Entreprises et Emplois marchands : Visions d’Entrepreneurs

par

14 solutions pour une croissance verte et réaliste
par Philippe Charlez

Nous avons déjà consacré un article sous la plume de Philippe Baccou à cet excellent livre de Philippe Charlez sur le réchauffement anthropique. Ici une sélection des pistes réalistes, identifiées, validées et classées.

Plutôt technique, mais extrêmement bien documenté et construit, ce livre répond à de nombreuses questions concernant la « croissance verte » et au réchauffement climatique. Il a au passage l’honnêteté de laisser en place des points d’interrogation lorsque l’analyse ne permet pas de trancher, encore aujourd’hui, définitivement.
Il semble intéressant à reprendre ce jour car il est l’antithèse des « fake news » que l’on nous sert chaque jour. Un point semble acquis, c’est le réchauffement climatique (à ne pas confondre avec la météorologie qui est du court terme) ne serait-ce qu’à cause de la fonte continue pour le moment des glaciers et autre permafrost. Il ne tranche pas définitivement sur la hausse des températures qui entraînerait des surémissions de CO2 ou l’inverse mais il se penche avec sérieux sur la gestion de ce dernier, dans la mesure où il est d’origine anthropique a répertorié, classé et évalué la validité des différentes solutions proposées à ce jour.

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Je voudrais commencer par son évaluation globale (épilogue p 473)
Celle-ci intègre un fil rouge permanent du livre qui démontre et insiste sur le fait que la consommation d’énergie est consubstantielle au progrès et au bien-être de l’humanité, écartant de fait la composante démographique qui est probablement aussi importante mais sur laquelle l’auteur ne souhaite pas semble-t-il s’engager.[1]
« En ramenant l’intensité énergétique des pays émergents à celle de l’Europe, le PIB mondial actuel serait obtenu avec 2,5 fois moins d’énergie ; en ramenant l’intensité carbone du monde à celle de la France, les émissions seraient réduites de moitié. Autrement dit, les meilleures technologies et les meilleurs comportements pourraient permettre de faire … cinq fois mieux. Les réserves quant à l’optimisation de notre société de croissance sont donc considérables encore faut-il transcender nos résistances, tant sur le plan collectif qu’individuel, et privilégier les faits à la croyance, la science à l’idéologie » opus cité.
Première remarque : ce sont en fait les pays les plus développés qui maîtrisent le mieux la consommation d’énergie nécessaire à leur niveau de vie, pour des raisons de technicité mais aussi pour avoir exporté une partie de leurs nuisances dans le cadre de la mondialisation.
Deuxième remarque : la France est loin d’avoir à rougir de son comportement « climatique » grâce à la source d’énergie nucléaire, très faiblement émettrice de CO2.
Troisième remarque : Madame Brundtland il y a maintenant plusieurs années a développé l’idée du « développement durable ». Il semble clair aujourd’hui qu’il serait suicidaire de ne rien faire et de continuer comme avant mais il est également irréaliste d’envisager sérieusement et définitivement un partage du monde entre pays nantis pour toujours et pays pauvres pour l’éternité. Une mise à niveau ne serait-ce que relative - laquelle a déjà été obtenue en partie par la mondialisation (voir page 307 : le PIB de l’OCDE qui représentait 82 % de la richesse mondiale en 2000 ne représentait plus en 2019 que 61 %).
Constat : ce livre est passionnant mais plutôt tourné vers des ingénieurs, de par sa technicité. Nous avons choisi ici de nous concentrer sur les solutions qui est ce qui va concerner la vie de tout un chacun demain.
Examinons maintenant si vous le voulez bien les différentes pistes envisagées par l’auteur, parfois complétées par de nouvelles car il en surgit chaque jour : (pour les curieux, nous avons indiqué les pages du livre concernées pour chaque piste). On trouvera à chaque fois également l’importance du résultat de l’effort.

Piste N°1 : gérer intelligemment la décroissance de l’utilisation des énergies fossiles. La crise énergétique que nous vivons actuellement a certes été amplifiée par la COVID, la démondialisation et la guerre Russo – Ukrainienne, mais elle avait démarré avant par la démobilisation des fournisseurs d’énergie traditionnelle qui ont baissé les bras et arrêté les investissements devant la priorité absolue donnée aux énergies appelées « renouvelables » sans tenir compte du fait qu’elles n’étaient pas pilotables ». Il semblerait que les états aient une grande difficulté à faire des diagnostics globaux et surtout ensuite à les incrémenter souplement dans l’ensemble de l’économie. Pour cela il vaudrait peut-être mieux faire confiance au marché. (p 318 et suiv.)

