Institut de Recherche pour la démographie des entreprises

www.irdeme.org > Les mythes économiques > Les pertes de revenu et de patrimoine dues à la crise de 2008 en fonction du (...)

Les pertes de revenu et de patrimoine dues à la crise de 2008 en fonction du patrimoine, aux USA


mardi 20 mai 2014, par Bernard Zimmern, Irina Kalmykova, Nathalie Droal

La Federal Reserve fait effectuer tous les trois ans une grande enquête sur les patrimoines et les revenus correspondant aux patrimoines sur environ 5.000 foyers en sur-dosant les foyers riches de façon à tirer encore des conclusions significatives sur les foyers les plus riches classés dans le 1%, le décile supérieur des fortunes.

Les statistiques sont tirées directement des publications de la Federal Reserve pour les déciles et pour le centile des résultats obtenus par Edward N. Wolff du Levy Economics Institute qui lui-même les tient de fichiers de la Fed qui sont accessibles à tous.

Il est important de constater que, contrairement à des statistiques fantaisistes qui trainent sur internet, les statistiques de la Fed ont été corrigées pour toute une série de biais comme de ne compter dans les revenus que les revenus primaires, c’est-à-dire avant impôts pour les plus riches et aides sociales pour les plus pauvres.
Ces corrections ne figurent pas dans les statistiques le plus souvent publiées à partir des chiffres d’impôts collectés par le service fédéral qui ne tiennent pas compte des aides sociales distribuées car elles ne sont pas fiscalisées et représentent pourtant une part substantielle du revenu des plus défavorisés, puisqu’elles représentaient en 2013 plus de 10% du budget fédéral US [1], sans même parler des budgets spéciaux consacrés à aider les pauvres sur le plan santé (Medicaid, CHIP pour les enfants pauvres).
En matière de patrimoine, même les chiffres de la Federal Reserve qui décoiffent un certain nombre de mythes circulant sur internet, donnent une part exagérée au pourcentage du patrimoine US détenu par les plus riches 10% et 1%.

Les dernières études françaises de l’INSEE excluent complètement pour des raisons assez douteuses la valeur de patrimoine que représentent les pensions de la Sécurité Sociale ; de même, le Federal Survey ne prend en compte dans les patrimoines que les retraites achetées par l’enquêté (type 401K) et pas les pensions de retraite dites de Social Security (alimentées par un prélèvement de 12,5% sur les salaires).
L’INSEE France avait cependant en 2006 fait une évaluation de ce que représentait en capital accumulé les pensions versées par l’État, et trouvé un montant de l’ordre de 10.000 milliards d’euros, à peu près autant que l’ensemble des patrimoines physiques comprenant immobilier, titres financiers et propriétés industrielles, etc. C’est dire que le patrimoine principal de la plupart des Américains, patrimoine pourtant stable car payé par l’État, échappe complètement à l’évaluation. Les programmes de pension qui y figurent et qui représentent environ un tiers de la fortune américaine, un tiers d’ailleurs en hausse, ne contient que les pensions complémentaires, représentant une part d’autant plus importante que l’on s’élève dans l’échelle des patrimoines.

(En dollars constants 2010)

Ensemble des ménages

Top 10 %

Top 1 %

On voit que contrairement aux légendes qui circulent sur internet et qui sont comme nous l’avons dit, biaisées car découlant des chiffres de revenus dits primaires d’imposition fédérale IRS, avant toute la redistribution sociale, les revenus du 10% et du 1% des plus riches ont crû moins vite dans la période 2004-2010 que le revenu moyen US, rejoignant en cela d’autres travaux d’économistes travaillant sur d’autres séries (voir Les classes moyennes ont–elles profité de la croissance américaine et Les classes moyennes ont-elles profité de la croissance américaine ?).

Il est en particulier très visible que la chute des revenus a été assez dramatique pour les plus riches dans la période 2007-2010 où ils ont chuté de 28% pour le 1% le plus riche, 16% pour les 10% les plus riches et seulement de 5% pour l’ensemble des Américains.

