Institut de Recherche pour la Démographie des Entreprises
12 Mai 2010

France : deux fois moins d’entreprises, trois fois moins d’emplois créés qu’en Allemagne.


Est-ce le secret statistique le mieux gardé en France ? Ces chiffres sont introuvables pour qui va sur Eurostat où les créations d’entreprises et d’emplois apparaissent comparables.

Au contraire, les communiqués officiels célèbrent les succès des créations d’entreprise sans se préoccuper que la presque totalité sont des entreprises qui se créent sans salariés alors que l’on ne sait pas si ce sont ou non des coquilles vides.

Pour éviter cet écueil, plusieurs offices internationaux de statistiques dont le Census américain compte les entreprises créées avec au moins un salarié, les « employer businesses ». Si l’on prend ce critère, le désastre français de l’emploi et du chômage apparaît dans toute son ampleur : depuis plus de 10 ans, moitié moins d’entreprises créées qu’en Allemagne ou en Grande-Bretagne ou aux USA, à population comparable et en moyenne 2,8 salariés par entreprise créée en France contre 4,3 en Allemagne et 6,6 aux USA.

104.000 emplois de plus créés en France chaque année contre 314. 000 en Allemagne et vraisemblablement 425.000 en Grande-Bretagne.

Alors que l’Allemagne a déjà 33 millions d’emplois marchands et seulement 4,5 millions d’emplois publics contre 5,2 en France pour à peine 20 millions d’emplois marchands.

Avec un taux d’emploi des 15-65 ans de 65,2% en 2008 contre 70,7% en Allemagne et 71,5% en Grande-Bretagne, cela ne laisse aucun espoir de rattrapage à la France si des mesures correctives ne sont pas prises d’urgence.

Le réflexe des autorités statistiques pourrait être de mettre en cause les sources. Mais les chiffres sortent de l’institut Destatis pour l’Allemagne et de l’APCE pour la France, du Census pour les USA. Et il n’y a pas semble-t-il de meilleur guide pour éviter les pièges de comptage - comme de confondre entreprise nouvelle avec réveil d’une entreprise en sommeil- que d’utiliser un travail de l’OCDE (« the international comparability of business start-up rates » ) de 2006, qui, toutes corrections faites, annonçait déjà un taux de création de start-up moitié en France de celui en Allemagne ou en UK.

Mais pourquoi se focaliser sur les créations d’entreprises et pas sur la croissance des entreprises existantes notamment les ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire, entre 250 et 2.000 salariés) sur laquelle s’est concentré le gouvernement ? L’IFRAP relève que le handicap en entreprises de plus de 5.000 salariés est encore plus grand et qu’il n’y pas un problème d’ETI mais un problème de création d’entreprises naissant rachitiques et ne dépassant pas le stade de la PME. Que, comme vient de le montrer une étude fondamentale américaine (Kauffman Foundation :"The importance of startups in job creation and job destruction"-juillet 2010), les entreprises existantes –dont les ETI- n’ont aucun effet positif sur l’emploi, que seules comptent les créations d’entreprises naissant avec salariés.

Créations d'entreprises avec au moins un salarié

Ce qui a poussé le Président OBAMA à signer récemment le « Small Business Jobs Act » exemptant les Business Angels de toute taxation sur les plus-values pour les investissements effectués dans les prochains mois dans des entreprises de moins de 50 millions de $ de capital, de façon à accélérer ces créations. A mettre en parallèle avec la dernière loi de finances qui met à mal les quelques mesures prises depuis 10 ans pour orienter l’épargne des français vers la création d’entreprises, le plus souvent d’ailleurs sans grand effet en raison de leurs plafonds bien trop modestes.

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Sommaire du dossier :

- Les créations d’entreprises qui ont un effet sur l’emploi sont celles qui naissent avec au moins 1 salarié, les entreprises sans salariés étant très souvent des coquilles juridiques vides.
- Les « 3 A », Allemands, Anglais et Américains, créent deux fois plus d’entreprises avec au moins 1 salarié que les Français.
- Les entreprises des 3 A naissent avec 50% à 130% de salariés de plus que les nôtres en moyenne.
- La France accuse ainsi un retard annuel en création d’emplois sur les 3 A de 200.000 à 400.000 emplois conduisant à un retard cumulé en 20 ans de 5 à 7 millions d’emplois rendant l’équilibre budgétaire impossible.
- Les ETI comme l’auto-entrepreneur sont des fausses pistes même si l’auto-entrepreneur apporte une très intéressante contribution sociétale.

Ce dossier a été publié dans la revue Société Civile n°108 (décembre 2010).