance 100% du programme si l’apprenti à moins de 19 ans, 50% en dessous de 24 ans et jusqu’à 50% au-delà.

En termes de rémunération, le salaire de l’apprenti britannique est assez similaire à celui de l’apprenti français[4] et tout comme en France, il doit être rémunéré même pour la partie formation en dehors de l’entreprise. Mais la différence considérable, c’est que le temps passé en formation en dehors de l’entreprise est beaucoup plus faible. L’apprenti doit suivre en effet 280 heures minimum par an de « guided learning » (« apprentissage guidé ») ce qui correspond à environ un jour en guided learning et 4 jours en entreprise, contre un schéma français de 2jours/3 jours ou 15/15 jours.

Le système britannique est donc bien moins coûteux pour l’entreprise.

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Une grande réforme en train d’être mise en œuvre

Si ces conditions sont déjà relativement satisfaisantes, en réalité une refonte d’ampleur de l’apprentissage se met progressivement en œuvre, afin, selon l’ex-ministre du savoir-faire Matt Hancock, de « changer la culture du pays entier ». Désormais, ce sont les entreprises de chaque branche concernée qui vont choisir – en accord avec les instances de leur secteur – pour chaque métier les compétences et qualifications à acquérir par l’apprenti[5].

Ainsi aujourd’hui, plus de 1.200 employeurs sont impliqués pour définir les standards de qualification nécessaires, dans plus de 100 secteurs différents. 129 standards ont été publiés[6] en août 2015, de manière à la fois synthétique et concrète, et le processus continue - 220 standards en cours de développement - afin de redéfinir et couvrir peu à peu tous les métiers pouvant ou devant être appris par la voie de l’apprentissage. Par ailleurs désormais, les apprentis vont devoir démontrer leurs compétences à travers un examen rigoureux et indépendant dont les modalités sont décidées également avec les employeurs. On constate donc que le Royaume-Uni met en œuvre un apprentissage où les compétences développées vont vraiment être celles dont a besoin l’entreprise, renforçant l’attractivité de l’embauche d’un apprenti.

Le gouvernement s’est aussi attaché à ce que le système soit le plus simple possible, ainsi ces compétences à acquérir par l’apprenti font généralement moins de 2 pages. La réduction de la charge administrative fait partie des objectifs principaux, le ministre ayant même annoncé que les nombreuses pages de règlementation seraient réduites à une simple grille tenant sur une page A4.

Enfin, donner à l’employeur le contrôle direct du financement de l’apprentissage demeure un aspect central et non négociable de la réforme. Le budget de mars 2015 a annoncé que les employeurs contrôleront le financement de l’apprentissage par un « chèque apprentissage », qui va être essayé puis complètement appliqué en 2017, avec un financement de l’État à hauteur de 2 livres pour chaque livre versée par l’employeur[7].

Conclusion

On le voit, la recette appliquée par le Royaume-Uni part en fait d’un principe simple : ce sont les entreprises qui sont les plus à même de définir, et choisir la formation la plus appropriée pour former des apprentis performants. Le gouvernement britannique n’hésite pas à affirmer qu’il souhaite mettre en place « le meilleur système du monde »… Il n’est pas étonnant alors que le système britannique rencontre de plus en plus de succès.

Qu’attend donc la France pour mettre en œuvre une réforme similaire ?

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