Pour ce qui concerne le patrimoine moyen, il se produit un phénomène curieux qui est que ce patrimoine moyen a chuté de 13% pour le top 1%, de 11% pour le top 10% mais beaucoup plus (18%) pour l’ensemble des Américains ce qui fait apparaitre la fraction du patrimoine total détenu par les plus riches en hausse.

Nous avons ventilé complètement les patrimoines par niveau de patrimoine et par nature de patrimoine possédé et ce tableau fait comprendre ce qui s’est passé, tout tournant autour de l’immobilier.
Le premier décile dont ¼ seulement possédait une maison parait s’en être bien tiré et semble avoir profité des conditions de bradage des logements et des conditions de crédit pour accroitre substantiellement ses propriétés immobilières.

Le décile le plus élevé a perdu sur sa maison principale en moyenne 9% contre 16,2%, 19,9% et 17,7% pour les catégories de patrimoine plus faibles. Ceci correspond vraisemblablement au fait que les fortunes plus fortes avaient moins hypothéqué leur logement principal que les patrimoines plus modestes et l’on sait qu’une hypothèque a pour effet, en cas de chute de la valeur de la propriété, d’augmenter la part relative de la perte laissée entre les mains du vendeur.

En outre, la propriété principale ne constitue que 19% du patrimoine des 10% les plus riches contre 61 et 68 pour les deux catégories de patrimoines qui ont le plus souffert de la crise du logement.
Les riches ont donc également moins rétrogradé du fait que leur fortune était davantage investie dans leurs entreprises, 28% de leur patrimoine contre 19% pour leur résidence principale, et que s’ils ont perdu environ 13% de la valeur de ce business, nous sommes loin des pertes de valeur de l’ordre de 20% des catégories moins fortunées sur leur principal patrimoine : leur maison.

Pour finir il faut rappeler une forte conclusion de l’ancien Régent de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, qui dans le Daily Telegraph rappelait deux évidences :

- La première est qu’il ne peut pas y avoir d’activité économique qui se développe si son taux de profit ne dépasse pas substantiellement son taux de croissance. Nous avions prouvé cela [2] dans la courbe d’équilibre dynamique de gestion des entreprises (mais dérivée des plans russes, donc applicables à des nations où le cash flow doit être supérieur au taux d’expansion du marché sous peine de voir des concurrents s’introduire dans les zones non desservies.

- La justification de cet excédent est aussi que dans la durée, il se produit des accidents économiques de taille, de date et de durées imprévisibles (voir les études de Benoît Mandelbrot) et que tout individu, a fortiori toute entreprise, doit se prémunir contre ces accidents et donc s’il épargne, prévoir dans les rentrées de son épargne une marge supplémentaire pour tenir compte du risque de chute. Celle que l’on voit de 2007 à 2010 justifie alors pleinement que ceux qui épargnent, aient vu leur épargne prospérer plus vite que le PIB de façon à tenir compte du coût du risque, une quantité encore inconnue des économistes les plus bavards.

Composition assets 2007, 2010

Notes

[1Annexe : le poids des aides sociales US.
Sur le 3,5 trillions de $ du budget 2013 (21% du GNP - PIB) :
- 643 milliards pour la défense
- 814 milliards pour payer les retraites de la Social Security
- 772 milliards pour Medicare (couverture maladie des >65 ans), Medicaid (couverture maladie des plus pauvres) et le CHIP qui couvre l’assurance maladie des enfants les plus pauvres
- 398 milliards pour les programmes d’aide (autres que santé et retraite) à ceux qui sont le plus en difficulté : EITC, Child Tax Credit, Food Stamps, school meals, etc.

[2Voir Hommes et Techniques 1970. Développement de l’entreprise et innovation par Bernard Zimmern, ; directeur du Département R et D de la Cegos



 
Plan du site |