Piste N° 2 : l’isolation de l’habitat. On sait depuis des années que c’est le premier gisement d’économies possibles tant par son volume que par l’isolation et le mode de chauffage. On s’y est assez peu attaqué probablement car il est peu populaire et concerne tout le monde. Il est de plus assez diffus. Pompe à chaleur, chaudière à condensation, voire dans certains cas géothermie permettraient des économies substantielles mais la charge d’investissement est très lourde et le retour long. C’est une course de fond dans laquelle il faut s’adapter à chaque cas. Viser l’amélioration progressive plutôt que la mise à niveau immédiate et totale. (p 320 et suiv.)

Piste N°3 : coefficient d’occupation énergétique du parc tertiaire (= usines et bureaux) (p 327 et suiv.) Dans ce cas, contrairement aux idées en vogue, la consommation d’énergie limitée à l’utilisation effective et les comportements devraient être bien plus efficaces que les mesures d’isolation, utiles néanmoins. Cette « économie » (fermer la lumière quand on s’en va) a de plus le mérite de ne demander quasiment aucun investissement ou presque.

Piste N°4 : la cogénération. Toute production d’énergie, même celle du nucléaire, dissipe sans utilisation une chaleur résiduelle ou fatale. Celle-ci pourrait néanmoins être récupérée pour du chauffage industriel, collectif ou urbain par exemple. Encore faut-il le prévoir dès le départ car la chaleur se transporte mal. La France est très en retard sur ce sujet. Cela impliquerait principalement de localiser des utilisations industrielles à proximité des centrales. (p 330 et suiv)[2]

Piste N°5 : les transports
C’est en fait un chapitre complet tant ceux-ci sont devenus une deuxième nature pour l’homo economicus (qui entend bien le rester)

5.1 les voitures individuelles : (p332 et suiv) en résumé, il serait possible de ramener la consommation d’un véhicule thermique optimisé à 3,2 l aux 100 km dans le cas le plus favorable (poids, pneumatiques, aérodynamisme, rendement, vitesse). Et il n’y a aucune raison de ne pas y arriver. Pour une fois nous avons un historique certes un peu chahuté mais qui nous a déjà ramené aux environs de 6 l en partant de 15 et plus. (voir également Piste 11)
Le deuxième axe est bien entendu dans le remplissage des voitures ou covoiturage qui a plutôt bien démarré sur les longues distances mais a peine à percer en urbain alors que c’est là qu’il serait le plus efficace. Au passage les inventions type UBER (voire AirBnb) sont des facteurs structurels de saturation des investissements qu’il faudrait encourager. (p340)
Le troisième axe est de manière évidente le télétravail. Pas de bureau, pas de trajet ! La COVID l’a popularisé de force. Encore faut-il l’aménager et le gérer correctement si l’on veut en faire un système pérenne et efficace. C’est purement et simplement un problème d’applications et de comportement. (p340)

5.2 De la route au rail (p343 …)
Tout le monde est d’accord sur le fait que, une fois les lignes installées (ce qui représente néanmoins un investissement important et surtout un entretien récurrent) le train est moins énergivore que le véhicule individuel. Reste les syndromes du dernier kilomètre : il faut accéder au train alors que la voiture assure en général un service porte-à-porte. Les équations sont multiples mais se résument assez bien dans le problème du fret : la tonne-km en train peut aller jusqu’à 2,73 €, celle du camion est en moyenne de 0,40 ! Sans compter la disponibilité qui est en générale quasi immédiate en camion alors que le train impose des prévisions et réservations. Le passé d’ailleurs dans ce cas va dans le mauvais sens : le poids du train, tant dans les transports de passagers que dans celui du fret n’a faits que baisser. Il faudrait tout d’abord mettre de l’ordre dans la maison, totalement sclérosée par les syndicats, ensuite trouver des solutions de compétitivité tant d’offres que de prix qui permettent d’inverser cette tendance (très lourde) qui va frontalement à l’encontre des tendances constatées du marché. (Personnellement ce combat me semble perdu d’avance mais on peut faire mieux)

Piste N°6 : l’industrie
Rappelons tout d’abord que pour l’industrie, l’énergie est un coût. Son souci de l’économiser est donc naturel et permanent. On peut tout de même continuer des tendances historiques : nouveaux procédés, usages, supports, recyclages, sobriété des emballages. Une piste originale et nouvelle serait la cogénération par utilisation de chaleur « fatale[3] » autour des centrales. Cela signifierait par contre des relocalisations physiques. (p346 …) voir également piste 4

Piste N°7 : optimiser la production d’électricité thermique
Substituer progressivement aux productions d’électricité thermique classiques à base d’énergies fossiles dont le rendement reste médiocre, en introduisant des cycles combinés gaz vapeur(CCG), déjà testé par EDF dans le nord qui permet un quasi-doublement des rendements. (attention à gérer la disponibilité, la pilotabilité et les overdoses d’investissements)

Piste N°8 : l’économie circulaire
Développer le recyclage lequel est d’abord un problème de volonté mais surtout d’organisation. Le mettre en compétition avec les systèmes de consignation et les recherches minières de métaux ou composants rares en utilisant des cycles de vie complet. (p350…) pour le moment au moins, les déchets sont une énergie potentielle très déconcentrée donc difficile à récupérer mais le challenge vaut la peine d’être tenté.

Piste N°9 : raisonner en cycle de vie complet. À date la plupart des énergies dites renouvelables, ont un fonctionnement intermittent et aléatoire, ne sont pas pilotables et exige des investissements au moment de leur installation largement supérieur au nucléaire par exemple pour produire le même KWatt à la sortie. Or nous sommes devant un mur d’investissement à franchir qu’il faudrait gérer avec la plus grande parcimonie.

Piste N°10 : hydroélectricité et biomasses sont des pistes intéressantes mais déjà largement exploitées pour l’eau et les « cultures agricoles » pour méthanisation atteignent rarement un seuil global réellement vertueux (p 374 …)

Piste N°11 : le stockage. Les inconvénients multiples des batteries ne sont manifestement pas encore résolus. Les STEP (Station de transfert d’énergie par pompage) sont la solution la plus mature mais dans la plupart des situations géographiques assez limitées. L’hydrogène pourrait être une meilleure réponse mais il est difficile à manipuler et surtout sa production consomme plus d’énergie qu’elle n’en restitue ! Elle a par contre l’avantage de pouvoir quasiment s’utiliser (avec précaution) comme un carburant « classique ». Des pistes sont à l’étude pour la produire un jour peut-être partir d’algues ainsi que de la stocker en poudre. Cela pourrait devenir un candidat quasi idéal comme remplaçant de l’essence mais on est encore loin de la production industrielle.

Piste N°12 : diversifier et adapter les réponses aux situations : la voiture électrique pourrait s’adapter assez facilement aux trajets en particulier urbain journalier (logement-bureau). Par contre l’électrique n’est manifestement pas la solution pour les distances longues et/ou les puissances importantes : autobus camion avion etc. ( p 404 …). Problème du poids et du volume des batteries ou des panneaux solaires et des conditions et temps de recharges.

Piste N°13 : décarboner l’industrie. A traiter au cas par cas mais il existe des pistes.
Nouvelles pistes : Nous avons signalé les nouvelles pistes par l’italique. On pourrait également indiquer le gaz de houille (reliquat du charbon dans le Nord) regarder sérieusement si la France détient du gaz de schiste. Les petites centrales nucléaires etc. On peut travailler le stockage du CO². On vient d’annoncer la fabrication de plastiques (PET) par recyclage du CO2 ! Par construction, évolutif.

Piste N°14 : Conclusions : L’Arc en ciel en 2050 (p 415 … ) A lire in extenso. Il s’agit de scenarii possible en portant les efforts de manière scientifique et raisonnée tant sur le plan des solutions que des contraintes. Ce n’est pas gagné mais ce n’est pas non plus négligeable : mais il faut cesser les raisonnements par agenda inversé,[4] chers aux politiques et aux verts. Examinons ce qui est faisable et organisons nous pour le faire.

Ce livre est dense mais le contraire d’une fake news et permet de reclasser nos idées face à la crise de l’énergie et au changement climatique. C’est de plus un excellent rappel ou au choix une excellente formation.

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Vos réactions à cet article (2) :

Excellente synthèse qui mérite la longue lecture

le 21 septembre, 11:59 par Guyot-Sionnest

Excellente synthèse qui mérite la longue lecture

1/. Le critère "d’abord énergie abondante et bon marché" ne me semble pas ressortir assez. Sauf redescente massive des fossiles de schiste vers les 50$ le baril, le problème des énergies fossiles est leurs coûts.
le nucléaire ancien, moderne et futur est la piste principale sous développée, notamment pour causes de normes bcp plus dures que pour les autres énergies.
pitch de Louis Gallois : https://www.youtube.com/watch?v=Q_B ... 3 minutes

2/. des think tankers osent imaginer des disruptions massives : https://www.rethinkx.com/ ... https://www.rethinkx.com/climate-im ...

3/. mais freiner le CO2 dans l’atmosphère est il possible (ya pas que et de loin que le CO2 des fossiles, 6% slt selon les isotopes) (3/4 de l’humanité les augmente plus vite que nous parlons de les réduire chez les riches), et utile (la sensibilité au CO2 total des alarmistes vient d’être fortement contestée par Nick Lewis in the journal Climate Dynamics. It is an important challenge to the official view of the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). https://link.springer.com/article/1 ... )

4/. s’adapter , s’adapter, s’adapter, région climatique par région , pragmatiquement


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